(BFI) – La CDEC organise, ce mardi 7 juillet 2026, à Yaoundé, une conférence sur le thème : « L’épargne nationale au service du financement de l’économie : rôle de la Caisse des Dépôts et Consignations ». Cette rencontre marque la restitution de DIASDEV, une étude de faisabilité consacrée à la structuration d’une offre d’épargne susceptible de mobiliser des ressources longues au profit de l’investissement productif.
Selon les éléments présentés par la CDEC, citant le Rapport d’évaluation à mi-parcours de la Stratégie nationale de développement 2020-2030, les flux monétaires entrants de la diaspora camerounaise ont atteint 1,2 milliard de dollars en 2024, soit environ 652 milliards de FCFA, en hausse de 8 % par rapport à 2023. Ces transferts proviendraient principalement de la France, des États-Unis et de la zone CEMAC.
Le potentiel est important, mais il ne doit pas être interprété comme une ressource entièrement disponible pour l’investissement. Une grande partie de ces flux sert d’abord à financer les dépenses courantes des familles : consommation, santé, éducation, logement ou soutien social. L’enjeu de DIASDEV est donc plus réaliste : capter une fraction de ces ressources, aujourd’hui dispersées, afin de les transformer en épargne longue et mieux orientée vers le financement de l’économie.
D’après les données 2024 du ministère des Relations extérieures reprises par la CDEC, la diaspora camerounaise représenterait environ 500 000 détenteurs de passeport à l’étranger et jusqu’à 6 millions de personnes en périmètre élargi, soit près de 20 % de la population totale. Ce périmètre élargi devra toutefois être précisé, notamment selon qu’il inclut les descendants, les binationaux ou les Camerounais d’origine.
Une Caisse de dépôt, pas une banque commerciale
La CDEC ne devrait pas commercialiser directement ce produit auprès des particuliers. Selon les précisions fournies par l’institution, son modèle économique et les contraintes réglementaires, notamment celles posées par la Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC), limitent son intervention directe sur le marché bancaire de détail.
Son rôle serait plutôt celui d’une institution de référence : structurer le cadre, définir les mécanismes, garantir la cohérence du dispositif et s’appuyer sur des banques ainsi que des institutions de microfinance partenaires pour assurer la collecte auprès de la diaspora et des résidents nationaux. Ce point est décisif, car le montage devra éviter toute confusion entre les missions d’une Caisse de dépôt et celles des établissements de crédit.
Trois scénarios sont encore à l’étude : une épargne bancaire de court terme, un dépôt à terme de long terme et une épargne financière adossée à des fonds. Les conclusions de la restitution doivent permettre d’éclairer les prochaines décisions sur le produit à retenir, les modalités de collecte, les garanties offertes aux épargnants, la rémunération attendue et les secteurs d’affectation des ressources.
Le test décisif de la confiance
DIASDEV s’inscrit dans un programme d’accompagnement des Caisses de dépôt porté par l’Agence française de développement et Expertise France, avec l’appui du Forum des Caisses de Dépôt. Selon les éléments de cadrage de la CDEC, une étude spécifique a été confiée au cabinet Onepoint, avec l’expertise technique de FICOM.
Plusieurs acteurs institutionnels et financiers ont été associés aux travaux, dont le ministère des Finances, le ministère des Relations extérieures, le ministère de l’Économie, la Direction nationale de la BEAC, l’AFD Cameroun, l’Agence de promotion des investissements, la Société immobilière du Cameroun, ainsi que des banques et institutions de microfinance. Un groupe de travail interne a également été créé par décision du directeur général de la CDEC, Richard Evina Obam, le 19 janvier 2026, pour suivre et valider les livrables du projet.
Le véritable défi reste toutefois celui de la confiance. La diaspora n’est pas un gisement captif. Elle n’orientera une partie de son épargne vers ce type de produit que si le dispositif offre des garanties lisibles : sécurité juridique, rendement clair, liquidité maîtrisée, reporting régulier et transparence dans l’utilisation des fonds.
L’enjeu dépasse donc la simple canalisation des transferts. Pour la CDEC, il s’agit de tester la capacité du Cameroun à convertir une ressource privée, souvent familiale et dispersée, en financement long pour les infrastructures, l’industrie, les PME ou l’innovation. À défaut d’un cadre crédible et transparent, DIASDEV restera une étude de faisabilité. Avec un mécanisme robuste, il pourrait devenir l’un des instruments de mobilisation de l’épargne nationale au service de l’économie productive.



