Victor Fotso, l’industriel camerounais tire sa révérence

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Fotso Victor, grande figure du secteur privé africain, tire sa révérence.

(BFI) – L’investisseur camerounais âgé de 94 ans, promoteur de plusieurs entreprises est décédé le 20 mars 2020 dans un hôpital parisien des suites de maladie. Ainsi s’achève l’histoire d’un bâtisseur qui aura pendant plus de soixante ans, roulé sa bosse dans plusieurs secteurs d’activité au Cameroun, en Afrique centrale et de l’Ouest.

Patriarche, businessman, homme politique… C’est un homme aux multiples casquettes qui s’est éteint vendredi dans l’hôpital parisien où il séjournait depuis quelques semaines.

Fondateur d’une dynastie éponyme, Victor Fotso faisait partie, au même titre que Joseph Kadji Defosso, décédé en août 2018, de la première génération d’industriels camerounais. Si le portefeuille des entreprises de son empire a commencé avec des boîtes d’allumettes dans les années 1970, il s’est rapidement diversifié, au point de compter une vingtaine d’entreprises présentes dans pas moins de dix pays. Des filiales qui, pour la plupart, ont depuis mis la clé sous la porte.

Par son dynamisme, Victor Fotso s’était bâti une réputation ayant traversé les frontières. L’histoire retiendra l’internationalisation d’Unalor, entreprise de production d’allumettes, vers la Côte d’Ivoire, le Liberia et l’Angola. Celle des piles électriques (Pilcam), les insecticides (Moon Tiger) au Sénégal et au Mali, la fabrique des cahiers (Safcam), la distillerie des liqueurs, la culture de haricots verts pour la marque Bonduelle et l’Imprimerie nationale au Tchad.

Infaillible soutien du pouvoir

Le groupe Fotso, entreprise familiale, a également lancé la Commercial Bank qui a ouvert sa première agence à Douala en 1997 (CBC) avant d’essaimer en 1999 au Tchad (CBT), en Centrafrique (CBCA), en Guinée équatoriale (CBGE), et même à São Tomé-et-Príncipe (COBSTP). À cela, il faut ajouter la Société financière africaine (SFA) basée à Douala, mais aussi des investissements immobiliers en France, à Levallois-Perret, opérés par la Compagnie internationale de services (CIS).

Au début de la décennie 2010, le chiffre d’affaires du groupe était évalué à 500 milliards de F CFA – un montant jamais vérifié, en raison de l’opacité du groupe. Son personnel est lui évalué à 5 000 employés, en dehors des 18 000 planteurs de haricots verts. La rupture avec son fils Yves-Michel et l’emprisonnement de ce dernier a cependant provoqué une baisse conséquente du chiffre d’affaires de l’empire. Aujourd’hui, la réputation de ce flamboyant groupe s’est considérablement érodée.

Ayant bénéficié des faveurs d’Ahmadou Ahidjo et Paul Biya, Victor Fotso s’était particulièrement investi en politique, en devenant un soutien de poids pour ces deux présidents dans la région de l’Ouest, bastion de l’opposition. En 1997, il avait obtenu son premier poste électif en devenant le maire de la commune de Pete-Bandjoun, son village d’origine. Il avait été réelu le 9 février dernier, pour un mandat qui devait s’achever en 2025.

L’opinion publique camerounaise salue déjà la mémoire d’un homme considéré par beaucoup comme un des symboles de l’offensive camerounaise dans le domaine des affaires aux lendemain des indépendances.

En l’espace de deux ans, le Cameroun a perdu quatre opérateurs économiques qui comptent parmi les plus grandes fortunes du pays, dont le dénominateur commun est d’avoir bâti des empires en investissant le secteur des affaires au lendemain de l’indépendance du Cameroun. Sur cette liste, Victor Fotso a été récemment précédé par Joseph Kadji Desosso, propriétaire de plusieurs entreprises dont l’Union camerounaise des brasseries (UCB), Jean Samuel Noutchogouin promoteur entre autres de la Société camerounaise des provenderies et Samuel Kondo Ebelle à la tête de plusieurs entreprises dont la société camerounaise de cartonnages et de fournitures de matériel scolaire & bureau (SOCARTO).

Omer Kamga

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