Papa Amadou Sarr : « En trois ans d’existence, nous avons accompagné plus de 106 000 bénéficiaires directs »

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(BFI) – Résilience de l’écosystème entrepreneurial, financement de l’entrepreneuriat féminin, création d’un environnement propice à la création de nouveaux emplois,… Papa Amadou Sarr, Délégué général à l’Entrepreneuriat rapide des femmes et des jeunes au Sénégal revient dans cet entretien sur le bilan des trois années d’existence de la DER/FJ et ses projets à venir notamment la création du plus grand incubateur d’Afrique de l’Ouest à vocation sous régionale, avec l’objectif de positionner le Sénégal comme hub numérique de référence en Afrique de l’Ouest.

La Délégation générale à l’entrepreneuriat rapide des femmes et des jeunes (DER/FJ) vient de rendre public le bilan de ses activités de 2020. Quelles sont les quatre ou cinq principales conclusions qui se dégagent du bilan de cette année marquée surtout par la pandémie de coronavirus ?

Près de 60 % de la population sénégalaise sont des entrepreneurs individuels et en dépit du contexte sanitaire et économique que nous traversons, il est heureux de voir que l’esprit créatif et entrepreneurial des Sénégalais ne s’est pas éteint. Avec plus de 400 000 demandes de financements directs reçues depuis sa création, la DER/FJ constate que l’envie d’entreprendre demeure une réalité. Le chômage n’est pas une fatalité, notamment chez les jeunes.

En seulement 3 ans d’existence, nous sommes fiers d’avoir pu accompagner plus de 106 000 bénéficiaires directs et plus de 2 600 entreprises locales, partout sur le territoire sénégalais. Si l’année 2020 a été chamboulée par la pandémie mondiale de la Covid-19, la DER/FJ est fière d’avoir participé à assurer la résilience de l’écosystème entrepreneurial du Sénégal. En 2020, la DER/FJ a en effet accordé 25 milliards de FCFA de financements.

Elle a proposé plusieurs mesures de riposte face à la crise telles que la suspension des remboursements en capital et intérêt pour l’ensemble des financements octroyés aux start-ups du numérique pour 9 mois, le financement de l’initiative. « 10 millions de masques » ou encore le soutien financier à plusieurs filières économiques – campagne anacarde dans les régions du Ziguinchor, Sédhiou et Kolda, campagne agricole, campagne horticole.

Ce constat de la résilience et de dynamisme est particulièrement vrai lorsque nous parlons d’entrepreneuriat féminin. Les femmes sénégalaises ont bénéficié de 75 % des financements directs de la DER/FJ. Si elles sont fortement représentées dans le secteur primaire, les services et l’artisanat, il est intéressant de voir l’autonomisation des femmes passe et passera également par les secteurs les plus innovants et créatifs, du numérique à l’industrie culturelle. Les perspectives sont multiples !

A la fin 2019, le niveau de chômage (15 ans et plus) est évalué par l’ANSD à quelques 17%. Politiques publiques, dépenses inappropriées, manque d’opportunités… Comment expliquez-vous cet important taux dans un pays aux ressources multiples et considéré comme l’une des économies les plus dynamiques de la sous-région ?

Le taux de chômage élevé au sein de la jeunesse sénégalaise – mais également chez les femmes sénégalaises – constitue l’un des principaux enjeux pour la cohésion de notre société. La DER/FJ n’a que 3 ans d’existence, mais elle agit activement pour remédier à la situation avec une conviction claire : la création de centaines de milliers d’emplois ne se décrète pas. La puissance publique ne devrait pas créer des emplois, mais plutôt créer les conditions les plus favorables à la création d’emplois par le secteur privé. En allouant 60 milliards de Fcfa de crédits à plus de 106 000 bénéficiaires directs, la DER/FJ ne « dépense » pas l’argent public, elle l’investit de manière réfléchie au regard du potentiel de croissance de tous ces projets que nous accompagnons. Il est certain qu’il en est de même pour l’ensemble des opérateurs publics engagés pour l’emploi des jeunes au Sénégal. Face à la crise liée à la pandémie de la Covid-19, ces investissements nous ont permis de contribuer activement à la résilience des écosystèmes entrepreneuriaux et donc des emplois. Demain, les outils de pilotage dont nous disposons tels que le Plan Sénégal Emergent (PSE) nous aiderons à investir encore plus rapidement dans les secteurs d’activité qui porteront la croissance et la création d’emplois durables du Sénégal.

Le président Macky Sall a promis de faire de l’emploi une priorité nationale. Pas plus tard que le 3 avril dernier, il promet la mobilisation d’un financement de 450 milliards de FCFA à l’emploi des jeunes. Quelle serait d’après vous l’impact direct et dans l’immédiat de cette décision sur la situation des jeunes en quête d’opportunité d’entrepreneuriat et comment la DER/JF peut-elle bénéficier de cette occasion pour financer ses programmes ?

