(BFI) – Le Cameroun a consacré 45 milliards de Fcfa (80 millions de dollars) aux investissements publics au cours des trois premiers mois de 2026, soit une baisse de 74,4 % par rapport aux 175,5 milliards de Fcfa enregistrés un an plus tôt, selon le document de programmation budgétaire à moyen terme 2027-2029 du ministère des Finances.
Ce montant représente 2,5 % de l’enveloppe de dépenses en capital de 1 800 milliards de Fcfa figurant dans le tableau d’exécution du ministère. Le GECAM (Groupement des entreprises du Cameroun), en prenant pour base de calcul le budget d’investissement public de 2 030 milliards de Fcfa approuvé pour 2026, évalue le taux d’exécution à 2,2 %. Le ministère attribue une grande partie du ralentissement, tant au niveau des investissements que des dépenses de fonctionnement, aux difficultés rencontrées lors de la transition vers une nouvelle plateforme informatique de gestion budgétaire, PROBMIS IA, au début de l’année. À la fin du mois de mars, le taux d’exécution des dépenses de fonctionnement (hors intérêts) n’était que de 14,7 %.
Le détail des chiffres révèle un net décalage entre les différentes catégories de dépenses. Les dépenses de personnel ont atteint 391,7 milliards de francs CFA, en hausse de 2,8 % sur un an, soit 24,1 % de l’enveloppe annuelle. Le service de la dette s’est élevé à 833,9 milliards de francs CFA, soit une augmentation de 20,4 % et 27,6 % des prévisions annuelles. Les investissements financés sur ressources propres de l’État ont progressé beaucoup plus lentement. Seuls 2,6 milliards de francs CFA ont été exécutés sur une dotation de 970,6 milliards, contre 73,2 milliards au premier trimestre 2025. Les dépenses d’acquisition de biens et services ont également chuté de 66,2 %, pour s’établir à 36,6 milliards de francs CFA.
Les projets financés par des ressources extérieures ont affiché de meilleurs résultats, avec un taux d’exécution de 5,2 % de leur dotation. Toutefois, des contraintes de financement ont également pesé en amont. Les décaissements au titre des prêts-projets ont atteint 39,4 milliards de francs CFA au cours du trimestre, soit 19 % de l’objectif fixé et un niveau inférieur d’environ deux tiers à celui enregistré l’année précédente.
Un excédent dû à la faiblesse des dépenses
En raison de dépenses d’investissement inhabituellement faibles, l’État a clôturé le trimestre avec un excédent budgétaire de 210,8 milliards de francs CFA. Cette amélioration ne résulte pas d’une hausse des recettes. Les ressources totales ont reculé de 13,8 % pour s’établir à 1 330 milliards de francs CFA (soit 61 % de l’objectif trimestriel), sous l’effet d’une baisse de 34,6 % des recettes pétrolières et d’une chute de 58 % des emprunts et dons. Les recettes hors pétrole ont augmenté de 3,2 % pour atteindre 1 090 milliards de francs CFA. L’émission de titres du Trésor a permis de mobiliser 98 milliards de francs CFA, contre un objectif de 160 milliards.
Ces chiffres doivent toutefois être interprétés avec prudence. Le ministère a comptabilisé 102,1 milliards de francs CFA de dépenses diverses en attente de régularisation, contre 78,2 milliards un an plus tôt. Il s’agit de paiements n’ayant pas encore été affectés à leurs lignes budgétaires définitives. Certains pourraient être ultérieurement classés comme investissements ; par conséquent, le taux d’exécution des dépenses d’investissement du premier trimestre pourrait être révisé à la hausse.
Lors du deuxième forum économique annuel du GECAM à Yaoundé, le 10 septembre, le président Célestin Tawamba s’est appuyé sur ces chiffres du premier trimestre pour plaider en faveur d’une croissance des investissements plus rapide que celle des dépenses de fonctionnement dans le budget 2027. Selon le GECAM, la part des dépenses de fonctionnement est passée de 65,1 % du budget en 2016 à 79,2 % en 2026, tandis que celle des investissements a chuté de 34,9 % à 20,8 %. La part exacte des investissements varie selon le périmètre budgétaire retenu.
