« Nous étudions en profondeur la résistance au traitement »

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Pr. Alexis Ndjolo, directeur général du CIRCB

(BFI) – Pr. Alexis Ndjolo, directeur général du Centre International de Référence Chantal Biya pour la recherche sur la prévention et la prise en charge du VIH/sida (CIRCB).

L’édition 2020 de la Journée mondiale de lutte contre le sida donne l’opportunité de revenir sur la recherche au Cameroun. Quelles sont les avancées en matière de recherche d’un traitement ou de prise en charge, effectuées au sein du CIRCB ?

Le CIRCB a connu beaucoup d’avancées dans la recherche de traitement et de prise en charge du VIH/sida. Il a utilisé également toutes les recherches effectuées au niveau international et les a capitalisées. Aujourd’hui, toutes ces recherches nous ont permis de maîtriser cette maladie, de bien la connaître et de savoir que la prise en charge doit être codifiée, et nous savons, sur la base de ces recherches, qu’il existe des résistances à ces traitements. Et le CIRCB est l’un des centres qui étudient ces résistances et les diagnostiquent également. Ceci a fait d’ailleurs que la prévalence du VIH/sida a baissé dans notre pays, parce que nous connaissons les résistances. C’est également la raison de la baisse de la mortalité due au VIH.

J’insiste beaucoup sur les résistances, car c’est une question très importante qui a induit une bonne connaissance du VIH. Il y a des résistances dites primaires, avec lesquelles on naît, et des résistances dites acquises. Celles-ci apparaissent chez des personnes qui sont sous traitement, et qui pour des raisons liées par exemple à l’environnement ou à la mauvaise observance de leur traitement, résistent aux antirétroviraux. Nous avons trouvé des nouvelles données sur le VIH, nous avons maîtrisé les antirétroviraux qui sont efficaces, et la grande nouveauté actuellement, c’est que les traitements sont personnalisés. On diagnostique la maladie, on sait quel est le médicament antirétroviral à prescrire à un malade particulier. Ainsi, le traitement est rendu plus efficace.

Comment le CIRCB s’implique-t-il au niveau national, et même international, dans le cadre de la recherche d’un vaccin contre le sida ?

Il faut déjà dire qu’actuellement, un vaccin efficace contre le sida n’a pas encore été mis sur le marché. Mais le CIRCB s’implique dans la recherche de ce vaccin avec la communauté internationale. Au CIRCB, nous avons inscrit dans notre plan de travail annuel et reconduit chaque année, une activité dédiée à ce que nous appelons la « vaccinologie ». Nous avons mis nos collaborateurs sur cette activité, afin qu’ils se renseignent de ce qui se passe ailleurs, pour comprendre le phénomène VIH, ses particularités dans notre pays. Nous avons un laboratoire au CIRCB destiné uniquement à la « vaccinologie ». Ceci, dès les premiers jours du CIRCB, car une de nos missions principales était de trouver un vaccin contre le VIH.

Et bien que cela prenne un peu plus de temps, nous mettons tous les efforts et tous les moyens possibles afin d’y parvenir. Nous consacrons le quart, voire le tiers de notre budget à la recherche du vaccin. Avec la communauté internationale, nous essayons de partager et de mettre à jour nos informations, à travers des congrès auxquels nous participons, à travers des publications que nous mettons à la portée de la communauté scientifique internationale, qui peut critiquer et apporter des enrichissements sur le travail qui est fait. Notamment, l’actualité ce sont les essais cliniques sur les traitements et le développement des vaccins éventuels. Nous essayons de nous intéresser, nous envoyons nos personnels en stage chez des partenaires.

La prévention de la transmission « mère-enfant » est une des priorités de la recherche pour freiner la propagation du VIH. Quelles sont les actions menées par votre structure afin d’améliorer cet aspect ?

La prévention de la transmission de la mère à l’enfant est effectivement l’une de nos priorités. Elle s’intègre dans l’axe de la prévention générale du VIH. Nos actions sont envisagées à la fois au niveau des laboratoires comme sur le terrain. Au niveau des laboratoires, nous portons des projets de recherche comme « Mother and Baby » pour essayer de comprendre ce qui peut favoriser la transmission du VIH de la mère à l’enfant. Et au titre de ces facteurs favorisants, il existe des grands volets de la recherche: l’effet de la prise des médicaments antirétroviraux par la mère ou l’enfant, le mode d’allaitement, etc.

En ce qui concerne l’allaitement : faut-il permettre à la femme séropositive au VIH de nourrir l’enfant au sein ou de le faire au biberon ? Nous avons constaté que l’allaitement mixte est très risqué dans ce cas. Nous avons également sur cet aspect, des opérations menées sur le terrain. Nous avons ainsi créé plusieurs sites de diagnostic précoce dans le pays, où nous essayons de détecter le plus tôt possible le VIH chez les enfants nés de mères séropositives. Diagnostiquer précocement, l’enfant est pris en charge très vite et on peut ainsi éviter de passer à la phase de la maladie. Le CIRCB a ouvert et supervise plus de 1000 sites de diagnostic précoce sur l’étendue du territoire. Les résultats sont là. Il y a 10 ans, le taux de transmission de la mère à l’enfant était de 14%. Actuellement, le taux moyen, nous l’avons considérablement réduit au-delà de la moitié, soit 4%, avec toutes les actions menées sur le terrain.

Cette année 2020 a été fortement marquée par la Covid-19. Des scientifiques ont trouvé une corrélation entre les deux pandémies, notamment en ce que dans certains cas, les traitements aux antirétroviraux se sont avérés efficaces contre le Covid-19. En tant que chercheur, quelle crédibilité accordez-vous à ces observations ?

Il est très précoce de trouver des parallèles entre le VIH et la Covid-19. Autant nous connaissons le VIH depuis très longtemps, autant sur la Covid-19, nos informations sont encore très parcellaires et sont à étoffer. C’est vrai que les deux maladies sont des infections virales, mais il existe beaucoup de points de divergence. La Covid-19 est une maladie pour laquelle les vaccins sont en train d’être produits, hors ce n’est pas le cas pour le VIH. Or qui dit vaccin dit espoir. Le point de divergence que j’estime très important est que l’on guérit du Coronavirus, et même spontanément, sans traitement dans certains cas, et ce n’est pas la même chose concernant le VIH. Je reste sceptique sur une ressemblance entre les traitements. On ne peut donc pas dire que les mêmes antirétroviraux sont utilisés avec efficacité pour les deux maladies.

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