(BFI) – Le Cameroun cherche à emprunter 125 milliards de FCFA sur le marché des titres publics de la BEAC à travers des Bons du Trésor Assimilables (BTA) de 13 et 26 semaines. Cette opération d’envergure sert de test majeur pour mesurer la confiance et la liquidité des banques régionales (les Spécialistes en Valeurs du Trésor) vis-à-vis de la signature camerounaise, dans un contexte de durcissement des conditions financières.
Dans cette operation, le Trésor public camerounais cible volontairement des horizons de 3 et 6 mois. Ce choix stratégique répond aux exigences actuelles des investisseurs de la zone CEMAC, qui boudent de plus en plus les titres à long terme au profit d’échéances rapides garantissant une meilleure visibilité sur leurs liquidités. L’opération se déroule dans un environnement de hausse continue des rendements. À titre indicatif, les taux moyens pondérés récents s’élèvent à environ 6,71 % pour les BTA à 13 semaines et 6,93 % pour les 26 semaines, illustrant une pression haussière par rapport aux exercices précédents.
De son côté, la Banque centrale maintient des conditions restrictives pour juguler l’inflation, réduisant mécaniquement les liquidités disponibles que les banques commerciales allouent au financement des États.
Pour Yaoundé, le principal enjeu réside dans la mesure du taux de couverture de l’émission. Les dernières séances ont mis en évidence un fléchissement de la demande globale, certaines lignes récentes de BTA n’ayant capté qu’un taux de couverture global de 60,5 %. Lever 125 milliards d’un coup fait donc office de crash-test pour la signature financière du pays.
La dette intérieure du Cameroun culmine à 5 573 milliards de FCFA (soit environ 17 % du PIB). Les titres publics en constituent désormais le moteur principal, représentant 54,7 % de cette enveloppe. Le succès de cette adjudication est donc vital pour éviter des tensions de trésorerie à court terme.
Parallèlement à cette recherche de financements, l’État mène actuellement un recensement des fonds publics logés dans les banques commerciales afin de rapatrier progressivement les dépôts de l’administration vers la Banque centrale. Réussir à emprunter massivement auprès de ces mêmes banques – alors que le Trésor cherche à assécher leurs dépôts publics – représente un véritable numéro d’équilibriste financier.
Prévision de remboursement de la dette en cours
Pour l’ensemble de l’exercice budgétaire, la loi de finances prévoit une enveloppe globale de 2 423,1 milliards de FCFA dédiée au service de la dette de l’Administration Centrale. Ce montant se décompose en 1 890,6 milliards de FCFA pour le remboursement du principal et 532,5 milliards de FCFA pour le paiement des intérêts.
Les projections et la tendance pour le trimestre en cours s’articulent autour de plusieurs indicateurs clés. Sur la base de la répartition linéaire des objectifs budgétaires annuels et du rythme observé au premier semestre (où l’État a remboursé 1 059,3 milliards de FCFA), le Trésor public camerounais doit mobiliser en moyenne 605 milliards de FCFA par trimestre pour honorer ses créanciers.
Enjeux et dynamique des paiements actuels
La Caisse Autonome d’Amortissement (CAA) relève un phénomène structurel marquant : le coût de la dette contractée localement est plus élevé que celui de la dette extérieure (taux moyen de 3,5 % contre 2,4 %). Les obligations et titres publics locaux concentrent plus des trois quarts du service de la dette intérieure. Suivant la tendance du portefeuille géré par la CAA, environ 85,8 % des fonds mobilisés ce trimestre iront directement à l’amortissement du principal, limitant l’effet « boule de neige » des intérêts, bien que les charges financières (intérêts) restent lourdes.
Omer Kamga




