AccueilFinanceBanquesLa CEMAC élargit la concurrence dans la gestion de fonds, mais la...

La CEMAC élargit la concurrence dans la gestion de fonds, mais la région manque encore d’actifs pour alimenter le secteur

-

La COSUMAF, autorité de régulation des marchés financiers de la zone CEMAC (regroupant six pays), a élargi le champ des activités autorisées pour les sociétés de bourse et les sociétés de gestion de fonds. En vertu de l’Instruction 49-26 du 13 juillet 2026, les sociétés de bourse peuvent désormais gérer des portefeuilles individuels sous mandat, distribuer des organismes de placement collectif, fournir des conseils en investissement et organiser des opérations de financement structuré. De leur côté, les sociétés de gestion de fonds peuvent distribuer des fonds tiers parallèlement aux leurs, gérer des portefeuilles individuels sous mandat et conseiller leurs clients. Les courtiers sont également autorisés à structurer et placer des instruments émis sur d’autres marchés de capitaux, sous réserve du respect des règles régissant ces marchés.

Le secteur ainsi ouvert à une concurrence accrue demeure toutefois modeste et très concentré. Fin 2025, la COSUMAF recensait 1 434 milliards de Fcfa d’actifs sous gestion professionnelle. Harvest Asset Management, leader basé à Douala et fondé en 2017, en détenait 506,8 milliards, soit environ 35 %. À fin mars 2026, Harvest affichait à elle seule 748 milliards de Fcfa d’encours selon ses propres chiffres, un montant supérieur à la moitié du total des actifs du secteur trois mois plus tôt. Le régulateur n’ayant pas publié de total régional pour le mois de mars, il est impossible de calculer une nouvelle part de marché actualisée. Les actifs sous gestion de Harvest ont néanmoins progressé d’environ 241 milliards de Fcfa en trois mois. Jusqu’ici, ses concurrents étaient d’autres sociétés de gestion ; désormais, elle devra également compter avec les sociétés de bourse. Ces dernières détiennent déjà des comptes-titres et entretiennent des relations avec les banques, les assureurs, les fonds de pension et les trésoreries d’entreprises — autant de clients institutionnels qui représentent la majeure partie des actifs gérés par des professionnels dans la CEMAC.

Le marché représente moins de 9 % du volume total des dépôts

Selon la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), le montant des dépôts inclus dans la masse monétaire au sens large de la CEMAC s’élevait à 17 321 milliards de Fcfa à fin juin 2025. L’ensemble du secteur de la gestion de fonds représente ainsi environ 8,3 % de ce volume de dépôts ; la part de Harvest, même avec ses 748 milliards de francs CFA, avoisine les 4,3 %. L’éventail élargi d’intermédiaires pourrait contribuer à orienter une partie de ces dépôts vers des fonds monétaires, obligataires, immobiliers ou d’infrastructure.

Par ailleurs, 1 846 milliards de francs CFA sont détenus à l’étranger. Selon les données de la Banque des règlements internationaux (BRI), les dépôts d’acteurs non bancaires et non étatiques de la CEMAC auprès de banques étrangères déclarantes atteignaient ce niveau au premier trimestre 2026 — dont environ 675 milliards de Fcfa provenant de ménages identifiés, soit un montant supérieur à la taille totale du secteur national des fonds d’investissement. Toutefois, ces détenteurs recherchent la convertibilité, la sécurité de la conservation des actifs, la liquidité et une diversification les protégeant du risque souverain de la CEMAC ; autant d’avantages qu’une simple règle d’agrément ne saurait offrir. Le chiffre de la BRI englobant toutes les devises, il ne peut être interprété comme une réserve d’euros ou de dollars attendant d’être rapatriée.

Une concurrence accrue entre gestionnaires pour les mêmes obligations

La contrainte majeure réside dans l’offre d’actifs investissables. À fin janvier 2026, l’encours des titres souverains de la CEMAC s’élevait à environ 9 451,5 milliards de Fcfa, dont 7 270,9 milliards (soit 76,9 %) étaient détenus par des banques et autres établissements de crédit. La concurrence entre gestionnaires pourrait inciter les banques à vendre, dynamisant ainsi le marché secondaire et permettant aux fonds de constituer des portefeuilles sans attendre la prochaine adjudication de l’État. À l’inverse, cela pourrait conduire à une situation où davantage de véhicules de collecte d’épargne se disputent les mêmes titres publics : un secteur qui se développe sans pour autant modifier les modalités de financement de l’économie.

Les actifs du secteur privé constituent une autre source potentielle de titres. À fin juin 2025, les banques affichaient un encours de crédit au secteur privé d’environ 11 293 milliards de Fcfa. La titrisation de 5 % de ce montant générerait 565 milliards de francs CFA de nouveaux instruments — soit près de 40 % de la taille actuelle du secteur des fonds — tandis que 10 % représenteraient 1 129 milliards de Fcfa. Toutefois, autoriser les courtiers à monter des opérations de « finance structurée » ne suffit pas à créer un marché de la titrisation. La CEMAC dispose déjà d’un cadre juridique pour les véhicules de titrisation, mais celui-ci reste incomplet et le marché n’est pas encore pleinement opérationnel. Des textes d’application et des infrastructures de marché supplémentaires sont nécessaires, tout comme la standardisation et la documentation des portefeuilles de prêts, des capacités de notation, des mécanismes de rehaussement de crédit et une solution au problème des créances douteuses dans la région. L’instruction autorise les arrangeurs ; Cela ne crée pas l’infrastructure de marché dont ils ont besoin.

La règle a élargi le cercle des entreprises autorisées à se disputer un marché qui pesait 1 434 milliards de francs CFA à la fin de 2025. La question de savoir si elle entraînera une expansion du marché lui-même pourra être tranchée à l’aune de trois indicateurs : le total régional de la COSUMAF pour mars ou juin 2026, qui révélera si les 748 milliards de francs CFA de Harvest correspondent à une part plus importante ou à un gâteau plus gros ; la part des titres souverains du marché de la BEAC encore détenue par les banques ; et l’évolution des premières opérations de titrisation dans le cadre régional. Aucun gestionnaire d’actifs de la zone n’étant coté en bourse, aucun cours d’action ne permettra d’obtenir une réponse plus précoce.

Placide Onguéné

Rédaction
Rédaction
Média multi-support édité par l’Agence Rhéma Service, cabinet de communication et de stratégie basé à Douala, Business & Finance International regroupe des partenaires internationaux issus du monde des médias, des affaires et de la politique, mus par la volonté de fournir une information vraie, crédible et exploitable pour un investissement sûr en Afrique.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici