AccueilSecteursBtp & InfrastructuresTrois groupements présélectionnés pour l’audit du projet du barrage Bini à Warak

Trois groupements présélectionnés pour l’audit du projet du barrage Bini à Warak

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En tête du classement, le groupement Auditec-Foirier Consulting totalise 89 points. Il devance SICAF-Hydreole, crédité de 82 points, et Brainstorm Consulting-Moore-Labogexp, qui obtient 77 points. Ces trois consortiums sont désormais habilités à concourir à l’appel d’offres national restreint qui désignera l’attributaire final de la mission. La procédure est jugée stratégique par les autorités, qui entendent disposer d’un diagnostic indiscutable avant tout redémarrage des travaux.

L’opération dépasse la simple formalité de passation de marché. Le futur consultant devra dresser un état des lieux exhaustif des prestations exécutées depuis le lancement du projet, vérifier leur conformité aux engagements contractuels et inventorier les livrables effectivement disponibles. La mission portera également sur les montants déjà investis, les factures introduites en paiement et l’examen des dépenses engagées par la partie camerounaise.

Le volet financier concentre une part essentielle de l’enjeu. Il s’agit de clarifier les coûts historiques de Bini à Warak, de cartographier les dettes accumulées et de retracer l’exécution des financements mobilisés avant l’interruption du chantier. Cette mise au clair conditionne la capacité de l’État à sécuriser ses nouveaux engagements, à crédibiliser le tour de table à venir et à apurer les passifs hérités de la première phase. Sans ce travail préalable, aucune institution financière sérieuse n’acceptera de s’exposer sur le projet.

L’aménagement avait été confié à l’origine à Sinohydro Corporation Limited, dans le cadre d’un contrat EPC paraphé en 2013. Le périmètre initial visait la construction d’un ouvrage hydroélectrique de 75 MW destiné à renforcer la fourniture d’électricité dans les régions de l’Adamaoua, du Nord et de l’Extrême-Nord. Lancé puis suspendu, le chantier s’est enlisé à partir de 2018-2019, sur fond de gel des financements adossés à l’opération. L’entreprise chinoise avait fini par quitter le site après des années d’attente.

Pour rouvrir le dossier, Yaoundé s’est tourné vers la société britannique Savannah Energy, appelée à porter le projet sous le statut de producteur indépendant d’électricité (IPP). Le schéma technique a, dans le même mouvement, été profondément revu. Le nouvel actif envisagé combinera production hydroélectrique et solaire photovoltaïque, pour une capacité cumulée pouvant atteindre 95 MW, dont 40 MW d’origine solaire. Ce basculement vers un format hybride traduit la volonté d’optimiser le profil de production et de mieux répondre à la demande du septentrion.

La portée économique du projet s’en trouve modifiée. Bini à Warak est désormais présenté par les autorités camerounaises comme un actif central du Réseau interconnecté Nord (RIN), une zone récurremment frappée par un déficit d’offre. Sa relance pourrait améliorer sensiblement la disponibilité électrique dans les trois régions septentrionales, à condition que le montage financier, la répartition des responsabilités contractuelles et le sort des passifs antérieurs soient stabilisés.

Les conclusions de l’audit pèseront lourd. Elles détermineront ce qui peut être conservé en l’état, ce qui doit être régularisé et ce qui nécessitera une renégociation avec les anciens cocontractants. Pour l’État camerounais comme pour Savannah Energy et les bailleurs susceptibles d’accompagner le tour de table, l’objectif est clair : convertir un chantier paralysé depuis près de huit ans en projet bancable, capable d’attirer de nouveaux capitaux et de soulager durablement le Nord du pays.

Omer Kamga

Rédaction
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