L’annonce du Président de la République, S.E.M. Macky Sall, est une excellente opportunité pour les femmes et les jeunes entrepreneurs du Sénégal et nous l’en remercions vivement. La création du Programme d’urgence pour l’emploi et l’insertion socio-économique des jeunes nous permettra de relever collectivement le défi majeur de l’emploi des jeunes et des femmes. Avec un budget triennal d’au moins 450 milliards de Fcfa, dont 150 milliards débloqués pour l’année 2021, la DER/FJ et l’ensemble des opérateurs publics engagés en faveur de l’emploi, de la formation et de l’insertion pourront significativement amplifier leurs actions sur le terrain. Au-delà du seul apport financier, la création de ce Programme permet de proposer une offre de services plus simple, plus accessible et donc plus efficace pour les bénéficiaires. En effet, le Programme prévoit la réunion des services et expertises de la DER/FJ et ceux de ses partenaires au sein de guichets uniques implantés dans les 14 régions dans un premier temps, puis à terme dans les 45 départements.

Quels sont aujourd’hui les secteurs prioritaires que vous visez dans vos actions ? Et quelle place y occupent les nouveaux métiers liés à l’innovation et aux TICs ?

Le Plan Sénégal Emergent (PSE) a identifié une série de secteurs d’activité d’avenir pour le Sénégal. En ligne avec les conclusions du PSE, la DER/FJ encourage activement le développement de ces secteurs. L’agriculture demeure le premier secteur générateur de croissance et d’emploi pour le Sénégal et s’installe naturellement en tête des investissements de la DER/FJ. 35 % de nos financements directs ont été alloués au secteur primaire. Les services, l’artisanat et l’innovation représentent un deuxième pôle d’investissement d’importance pour la DER/FJ : ils ont concentré 36 % de nos financements directs.

La DER/FJ a pour ambition de soutenir l’émergence d’un écosystème innovant et numérique au Sénégal, un écosystème qui bouillonne déjà et qui se distingue de plus en plus à l’étranger. Dans le cadre du Projet d’Appui à la Valorisation des initiatives entrepreneuriales (PAVIE) que nous avons lancé fin 2020, nous nous fixons pour objectif, à travers le programme DigiPME, d’appuyer la transformation digitale de 2 200 entreprises et d’en formaliser 3 500 autres – dont 50 % sont dirigées par des femmes. Sans attendre le PAVIE, la DER/FJ a apporté son soutien à une centaine de start-ups du numérique pour près de 3 milliards de FCFA. Celles-ci évoluent dans la e-agriculture, la e-santé, l’ed-tech entre autres et offrent des solutions innovantes pour plus de compétitivité dans les secteurs susmentionnés. En termes d’accompagnement non-financiers, nous travaillons sur plusieurs projets innovants tels que la création du plus grand incubateur d’Afrique de l’Ouest à vocation sous régionale, le Mohamed Bin Zayed Center for Entrepreneurship & Innovation. Notre objectif est de positionner le Sénégal comme le hub numérique de référence en Afrique de l’Ouest, à l’image du D’Hub.

2021 et peut-être 2022 seraient dans la continuité de l’année 2020. Comment la DER/JF est-elle préparée pour affronter les prochains en termes de soutien aux jeunes et aux femmes entrepreneurs ?

L’écoute et l’anticipation des besoins des entrepreneurs, l’identification des secteurs et projets porteurs de croissance sont autant de forces qui sont au cœur de notre modèle le demeureront en 2021 et 2022. A cela, nous sommes heureux de pouvoir compter sur le soutien et la confiance du Président de la République pour amplifier les actions déjà engagées telles que le PAVIE ou celles à venir telles que le Programme d’Urgence, en collaboration avec nos partenaires publics. Par ailleurs, nous renforcerons les outils à notre disposition pour accompagner toujours plus efficacement les Sénégalais. A l’image de nos guichets uniques que nous ouvrirons à nos partenaires publics, nous venons de lancer une nouvelle plateforme en ligne de dépôts de candidatures. Notre idée de départ reste inchangée : rapidité et simplicité sont les conditions sine qua none d’un lancement de projet, à nous de les garantir.

Qui sont les principaux partenaires internationaux de la DER /JF et quelles sont aujourd’hui « les garanties » de performance qui devraient les convaincre soutenir davantage les actions que vous menez en matière de promotion de l’entrepreneuriat des jeunes et des femmes au Sénégal ?

Depuis son lancement en mars 2018, la DER/FJ est parvenue à démontrer la pertinence de son modèle et de ses ambitions. Aujourd’hui, nous bénéficions du soutien de plusieurs prestigieux bailleurs internationaux auprès desquels la DER/FJ a levé 74 milliards de francs CFA en 3 ans. La Banque africaine de développement (BAD), l’Agence française de développement (AFD), la United States African Development Foundation (USADF), le Fonds Khalifa ou encore la Fondation Bill & Melinda Gates – pour n’en citer que quelques-uns – ont été séduits par l’esprit créatif et entrepreneurial des Sénégalais. Ils ont été convaincus et rassurés par le pragmatisme de notre démarche. La DER/FJ affiche un taux de remboursement des financements accordés de 70 % en moyenne et de 99 % pour le nano-crédit- les remboursements ont été suspendus pendant la période Covid-19 à la demande de la DER/FJ.

Tous les facteurs de la confiance et de la performance sont au vert : le modèle de la DER/FJ est financièrement robuste, économiquement porteur en soutenant les secteurs d’activité d’avenir au Sénégal.

La Tribune Afrique

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