(BFI) – Les assemblées annuelles de la Banque africaine de développement (BAD) s’ouvrent ce lundi 25 mai à Brazzaville, capitale de la République du Congo. L’événement marque le premier exercice à haut risque pour Sidi Ould Tah, désigné en 2026 à la présidence de l’institution panafricaine. L’économiste mauritanien, ancien patron de la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA), hérite d’un mandat dans un environnement international particulièrement instable, marqué par le repli des grands bailleurs occidentaux et la contraction de l’aide publique au développement.
Le thème retenu pour cette édition, axé sur la mobilisation des ressources à grande échelle, traduit l’urgence ressentie au sein de la banque panafricaine. Les besoins de financement du continent se chiffrent en centaines de milliards de dollars par an, qu’il s’agisse d’infrastructures, de transition énergétique ou d’adaptation climatique. Or les flux extérieurs traditionnels se tarissent, contraignant Abidjan, siège de la BAD, à repenser en profondeur son modèle d’intermédiation financière.
Pour Carlos Lopes, ancien secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA) et professeur à l’Université du Cap, ces assises pourraient effectivement constituer un point de bascule. L’universitaire bissau-guinéen estime que la nouvelle équipe dirigeante arrive avec un mandat de transformation clair, dans un contexte où le statu quo n’est plus tenable. Le successeur d’Akinwumi Adesina devra rapidement convaincre les actionnaires africains comme non africains de la pertinence d’une stratégie réorientée vers les capitaux domestiques.
La mobilisation des ressources internes, longtemps évoquée comme un horizon théorique, devient une priorité opérationnelle. Fonds de pension africains, réserves des banques centrales, ressources des fonds souverains du Golfe et capitaux des diasporas figurent parmi les leviers identifiés. Encore faut-il que la BAD parvienne à structurer des véhicules financiers attractifs, à dérisquer les projets et à offrir des rendements compatibles avec les exigences prudentielles des investisseurs institutionnels.
Brazzaville, vitrine politique d’un continent sous pression
Le choix de Brazzaville n’a rien d’anodin. La capitale congolaise accueille pour la première fois ce rendez-vous majeur, signe de la volonté de la BAD de mieux ancrer sa visibilité dans l’Afrique centrale, sous-région souvent en retrait des grands événements financiers continentaux. Les autorités congolaises entendent profiter de l’occasion pour valoriser leurs projets dans les domaines du bassin du Congo, de l’économie bleue et des corridors logistiques reliant l’Atlantique aux pays enclavés.
Au-delà du protocole, plusieurs dossiers brûlants attendent les gouverneurs. La reconstitution du Fonds africain de développement (FAD), guichet concessionnel destiné aux pays à faible revenu, demeure une équation délicate alors que les contributeurs traditionnels rationalisent leurs engagements. La question du surendettement de plusieurs États membres, exposés à un mur de remboursements obligataires, occupera également une place centrale dans les échanges techniques.
Réformer l’architecture financière, un combat de longue haleine
Sidi Ould Tah s’inscrit dans un mouvement plus large de revendication africaine pour une réforme de l’architecture financière mondiale. Les positions portées par le continent au sein du G20, lors des sommets sur le climat ou dans les enceintes du Fonds monétaire international convergent autour d’une même exigence : élargir l’accès aux liquidités, réviser la notation souveraine et augmenter le capital des banques multilatérales de développement. La BAD, par sa proximité avec les terrains africains, se positionne comme un relais naturel de ces revendications.
Carlos Lopes souligne que la réussite du mandat se jugera moins aux discours qu’aux instruments concrets mis en place dans les douze à dix-huit prochains mois. Effet de levier accru, partenariats avec le secteur privé, monétisation des actifs naturels et émission d’obligations vertes panafricaines figurent parmi les pistes explorées. Reste à transformer ces intentions en flux financiers réels, mesurables dans les budgets d’investissement des États membres. Les conclusions de Brazzaville livreront un premier indice de la capacité de la nouvelle direction à imprimer sa marque.




