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L’ONIES attribue un marché 3,4 milliards de FCFA de gré à gré pour sortir le chantier du complexe Olembè de l’ornière

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Un nouveau chapitre financier pour un feuilleton qui n’a que trop duré. L’information a été officialisée : l’ONIES confie les clés du suivi technique et financier d’Olembé à AMA Consultant. Pour une enveloppe globale de 3,455 milliards de FCFA soit environ 172 millions de FCFA par mois, cette entreprise n’aura pas pour mission de couler le béton, mais d’agir comme le « cerveau » et le contrôleur de l’État face aux entreprises de construction. La procédure de gré à gré choisie démontre l’urgence des autorités à reprendre la main sur ce dossier.

Ce énième décaissement s’inscrit dans un lourd passif historique. Si le stade principal de 60 000 places a accueilli la CAN 2021, le reste du méga-complexe olympique promise aux Camerounais est resté au point mort. Après le départ tumultueux de l’italien Piccini et le bras de fer hyper-médiatisé avec le canadien Magil, les chantiers de l’hôtel 5 étoiles, du centre commercial, de la piscine olympique et des plateaux sportifs annexes ressemblent encore à de vastes friches.

Avec un chrono fixé à 20 mois, le duo ONIES-AMA Consultant fait face à un double défi : restaurer la confiance de l’opinion publique, lasse des rallonges budgétaires, et encadrer strictement les futurs prestataires pour éviter les dérives financières du passé. Pour le contribuable camerounais, la question reste entière : s’agit-il du coût légitime pour sauver le projet, ou de 3,4 milliards de plus injectés dans un puits sans fond ? L’échéance de 2028 nous le dira.

Un complexe multifonctionnel, réduit à un stade

Le projet d’origine ne se limitait pas à un stade de football. Le cahier des charges initial prévoyait un vaste complexe comprenant un stade couvert de 60 000 places, deux stades d’entraînement, une piscine olympique, un gymnase, des terrains de tennis, de basketball et de volleyball, ainsi qu’un hôtel, un centre commercial et des salles de cinéma.

Ce projet avait été évalué à 163 milliards de FCFA lors de la signature du contrat avec le groupe italien Piccini en 2015. Le stade principal a fini par accueillir des matchs de la CAN 2021, mais l’ensemble du complexe reste inachevé. La reprise des travaux confiée à Magil s’est elle-même heurtée à de sérieuses difficultés, jusqu’à la rupture du contrat annoncée par l’entreprise en 2022-2023.

Où en est réellement le chantier ?

Difficile à dire avec précision. L’ONIES continue de parler de « poursuite des travaux » et d’« achèvement de la construction », mais aucun taux d’avancement global, récent et officiel, n’a pu être identifié dans les sources publiques disponibles. Toute estimation chiffrée serait donc hasardeuse.

Ce que révèlent en revanche les marchés publiés, c’est que l’infrastructure continue de nécessiter des interventions substantielles, alors même que le stade principal fonctionne déjà.

L’entretien, angle mort des grands projets

L’affaire d’Olembé soulève une question plus large : celle de l’entretien des infrastructures une fois construites. L’ONIES a dû prévoir de nouvelles interventions sur la plomberie et les équipements du site. À Japoma, des travaux de remise à niveau ont été programmés pour 75 millions de FCFA en 2026, et une réhabilitation des systèmes de climatisation, de plomberie et d’électricité de certains stades a été estimée à 50 millions supplémentaires.

Le problème ne se limite donc pas à la construction d’infrastructures coûteuses. Sans entretien anticipé, l’État se retrouve à dépenser à nouveau, parfois des milliards, pour remettre en état des équipements qui ont déjà coûté cher.

Une question qui dépasse Olembé

Ces 3,45 milliards ne suffisent évidemment pas à expliquer, à eux seuls, le coût total du projet. Mais ils raniment une interrogation légitime sur les priorités de la dépense publique : combien coûtera au final Olembé, une fois additionnés travaux, études, contrôles, équipements, réhabilitations et entretien ? Et une partie de ces ressources n’aurait-elle pas pu financer d’autres urgences — écoles, hôpitaux, centres de formation professionnelle, infrastructures industrielles créatrices d’emplois ?

Le sport reste un investissement légitime. Mais un investissement public ne se juge pas à la seule taille de l’ouvrage : il se mesure aussi à son utilité, sa durabilité, son coût d’entretien et sa capacité à profiter durablement à la population. À Olembé, le stade est là. Le complexe promis, lui, se fait toujours attendre — et la facture continue de s’allonger.

Rédaction
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