(BFI) – En voie de finalisation, la reprise de la filiale de la banque française par l’État repose sur un financement contracté auprès de BGFIBank. Derrière l’opération à 125 milliards de Fcfa, le nom du futur repreneur à qui l’État rétrocédera l’actif reste au cœur d’une active lutte d’influence.
Dans sa parution du 24 avril 2026, le média élitiste Africa Intelligence expose les différents acteurs financiers influents qui interviennent dans la prise de contrôle de la Société Générale Cameroun alors que la banque française entre dans sa dernière ligne droite. A ce stade, L’État du Camroun s’apprête à acquérir 58,08 % du capital de la filiale de la banque française Société générale, pour un montant de 125 milliards de francs CFA, soit environ 190 millions d’euros. Fin avril, l’opération a reçu l’aval des régulateurs de la Commission bancaire de l’Afrique centrale (Cobac). En amont de cette décision, l’État camerounais a transmis à l’institution basée à Libreville une série de documents détaillant l’ensemble des paramètres de l’opération. S’il n’est pas tenu, à ce niveau d’évolution, de dévoiler à la Cobac le nom des actionnaires potentiels en cas de cession ultérieure, l’État a en revanche dû communiquer l’identité de la future équipe dirigeante de Société générale Cameroun.
Composée exclusivement d’acteurs de la finance camerounaise, cette équipe a fait l’objet d’intenses tractations à Yaoundé. Selon le média Africa Intelligence, deux listes de dirigeants étaient en concurrence : la première avait été proposée par le ministre des finances, Louis-Paul Motaze, tandis que la seconde émanait de la présidence, sous l’influence de son secrétaire général, Ferdinand Ngoh Ngoh.
Concernant le montage financier de la cession, les 125 milliards de Fcfa ont d’ores et déjà été réunis par l’État depuis plusieurs semaines sur un compte séquestre. Pour ce faire, Yaoundé a notamment contracté un prêt auprès du groupe bancaire gabonais BGFIBank afin de couvrir une part importante des fonds nécessaires au rachat.
Offre de l’ivoirien NSIA Banque
Si toutes les conditions sont remplies, le closing, déjà repoussé à plusieurs reprises, pourrait intervenir d’ici la fin du mois de mai, permettant au groupe français de se désengager de la deuxième banque du pays souligne Africa Intelligence. Bien qu’annoncée en janvier 2025, l’opération aura pris bien plus de temps que prévu. En privé, la direction du groupe bancaire français à Paris ne cache plus son irritation quant à la lenteur du processus. L’État camerounais n’a pas vocation à rester actionnaire majoritaire sur le long terme et privilégie une cession du groupe bancaire une fois son rachat acté.
Yaoundé reste sous la pression du Fonds monétaire international (FMI) pour céder une de ses banques publiques, la Commercial Bank of Cameroon (CBC), que l’État détient à 98 %. D’autant que l’opération intervient dans un contexte de tension accrue sur les finances du pays. Yaoundé doit notamment faire face à d’importants engagements financiers liés au barrage de Nachtigal, auprès de la joint-venture Nachtigal Hydro Power Co. Parallèlement, il est engagé dans le rachat des parts du fonds britannique Actis dans Eneo.
Au cœur d’intenses négociations et de multiples luttes d’influence depuis plus d’un an, le nom du futur repreneur n’a pas encore été officiellement arrêté. Le groupe ivoirien NSIA Banque, qui cherche à s’implanter en Afrique centrale depuis de nombreuses années, croit encore en ses chances et espère convaincre l’État camerounais de la solidité de sa candidature. Le groupe a déposé une demande d’agrément auprès de la Cobac afin d’exercer dans la zone. Pour affiner son offre, NSIA Banque bénéficie du soutien financier de la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS) de Côte d’Ivoire. Cette institution étroitement liée à l’État détient déjà des participations significatives dans plusieurs structures financières du pays rappelle le média.
Pessimisme de BGFI
La candidature de NSIA Banque est portée par son directeur général, Léonce Yacé. Dans ce cadre, ce dernier s’est discrètement rendu à Yaoundé à la fin du mois de mars afin de rencontrer plusieurs acteurs du dossier. Il a également profité du week-end pour se rendre dans le sud du pays, à Mvomeka’a, village natal du président Paul Biya. Dans l’hypothèse d’un scénario favorable au groupe bancaire ivoirien, le schéma de cession étudié laisse entendre que la gestion de Société générale Cameroun pourrait être assurée pendant plusieurs mois par l’État camerounais avant sa revente.
