(BFI) – La Société commerciale La Minière de Kisenge Manganèse (SCMK-Mn), détenue à 100 % par l’État congolais selon les données de la Cellule technique de coordination et de planification minière (CTCPM), envisage de se lancer dans la transformation locale du manganèse en dioxyde de manganèse électrolytique (MnO₂). Ce composé chimique est utilisé dans plusieurs technologies de batteries et de cellules.
Pour concrétiser cette ambition, l’entreprise recherche un partenaire privé afin de développer une unité industrielle à Kisenge, dans la province du Lualaba, dans le cadre d’un partenariat public-privé (PPP), selon le portefeuille de projets publié en juillet par l’Agence nationale pour la promotion des investissements (ANAPI).
L’entreprise justifie le choix du PPP par sa volonté de conjuguer les capacités publiques et privées. Selon le document, cette structure doit permettre d’allier l’agilité et l’expertise technologique du partenaire privé, des atouts jugés nécessaires à la réussite d’un projet industriel complexe et risqué. L’entreprise estime le coût total du projet à 100 millions de dollars. Le partenariat envisagé s’étendrait sur une durée de 20 à 30 ans. Dans ce cadre, la société publique attend du partenaire intéressé qu’il contribue au développement de l’unité industrielle, tant sur le plan financier que technique. Le projet comprend plusieurs étapes, allant de la conception et de la construction jusqu’à l’exploitation, la maintenance et la gestion des services. Le document ne précise toutefois pas si les études de faisabilité ou autres études techniques requises pour le projet ont déjà été réalisées.
La SCMK-Mn en difficulté
Cette initiative intervient alors que Kisenge Manganèse reste marquée par une longue période de faible activité. Selon des informations relayées par plusieurs médias, l’entreprise a cessé sa production dans les années 1980, suite à l’interruption de la ligne ferroviaire Dilolo-Lobito, qui constituait une voie essentielle pour l’acheminement du manganèse vers le port angolais de Lobito.
Une partie du manganèse extrait par le passé serait également toujours stockée sur le site de Kisenge. En 2015, Radio Okapi, citant Jean Koj — alors secrétaire de la délégation syndicale générale de Kisenge Manganèse —, évaluait ces stocks à environ 400 000 tonnes. Leur évacuation s’était alors heurtée à des difficultés liées au transport ferroviaire. La reprise du trafic ferroviaire entre Dilolo et l’Angola a toutefois permis d’acheminer une partie de ces stocks vers le port de Lobito en 2018. Plus récemment, des données provisoires pour le premier trimestre 2026 font état de l’exportation, par l’entreprise, de 2 502,27 tonnes de concentré de manganèse.
Grâce à la création d’une unité de transformation, le projet pourrait permettre à l’entreprise de mieux répondre à la demande mondiale en manganèse, notamment dans les segments liés aux cellules, aux batteries et au stockage d’énergie. La fiche du projet souligne que l’objectif est de positionner la RDC au sein de la chaîne de valeur mondiale des matériaux pour batteries et de favoriser une industrialisation plus durable.
Cette perspective s’inscrit également dans un contexte de hausse des prix du concentré de manganèse. Selon les données du CTCPM, le prix de la tonne de concentré à 99,7 % est passé de 1 892 dollars en janvier 2025 à 2 950 dollars en mars 2026, ce qui renforce la pertinence économique d’une valorisation locale du minerai plutôt que de son exportation sous une forme moins transformée. En revanche, la tonne de concentré de manganèse à 55 % se négocierait aux alentours de 50 dollars.




