(BFI) – Un an après une émission dont le montant effectivement placé avait atteint 9 milliards de Fcfa, Alios Finance repart sur le marché à la quête de 13 milliards de Fcfa. Proposée à des taux de 6,60 % et 7,20 %, cette nouvelle opération doit renforcer les capacités de financement de l’établissement, confronté parallèlement à un net recul de sa position sur le marché camerounais du crédit.
Les souscriptions à cet emprunt obligataire à tranches multiples sont ouvertes jusqu’au 7 août 2026, selon les paramètres communiqués pour l’opération. D’une valeur nominale de 10 000 FCFA, les titres sont répartis entre une tranche de trois ans, rémunérée à 6,60 % brut par an, et une tranche de cinq ans, assortie d’un coupon annuel brut de 7,20 %.
Si l’émission est intégralement souscrite, Alios Finance placera ainsi 1,3 million d’obligations. L’établissement ne peut toutefois pas encore être présenté comme ayant « levé » 13 milliards de FCFA : ce montant constitue l’objectif de l’opération et ne sera acquis qu’à l’issue du placement.
Des coupons relevés par rapport à l’émission de 2025
Alios Finance Cameroun revient rapidement sur le marché. En 2025, l’établissement avait proposé un emprunt de 10 milliards de FCFA, réparti à parts égales entre une tranche de trois ans rémunérée à 6 % et une tranche de cinq ans à 7 %. Au terme de cette opération, la Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale (BVMAC) avait admis à sa cote 900 255 obligations, correspondant à un montant effectivement mobilisé de 9,00255 milliards de FCFA, soit environ 90 % de l’objectif initial. Ces paramètres figurent dans la note d’information de l’émetteur et dans la décision d’admission de la BVMAC.
La nouvelle enveloppe recherchée est donc supérieure de 30 % à l’objectif de 2025 et de 44,4 % au montant finalement placé cette année-là. Alios relève également sa rémunération de 60 points de base sur la maturité de trois ans et de 20 points de base sur celle de cinq ans. Cette hausse améliore l’attractivité des titres pour les investisseurs, mais renchérit parallèlement le coût des ressources de l’établissement.
La clôture annoncée de la souscription, le 7 août 2026, coïncide avec le paiement d’une échéance de l’emprunt de 2025. La BVMAC a annoncé qu’Alios devait décaisser environ 771 millions de FCFA à cette date, dont près de 628 millions au titre du principal et 143 millions pour les intérêts. Les encaissements par les investisseurs doivent débuter le 10 août, selon l’avis publié par la Bourse régionale.
IFC annoncée comme investisseur de référence
La Société financière internationale (IFC), institution du Groupe de la Banque mondiale chargée du secteur privé, est présentée dans les documents de placement comme investisseur de référence. Le montant de son engagement et la tranche sur laquelle elle interviendra ne sont toutefois pas précisés.
Le montage de l’opération réunit également Attijari Securities Central Africa (ASCA), Elite Capital Securities Central Africa et Société Générale Capital Securities Central Africa. Plusieurs sociétés de Bourse de la Cemac doivent participer au placement des titres.
Les ressources recherchées sont destinées à financer le développement des activités historiques d’Alios Finance : crédit-bail mobilier, crédit d’investissement, location longue durée et crédits de court terme. Contrairement aux banques, l’établissement financier ne collecte pas de dépôts à vue. Le recours aux emprunts obligataires constitue donc l’un de ses principaux leviers pour disposer de ressources longues et financer de nouveaux crédits.
Un test pour le nouveau propriétaire
Cette opération intervient quinze mois après la prise de contrôle d’Alios Finance Cameroun par Credaf Group. La holding financière de l’homme d’affaires ivoirien Serge-Aimé Bilé a finalisé l’acquisition le 30 avril 2025, après l’obtention des autorisations réglementaires. Elle est devenue l’actionnaire principal des entités d’Alios Finance au Cameroun, au Gabon, en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso, au Mali et au Sénégal, selon le communiqué officiel de l’opération.
Cette transition a coïncidé avec une forte contraction de la position d’Alios Finance sur le marché camerounais. D’après les données de la BEAC communiquées pour l’opération, sa part de marché parmi les établissements financiers est revenue de 41,27 % à fin mars 2025 à 25,83 % un an plus tard. La baisse atteint 15,44 points de pourcentage, soit une contraction relative de 37,4 %. Alios aurait ainsi perdu sa première place au profit de la Société camerounaise d’équipement.
Cette concomitance ne permet cependant pas d’attribuer le recul au changement d’actionnaire. Elle place plutôt la nouvelle émission au cœur d’un test opérationnel : la réussite ne dépendra pas seulement du montant souscrit, mais aussi de la capacité d’Alios à transformer ces ressources plus coûteuses en nouveaux financements, sans dégrader la qualité de son portefeuille.