Longtemps positionné pour acquérir l’actif, le directeur général de BGFIBank Holding Corp (BHC), Henri-Claude Oyima, se montre ces dernières semaines plus pessimiste, en dépit de ses entrées au sein de la présidence camerounaise.
Le groupe dispose déjà d’une implantation locale via BGFI Cameroun, et entend en faire un moteur de croissance pour les prochaines années. Une prise de contrôle de la Société générale Cameroun par BHC soulèverait des interrogations concernant les règles de la concurrence.
BGFI Cameroun pourrait, néanmoins, bénéficier d’un partenariat technique avec la future entité, forte de son expérience similaire au Congo. En 2024, l’État congolais avait en effet préempté la Société générale Congo avant de la revendre à BHC, permettant au groupe de se familiariser avec l’architecture opérationnelle de la banque. En revanche, le modèle de cession avait été différent : BHC avait directement participé à l’acquisition, notamment sur le plan financier, en avançant les fonds à Brazzaville.
Pool d’actionnaires locaux
Jusqu’ici conseillé par le cabinet d’audit Grant Thornton dans ses négociations avec la Société générale, notamment pour valoriser la filiale, le ministre des finances, Louis-Paul Motaze, s’est en parallèle, ces derniers mois, appuyé sur un acteur pourtant peu habitué des dossiers financiers de cette envergure. Il s’agit d’Antoine Ndzengue, dont le groupe Neptune Holding s’est jusqu’ici développé dans la logistique et l’aval pétrolier, en particulier entre le Cameroun et la Centrafrique. Tout juste s’est-il diversifié ces dernières années dans la microfinance en fondant, en 2023, ABC Finances, et en essayant d’acquérir une autre entité, First Trust Savings and Loans. L’ambitieux homme d’affaires, originaire de la région Centre et proche de la directrice générale adjointe de la Société générale Cameroun Sonia Ngatchou, a contribué à structurer l’emprunt auprès de BGFIBank.
Face aux options d’une cession à un grand groupe bancaire, Antoine Ndzengue, qui n’a pas donné suite aux sollicitations d’Africa Intelligence, plaide pour une revente par l’État de la Société générale Cameroun à un pool d’actionnaires locaux. Depuis plusieurs semaines il s’emploie à travailler sur un potentiel futur actionnariat de la structure en mobilisant des relais financiers locaux, en particulier de riches hommes d’affaires issus de la région du Centre. Ce scénario pourrait laisser une place à d’autres acteurs au sein du capital, comme BGFIBank.
Au-delà de la seule logique financière, ce projet s’inscrit dans la volonté, au sein d’une partie de l’entourage présidentiel, de constituer un puissant groupe bancaire dont l’actionnariat serait dominé par les élites économiques locales « Ekang », appellation générique du groupe Fang-Beti, originaire du Centre, et ce, face à une rivalité avec une poignée d’hommes d’affaires de l’Ouest.
L’approche alimente, en creux, les débats sur les équilibres communautaires, et n’est pas sans rappeler les tentatives menées autour de La Régionale Bank.
Créée en 2022, celle-ci revêtait une ambition similaire, mais son développement reste, à ce stade, jugé en demi-teinte. Ce groupe d’hommes d’affaires avait déjà, en 2024, pressé discrètement l’État pour qu’il fasse jouer son droit de préemption, alors que le siège parisien de la Société générale était entré en négociations exclusives avec Coris Bank International, dirigé par l’homme d’affaires burkinabè Idrissa Nassa. À l’époque, ce groupe ne souhaitait pas qu’un actif financier aussi important tombe dans l’escarcelle d’un investisseur ouest-africain. Dans la foulée, dès 2024, il s’était déjà manifesté pour constituer un pool d’actionnaires emmené par des figures locales. Un scénario qui avait alors rapidement été écarté par l’État camerounais, mais qui fait désormais l’objet d’une nouvelle réévaluation par les autorités.
Avec Africa Intelligence




