(BFI) – Dix jours après la création officielle du comité technique chargé de l’organisation et de la gestion du site, les autorités locales ont tenu, fin avril 2026, la première réunion de travail destinée à poser les bases opérationnelles de la relance de cette infrastructure stratégique pour le Nord du Cameroun. La rencontre, présidée par le maire de la ville de Garoua, Goura Beladji, marque une étape importante dans la volonté affichée par les autorités de sortir le port fluvial d’une longue période de gestion informelle et de repositionner l’infrastructure comme un véritable levier logistique et économique sous-régional.
Mis sur pied le 20 avril 2026, le comité technique dispose d’un délai de trois mois pour définir les modalités pratiques de fonctionnement du port, conformément aux normes et standards internationaux en matière d’exploitation portuaire. Au cours des échanges, les membres du comité se sont penchés sur plusieurs chantiers prioritaires. Les discussions ont notamment porté sur l’état des infrastructures existantes et les travaux de réhabilitation nécessaires pour remettre les installations en état de fonctionnement. Les participants ont également examiné les enjeux liés à la navigabilité du fleuve Bénoué, dont les variations saisonnières influencent fortement les activités du port.
Le comité travaille par ailleurs à l’élaboration d’un cadre juridique devant encadrer l’exploitation et la police portuaire. L’objectif est de mettre en place une gestion plus rigoureuse et mieux structurée d’un site longtemps marqué par l’absence de mécanismes de contrôle efficaces. Pour conduire cette mission, un sous-comité a été mis en place sous la coordination du délégué départemental du ministère des Transports pour la Bénoué, indique la Communauté urbaine de Garoua (CUG). Celui-ci est assisté notamment du représentant de l’Autorité portuaire nationale, de la Marine marchande, de membres de la société civile ainsi que des responsables administratifs et financiers concernés.
Cette dynamique de réorganisation intervient dans le prolongement de la concertation présidée le 2 avril 2026 par le préfet de la Bénoué, Oumarou Haman Wabi. Cette réunion avait permis de définir une première feuille de route visant à restaurer un cadre de gouvernance plus rigoureux autour du port fluvial. Les autorités avaient alors insisté sur plusieurs priorités, parmi lesquelles le renforcement de la coopération entre forces de sécurité, la lutte contre les réseaux de contrebande ainsi que le recensement des différents acteurs opérant sur le site, notamment les propriétaires de pirogues artisanales souvent associés aux circuits informels.
Cédé à la CUG par l’État en 2003 dans le cadre de la décentralisation, le port a longtemps fonctionné sans véritable structuration administrative et technique. Cette situation a favorisé le développement de pratiques informelles, limitant à la fois l’entretien des installations et la mobilisation des recettes portuaires. Dans son rapport sur la gestion de la CUG pour la période 2020-2024, la Chambre des comptes de la Cour suprême relevait d’ailleurs l’absence de perception de certains droits portuaires, en raison notamment du retard dans l’approbation des textes réglementaires nécessaires. Depuis, les tarifs ont été homologués par l’Autorité portuaire nationale, ouvrant la voie à une meilleure sécurisation des recettes.
Créé en 1935, le port fluvial de Garoua constitue un maillon important des échanges avec le Nigeria, le Tchad et, dans une moindre mesure, la République centrafricaine (RCA). Le projet de réorganisation doit également préparer le terrain à un vaste programme de modernisation estimé à 16 milliards de FCFA, selon le site Investir au Cameroun. À terme, les autorités espèrent transformer cette infrastructure en un outil capable de stimuler les échanges commerciaux, renforcer la connectivité régionale et soutenir le dynamisme économique du Septentrion.




