(BFI) – Le Cameroun sollicite des partenaires au développement pour son Plan Jeunesse de 386,1 milliards de Fcfa, cadre opérationnel soutenant sa Politique nationale de la jeunesse 2025-2035. Ce cadre de financement a été présenté à Yaoundé le 11 août lors d’une table ronde organisée pour mobiliser les agences de développement, les partenaires techniques et financiers, le secteur privé et les autres parties prenantes autour de la mise en œuvre de cette politique et de son plan d’action.
L’éducation et la formation représentent la part la plus importante du budget proposé. Sur les 386,1 milliards de Fcfa nécessaires au Plan Jeunesse, 334 milliards, soit 86,5 %, sont alloués à l’éducation et à la formation. L’emploi et l’inclusion économique se voient attribuer 30,2 milliards de Fcfa, soit 7,8 % du total. La participation, la santé et le bien-être recevront 11,6 milliards de Fcfa, soit 3 %, tandis que la gouvernance institutionnelle se verra allouer 10,3 milliards de Fcfa, soit 2,7 %.
La répartition des fonds place le développement du capital humain au cœur du plan. Les interventions prévues comprennent la formation professionnelle, l’apprentissage, les compétences numériques, l’intelligence artificielle, l’enseignement des sciences, des technologies, de l’ingénierie et des mathématiques, ainsi que le soutien à l’innovation et à l’entrepreneuriat des jeunes. La table ronde du 11 août vise à identifier les points de convergence entre les priorités des partenaires au développement et celles définies dans la Politique nationale de la jeunesse, tout en explorant les possibilités de collaboration et de financement coordonné.
Paul Tasong, ministre délégué au ministère de l’Économie, de la Planification et du Développement régional, a déclaré que la réunion avait pour objectif de garantir une plus large appropriation de cette politique par les institutions impliquées dans le développement. « Il est important que tous les acteurs se rallient à cette politique car elle donne une orientation claire. L’objectif est de faire en sorte que tous les acteurs du développement, à commencer par les administrations publiques, se mobilisent autour de cet instrument clé de politique publique axé sur la jeunesse », a déclaré le membre du gouvernement.
L’emploi demeure un objectif politique majeur
Le besoin de financement de 386,1 milliards de Fcfa intervient alors que les indicateurs d’emploi et de revenus illustrent l’ampleur du défi auquel sont confrontés les jeunes Camerounais. Selon le diagnostic national de la jeunesse figurant dans la Politique nationale de la jeunesse, le taux de chômage des jeunes s’élève à 10,4 %, tandis que le taux d’emploi est estimé à 39,3 %. Le document fait état d’un taux de pauvreté de 37 % et indique que 63 % des jeunes ont des besoins de formation. Il précise également que 80 % d’entre eux considèrent l’emploi comme une priorité. L’emploi et l’inclusion économique constituent donc l’un des quatre piliers stratégiques de cette politique.
Les 30,2 milliards de Fcfa alloués directement à ce volet soutiendront l’employabilité, l’entrepreneuriat et l’intégration dans les secteurs stratégiques. Les secteurs prioritaires comprennent l’agriculture, les technologies, l’économie verte et d’autres secteurs à forte croissance. Le plan prévoit également l’inclusion financière par le biais de mécanismes de crédit et de garantie, ainsi qu’un soutien aux femmes entrepreneures, aux jeunes entreprises et aux membres de la diaspora.
Les programmes existants donnent un aperçu des objectifs d’emploi poursuivis parallèlement à cette nouvelle politique. Tasong a déclaré que le Projet de promotion de l’inclusion économique et de l’employabilité des femmes et des jeunes (PROPIEJ) vise à soutenir plus de 20 000 micro, petites et moyennes entreprises et à créer 65 000 emplois. Le programme a également pour objectif de favoriser la substitution des importations dans le secteur agropastoral. Par ailleurs, le Programme d’inclusion économique des jeunes cible 65 000 jeunes vulnérables âgés de 18 à 35 ans dans les 10 régions du Cameroun entre 2024 et 2028.
La Politique nationale de la jeunesse introduit également ce que le gouvernement appelle l’Approche Jeunesse, ou approche d’intégration de la jeunesse, selon laquelle les considérations relatives à la jeunesse doivent être intégrées à l’ensemble des politiques publiques plutôt que d’être traitées uniquement par le biais de programmes jeunesse isolés. Le ministre de la Jeunesse et de l’Éducation civique, Mounouna Foutsou, a déclaré que cette approche vise à améliorer la coordination entre les institutions gouvernementales et les partenaires au développement travaillant sur des programmes concernant les jeunes. Dans ce cadre, les considérations relatives à la jeunesse devraient être intégrées à la conception, à la planification, à la budgétisation et à l’évaluation des programmes de développement. Le document de politique générale présente cette approche comme une transition d’interventions fragmentées vers un système plus coordonné et fondé sur les données.
334 milliards de Fcfa alloués à l’éducation et aux compétences
L’éducation et la formation représentent de loin la part la plus importante des dépenses prévues dans le cadre du Plan jeunesse 2025-2030. Cette allocation de 334 milliards de Fcfa financera des interventions portant sur les compétences fondamentales, le bilinguisme, les technologies numériques, l’intelligence artificielle et l’enseignement des sciences, technologies, ingénierie et mathématiques (STEM). Elle soutiendra également les stages, l’apprentissage et les mesures visant à faciliter l’insertion professionnelle des jeunes diplômés.
Lors de l’élaboration de cette politique, le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) a indiqué que les 15-35 ans représentaient 36,89 % de la population camerounaise, sur une estimation nationale de 29,8 millions d’habitants. L’agence a établi un lien entre l’augmentation des investissements dans la jeunesse et la capacité du Cameroun à tirer profit du dividende démographique en améliorant l’éducation, les compétences, les perspectives d’emploi et la participation économique.
Samuel Kissi, représentant adjoint de l’UNFPA et porte-parole du système des Nations Unies lors de la table ronde, a déclaré que les partenaires au développement cherchaient à conjuguer leurs expertises et leurs financements pour soutenir le programme. « Aucun pays africain ne peut atteindre un développement durable sans efforts et investissements ciblés en faveur de sa jeunesse. Nous sommes heureux de participer à cet effort visant à rassembler partenaires, expertises et financements afin de garantir une action concertée », a affirmé M. Kissi.
La mise en œuvre du Plan jeunesse actuel s’étend de 2025 à 2030, dans le cadre plus large de la Politique nationale de la jeunesse couvrant la période 2025-2035. La feuille de route prévoit une accélération du déploiement en 2026 et un élargissement à l’échelle nationale en 2027. Les initiatives de partenariat et d’innovation devraient être consolidées en 2028, suivies d’une évaluation à mi-parcours en 2029 et de l’achèvement du plan opérationnel actuel en 2030.
Omer Kamga



