(BFI) – L’emblématique Hilton Yaoundé traverse une zone de turbulences financières inédite. À la clôture de l’exercice, l’ardoise de ses clients a bondi de +31 % pour atteindre la somme colossale de 7,73 milliards de FCFA. Ce fardeau paralyse l’équivalent de 63 % du chiffre d’affaires de l’unique hôtel 5 étoiles de la capitale camerounaise. Près des deux tiers de son activité tournent désormais à crédit, menaçant directement sa trésorerie.
Cette crise de liquidités met en lumière un mal systémique bien connu au Cameroun, qui rappelle les difficultés de recouvrement chroniques de l’Hôtel Sawa à Douala. Le Hilton Yaoundé subit le poids de sa clientèle institutionnelle. Les ministères, les administrations publiques et les grandes délégations officielles consomment massivement les services de l’établissement, mais leurs circuits bureaucratiques de paiement étalent le règlement des factures sur plusieurs exercices. Face à l’État, l’hôtel manque de leviers coercitifs pour exiger son dû.
L’impact de ce blocage financier est immédiat : le bénéfice net de sa maison mère, la Cameroon Hotels Corporation (CHC), a reculé de 13 % pour s’établir à 2,1 milliards de FCFA. Pour briser cette asphyxie et financer la rénovation urgente de ses infrastructures, la CHC se voit contrainte de s’endetter en préparant une levée de fonds de 25 milliards de FCFA sur les marchés financiers.
Cette fragilité financière survient au pire moment stratégique. Longtemps en situation de monopole, le Hilton Yaoundé fait face depuis peu à une guerre des prix avec l’ouverture du Concord International Hotel et le chantier du futur Krystal Hotel. Pour rester le leader de la capitale, le fleuron hôtelier va devoir moderniser d’urgence sa politique de recouvrement sous peine de se faire distancer par des concurrents privés aux reins plus solides.
Elise Nguélé




