Le poids des subventions en débat au Cameroun

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Une teneur en soufre entre 200 et 1000 fois plus élevée qu’en Europe

(BFI) – Les analystes de Fitch Rating prévoient une hausse contenue du déficit budgétaire en 2022, en raison du poids des subventions destinées à atténuer la hausse des prix des carburants. Leurs hypothèses sur ce point peuvent paraître plus optimistes que celles du gouvernement.

Dans une note en date du 10 juin 2022, l’agence Fitch a confirmé sa note de défaut émetteur (IDR) appliquée au Cameroun, à « B », assortie d’un avis de « perspective stable ». Au-delà de cette décision, les commentaires des analystes méritent attention, dans la conjoncture actuelle faite d’incertitudes.

En effet, les experts motivent leur décision par « un niveau de dette publique modéré » du Cameroun par rapport à des pays comparables, ainsi qu’« une inflation faible ». Ils attendent du pays qu’il continue ses efforts de consolidation fiscale et sa « croissance économique résiliente ».

En raison de la crise ukrainienne et se répercutions sur les prix, le plan d’assainissement budgétaire du Cameroun est à l’arrêt. « Nous prévoyons que des subventions supplémentaires ralentiront les plans de consolidation fiscale en 2022 et empêcheront la réduction du déficit budgétaire », juge Fitch. Les analystes font ici allusion aux subventions aux carburants, qui permettent au gouvernement de ne pas répercuter intégralement les hausses de cours du brut sur les prix à la pompe. Selon l’agence, ces subventions s’élèveront à 480 milliards de F.CFA (1,8 % du PIB) contre 120 milliards de F.CFA initialement prévu.

Or, la loi de Finances en cours d’examen prévoit une enveloppe globale de « subventions », qui ne concerne pas que le pétrole, donc, à hauteur de 625,4 milliards de F.CFA, fait observer le site Investir au Cameroun. Qui s’étonne en conséquence d’une estimation « plutôt modeste », des analystes de Fitch, citant les estimations du ministre des Finances Louis-Paul Motaze. Lequel estimait ces subventions pour le pétrole de de l’ordre de 600 milliards de F.CFA pour 2022. Reste à savoir quelles sont les hypothèses sous-jacentes, en matière de prix du pétrole brut notamment, retenues par les uns et par les autres.

Les besoins de financement seront satisfaits

La loi de finances révisée prévoit une augmentation des subventions et des salaires, qui sera compensée par des réductions des dépenses en biens et services, en capital et celles consacrées à la crise de la Covid-19. Les recettes sont également revues à la hausse, les recettes pétrolières devraient être supérieures de 244 milliards F.CFA (0,9% du PIB), avec des hypothèses de prix du pétrole à 102 dollars le baril.

De leur côté, les analystes de Fitch « supposent » que des subventions supplémentaires pour le carburant, le gaz domestique et les denrées alimentaires sont probables, car un conflit prolongé en Ukraine exercera des pressions supplémentaires sur les prix intérieurs. C’est pourquoi ils prévoient un déficit budgétaire de 2,5% du PIB, sur la base des engagements actuels, pouvant aller jusqu’à 2,9%, contre 2% initialement prévu.

Pas de panique toutefois : « Les besoins de financement seront satisfaits. » En effet, le Cameroun a signé un accord triennal avec le FMI dans le cadre de la facilité élargie de crédit (FEC) et du mécanisme élargi de crédit (MEDC). « Cela soutiendra la capacité du gouvernement à obtenir des financements supplémentaires de la part des créanciers officiels et, en tant qu’ancrage politique, à soutenir la consolidation fiscale », commente Fitch. Qui prévoit une « légère augmentation » de la dette publique en 2022, à 45,8% du PIB contre 45,4% à la fin de 2021. La croissance économique (+3,7% en 2022 et 4% en 2023), ainsi que les déficits budgétaires « modérés » permettront l’amélioration progressive de ce ratio, les années suivantes.

Évoquant la crise actuelle, les analystes rappellent que les prix des denrées alimentaires étaient en hausse avant la guerre en Ukraine, mais le conflit a accéléré la hausse et a perturbé l’approvisionnement en blé au niveau mondial. La Russie représente 45 % des importations de blé du Cameroun et 43 % de ses importations d’engrais. « Le Cameroun devra chercher de nouveaux fournisseurs à un coût plus élevé, ce qui exercera des pressions sur la balance commerciale. » Au niveau des comptes courants, cela sera compensé par la hausse des recettes d’exportation de pétrole.

Enfin, demeurent les défis sécuritaires et politiques. Le conflit entre les régions anglophones et francophones, et les attaques terroristes dans l’Extrême-Nord pourraient perturber l’économie et exercer des pressions supplémentaires sur les dépenses de sécurité. De plus, la succession du président Paul Biya, âgé de 89 ans, reste une source d’incertitude, créant un risque de transition désordonnée du pouvoir.

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