Pour les entreprises, la faiblesse de l’investissement public peut se traduire par des contraintes liées aux infrastructures. Dans l’enquête de la Banque mondiale de 2024 sur les entreprises (*Enterprise Survey*), une écrasante majorité d’entreprises camerounaises du secteur formel ont signalé des coupures d’électricité, nombre d’entre elles subissant des interruptions fréquentes au cours d’un mois ordinaire.
Citant cette enquête, M. Tawamba a indiqué qu’environ deux tiers des entreprises camerounaises dépendent de groupes électrogènes. Le GECAM estime que le coût de l’électricité autoproduite se situe entre 200 et 350 francs CFA le kilowattheure, contre un tarif industriel sur le réseau oscillant entre 50 et 99 francs CFA environ. La centrale hydroélectrique de Nachtigal, d’une puissance de 420 mégawatts, alimente désormais le réseau du sud ; toutefois, le GECAM signale que des contraintes de transport d’électricité continuent de limiter la quantité d’énergie parvenant à certains industriels. La fédération pointe également du doigt le mauvais état des routes sur les principaux axes reliant Douala, Yaoundé, Bafoussam, Ngaoundéré et les régions du nord du pays, soulignant que les perturbations logistiques renchérissent le coût du transport des marchandises vers le nord du Cameroun, le Tchad et la République centrafricaine.
Une dette inférieure au plafond, mais des remboursements lourds
À fin juin, la dette publique s’élevait à 15 610 milliards de francs CFA, soit 44,2 % du produit intérieur brut, selon la Caisse autonome d’amortissement. Ce niveau reste inférieur au plafond d’endettement de 50 % fixé par le gouvernement ainsi qu’au seuil de convergence de 70 % établi par la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale. Le service de la dette extérieure a été assuré sans qu’aucun arriéré ne soit signalé.
Au premier semestre, le service de la dette a atteint 1 060 milliards de francs CFA, le remboursement du principal représentant la majeure partie de ce montant. Toutefois, les chiffres bruts de remboursement ne se traduisent pas directement par une sortie de trésorerie équivalente, dans la mesure où une partie de la dette intérieure arrivant à échéance est refinancée par l’émission de nouveaux titres.
Le ratio d’endettement ne permet pas, à lui seul, de saisir l’ensemble des risques budgétaires. La Caisse autonome d’amortissement évalue à 4 900 milliards de francs CFA les passifs éventuels liés aux partenariats public-privé. L’État est également exposé à des passifs potentiels liés à Socadel (anciennement Eneo), entreprise nationalisée en mai 2026. Le passif de cette société d’électricité fait encore l’objet d’une évaluation. Le budget initial de 2026 prévoit un besoin de financement brut d’environ 3 000 milliards de francs CFA, ce qui souligne l’ampleur des besoins d’emprunt et de refinancement de l’État.
L’exécution budgétaire du premier trimestre ne préjuge pas nécessairement du résultat sur l’ensemble de l’année. En 2025, les dépenses d’investissement avaient finalement représenté une part bien plus importante du budget révisé, bien que ce total ait été gonflé par des prises de participation et des dépenses de restructuration ayant dépassé les allocations initiales. Cumulés, les investissements financés par des ressources intérieures et extérieures ont atteint environ les trois quarts de leur enveloppe annuelle. Si les problèmes rencontrés par le projet PROBMIS IA s’avéraient essentiellement transitoires, une partie du retard accumulé au premier trimestre pourrait encore être rattrapée. Toutefois, concentrer l’exécution des projets sur les mois restants de l’année risquerait de peser davantage sur les calendriers de passation des marchés et sur la trésorerie des entreprises prestataires.
Le rapport d’exécution à fin juin constituera donc un indicateur plus révélateur : il permettra de voir si les investissements financés sur ressources propres de l’État ont nettement dépassé le taux de 0,3 % enregistré fin mars, et quelle part de l’enveloppe de 102,1 milliards de francs CFA en attente de régularisation sera finalement comptabilisée au titre des dépenses d’investissement. Tant que ces chiffres ne seront pas disponibles, une allocation d’investissement plus élevée dans le budget 2027 ne donnera qu’une indication limitée du volume d’investissements publics qui sera réellement exécuté.




