(BFI) – Le Cameroun devra encore patienter avant de trouver un partenaire pour remettre sur les rails le projet de cobalt, nickel et manganèse de Lomié-Nkamouna. La Société nationale des mines (Sonamines) a déclaré infructueux, mardi 18 août, l’appel international à manifestation d’intérêt lancé en janvier, aucune candidature n’ayant satisfait aux critères de sélection. Si l’entreprise publique abandonne désormais la procédure concurrentielle et se dit ouverte à des négociations, la quête du partenaire idéal s’annonce délicate.
Les exigences de Yaoundé étaient claires pour l’appel à manifestation d’intérêt. La Sonamines recherchait des entreprises ayant au moins quinze ans d’expérience dans les mines, une expérience en Afrique et un résultat d’exploitation annuel d’au moins 150 millions de dollars dans le secteur minier sur les cinq dernières années. Le partenaire devait aussi financer le projet, actualiser l’étude de faisabilité et l’étude d’impact environnemental et social, puis développer et exploiter les réserves.
Marchés difficiles
La Sonamines n’a pas précisé quelles conditions ont éliminé les candidats ni attribué l’échec de la procédure à la conjoncture des métaux. Celle-ci constitue néanmoins un élément à prendre en compte pour évaluer l’attractivité du projet camerounais. Nkamouna dispose d’un potentiel minier significatif. L’étude de faisabilité réalisée en 2011 retenait 68,1 millions de tonnes de réserves prouvées et probables, à 0,26 % de cobalt, 0,66 % de nickel et 1,48 % de manganèse. Une production d’environ 6 100 tonnes de cobalt et 3 300 tonnes de nickel par an était alors attendue durant les onze premières années de pleine production, pour un investissement initial évalué à 617,2 millions de dollars.
Quinze ans plus tard, cette étude ne suffit plus pour apprécier l’économie du projet, ce que reconnaît d’ailleurs implicitement l’appel à manifestation d’intérêt en demandant son actualisation. Le contexte des métaux s’est lui aussi profondément transformé. Le cobalt se négociait fin juin autour de 26 dollars la livre, en hausse de 160 % depuis février 2025, mais ce rebond tient largement aux restrictions d’exportation imposées par la RDC, premier producteur mondial. Le marché traverse en effet une période d’offre excédentaire qui pèse sur les prix.
Pour le nickel, la situation est encore moins favorable. Le marché sort de quatre années consécutives de surplus et les stocks cumulés des bourses de Londres et Shanghai atteignaient 468 600 tonnes en juin dernier, leur plus haut niveau depuis 2015. La montée en puissance de l’Indonésie continue de peser sur l’équilibre du marché malgré les tentatives de Jakarta pour ralentir sa production.
S’ajoute une évolution de la demande. Les batteries lithium-fer-phosphate, qui n’utilisent ni nickel ni cobalt, dépassent désormais les chimies intensives en cobalt et nickel, estime l’Agence internationale de l’énergie. Elles représentent 55 % du marché des batteries pour véhicules électriques et 90 % du marché des batteries de stockage en 2025, contre respectivement 15 et 30 % en 2020.
Une industrie minière encore jeune
Le risque propre au projet se combine avec celui d’un secteur camerounais qui commence seulement à passer à l’échelle industrielle. En juillet, le ministre des Mines, Fuh Calistus Gentry, indiquait que cinq grands projets étaient entrés en production ou en phase de mise en service, notamment dans le fer, la bauxite et l’or. Cette accélération doit rompre avec le paradoxe d’un pays riche en ressources minérales, mais dont le secteur minier représente encore moins de 1 % du PIB.
Le secteur minier camerounais demeure largement dominé par l’exploitation artisanale, tandis que l’industrie minière à grande échelle est encore en phase de développement. Dans un guide publié cette année sur le pays, le groupe britannique Chambers and Partners, spécialisé dans l’information juridique, relève notamment des insuffisances dans les infrastructures de transport et d’énergie, susceptibles d’accroître les risques et les coûts et d’allonger les délais des projets extractifs.
La nouvelle phase de négociations permettra désormais de mesurer si Nkamouna peut attirer un investisseur en dehors d’un appel d’offres formel. Les prochaines discussions détermineront surtout dans quelle mesure la Sonamines maintient les exigences techniques et financières fixées lors de la procédure initiale et sous quelles conditions un partenaire acceptera de financer l’actualisation des études puis le développement du projet.



