(BFI) – La deuxième édition du Forum sur le commerce numérique referme la séquence de la négociation et ouvre celle des résultats. Huit appels à l’action, assortis d’échéances, engagent les États parties, le Secrétariat et le secteur privé à rendre opérationnel un marché numérique continental estimé à 180 milliards de dollars, appelé à en approcher 712 d’ici 2050.
Le Secrétariat de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), avec le Gouvernement de la République fédérale du Nigéria, a clôturé le 2 juillet 2026 à Lagos la deuxième édition du Forum sur le commerce numérique de la ZLECAf, placée sous le thème « Le commerce numérique pour un marché africain connecté ». Réunissant décideurs publics, régulateurs, entrepreneurs, investisseurs et partenaires au développement de tout le continent, le Forum a adopté huit appels à l’action qui fixent des engagements assortis d’échéances pour rendre opérationnel le marché numérique de la ZLECAf.
Le Forum acte un passage assumé de la négociation à la mise en œuvre. L’architecture juridique du commerce numérique de la ZLECAf est désormais substantiellement en place, le Protocole sur le commerce numérique ayant été adopté par la Conférence de l’Union africaine. Le Secrétariat et les États parties portent leur effort sur l’application du cadre, dans les paiements, les flux de données et le commerce transfrontalier.
L’économie numérique africaine, estimée aujourd’hui à environ 180 milliards de dollars américains et appelée à approcher 712 milliards d’ici 2050, donne au Protocole son caractère d’urgence. Sa valeur, comme l’ont rappelé les intervenants, ne se mesurera pas à son adoption, mais à sa mise en œuvre et à son effet réel sur les entreprises et les citoyens africains.
Le principal résultat du Forum réside dans ces huit appels à l’action, feuille de route commune adressée aux États parties, au Secrétariat et au secteur privé. Ils s’ordonnent autour de trois exigences : doter le continent d’une infrastructure numérique publique et souveraine, instaurer la confiance et une gouvernance responsable des données, faire de l’inclusion et des paiements interopérables le socle de l’usage.
- Accélérer la ratification et la transposition du Protocole sur le commerce numérique dans le droit interne.
- Bâtir les infrastructures publiques numériques de l’Afrique : identité numérique, connectivité, paiements et services publics numériques.
- Moderniser les systèmes de commerce transfrontalier par la dématérialisation des échanges, les procédures électroniques et l’harmonisation des procédures.
- Instaurer la confiance dans le marché numérique par la cybersécurité, la protection des consommateurs et une gouvernance responsable des données.
- Élargir l’inclusion numérique, les compétences et l’innovation, en plaçant les femmes, les jeunes, les MPME et les communautés rurales au centre.
- Mobiliser l’investissement pour transformer l’innovation africaine en solutions déployables à l’échelle du continent.
- Promouvoir les partenariats public-privé comme modèle de mise en œuvre de la transformation numérique de l’Afrique.
- Faire progresser des paiements transfrontaliers sûrs et interopérables, afin que l’argent circule aussi librement que les biens et les services.
La mise en œuvre est déjà engagée. Le Secrétariat a cité le Programme de la ZLECAf pour l’inclusion numérique et l’entrepreneuriat (ADIEP) qui, en partenariat avec Google, dote 7 500 PME africaines dans 19 pays de compétences en commerce numérique à travers trois modules : le commerce numérique transfrontalier, l’informatique en nuage pour les petites entreprises et l’intelligence artificielle au service de la productivité. Des systèmes transfrontaliers comme le Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS) réduisent déjà le coût et les frictions des paiements intra-africains.
Le Forum a également produit un résultat contractuel : le Secrétariat et Quest Ghana Limited ont signé un mémorandum d’entente pour développer un corridor de commerce numérique destiné à faciliter, suivre et régler les transactions commerciales transfrontalières dans le respect des règles et règlements de la ZLECAf.
Dans son allocution, S.E. Wamkele Mene, Secrétaire général de la ZLECAf, a présenté le commerce numérique comme une réalité déjà présente et non comme une ambition lointaine. Il a souligné sa capacité à intégrer dans l’économie formelle des populations trop souvent tenues à l’écart, notamment les femmes, les jeunes et les populations rurales d’Afrique, et a désigné l’harmonisation des règles, la connectivité, des flux de données transfrontaliers de confiance et les compétences comme les fondations d’une économie numérique continentale.
« Nous sommes prêts, en tant qu’Africains, à prendre en main notre propre destin, à faire progresser l’économie numérique de l’Afrique, avec le soutien de nos partenaires à travers le monde », a-t-il déclaré.
Le Dr Jumoke Oduwole, Ministre de l’Industrie, du Commerce et de l’Investissement du Nigéria et présidente du Conseil des ministres de la ZLECAf chargés du commerce, a réaffirmé l’engagement du Nigéria, co-champion du Protocole sur le commerce numérique, à en faire progresser la mise en œuvre.
Pour que le Protocole produise ses effets, a insisté le Secrétariat, les gouvernements africains doivent inscrire le commerce numérique dans leurs stratégies nationales de développement et de commerce. C’est à cette condition que l’engagement continental deviendra action nationale.



