(BFI) – Bloquée par une dette colossale auprès de la Société Camerounaise des Dépôts Pétroliers (SCDP), la Société Camerounaise de Transformation Métallique (SCTM), leader historique du gaz domestique au Cameroun, est en panne sèche de trésorerie. Face au risque d’une paralysie sociale et à l’explosion des prix au marché noir, le ministre de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, vient de mandater en urgence la Caisse de Stabilisation des Prix des Hydrocarbures (CSPH) pour orchestrer un plan de sauvetage financier.
La SCTM traverse une crise grave marquée par une pénurie prolongée de ses bouteilles de gaz domestique sur le marché camerounais. Sur le terrain, la situation est devenue intenable pour les consommateurs. Depuis juin, les bouteilles de couleur bleu ciel de la SCTM ont quasiment disparu des points de vente agréés. Cette rareté a instantanément fait le lit d’une spéculation sauvage : alors que le tarif officiel de la bouteille de 12,5 kg est fixé à 6 500 FCFA, les revendeurs clandestins profitent de l’asphyxie des ménages pour l’écouler à des prix prohibitifs oscillant entre 12 000 et 13 000 FCFA.
Cette descente aux enfers financiers cache un profond paradoxe économique. La crise interne de l’opérateur intervient alors que le marché national du GPL est en plein boom, affichant une croissance de 13 %. Autrefois ultra-dominante, la SCTM paie cash les failles de son modèle d’affaires. Contrairement à ses concurrents directs (Tradex, TotalEnergies ou Green Oil) qui s’appuient sur des réseaux de stations-service modernes et sécurisés, le pionnier dépend de revendeurs indépendants, un circuit poreux aux fraudes et difficile à contrôler.
Face à l’urgence, l’État n’avait pas le choix du laisser-faire. Avec encore 38 % à 50 % des parts de marché, la SCTM reste « too big to fail » (trop grande pour faire faillite). Le directeur général de la CSPH, Okie Johnson Ndoh, a ainsi reçu l’ordre d’ouvrir des négociations de conciliation pour restructurer la dette due à la SCDP et réamorcer le circuit de distribution.
Reste désormais à savoir si cette énième perfusion financière de la CSPH permettra une restructuration profonde de l’entreprise ou s’il s’agit d’un simple pansement temporaire sur une crise structurelle profonde.
Cédric Boyomo




