Les défis de l’insécurité alimentaire dans le Grand Nord Cameroun

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Agriculture

(BFI) – Les trois régions du septentrion sont soumises à une fragilité environnementale grandissante avec pour risque majeur, la misère accrue de 7,5 millions d’habitants.

Depuis une vingtaine d’année, des calamités climatiques diverses et variées s’abattent à une vitesse perfide sur le bassin du Lac Tchad. En même temps, une permanente insécurité des territoires est entretenue par des groupes terroristes depuis une décennie avec la menace de fonder un califat dans la zone des trois frontières, Cameroun-Nigéria-Tchad.  Le septentrion camerounais demeure vulnérable malgré les efforts soutenus du Gouvernement en place. 

L’Extrême-Nord du Cameroun, fort de sa croissance démographique, abrite une population jeune bousculée par plus de 300 mille déplacés internes. Il accueille également des milliers de réfugiés nigérians dans le camp de Minawao.

Impact du climat

Les changements climatiques ont tellement accentué l’insécurité alimentaire au point qu’ils ont affecté 730 mille personnes parmi lesquelles les femmes et les jeunes, des tranches de la population peu autonomes et les migrations humaines elles, ont provoqué un accès limité aux services sociaux de qualité dans ces milieux encore en cours d’urbanisation moderne.  

Toutefois, l’activité agropastorale de cette partie du triangle national est l’une des plus considérables et les plus susceptibles d’approvisionner le grand sud sans ces obstacles en céréales, en tubercules et en viandes de grande consommation. Une production de masse essentiellement écoulée au Nigéria voisin actuellement. 

Or, bien que classé cinquième en Afrique subsaharienne dans la production du coton en employant 90% des adultes, le septentrion, malgré ses 1600 micro-producteurs de coton autour de la SODECOTON, est déchiré par la concurrence et des conflits fonciers entre éleveurs et agriculteurs à cause, de la divagation des animaux. L’interdiction aux autochtones d’exploiter les aires protégées plutôt fertiles en est une autre cause, par ailleurs. Cette situation laisse entrevoir des indicateurs et des facteurs d’instabilité socio-économiques à contenir et à résorber avant qu’ils ne soient fatals à la survie et à l’intégrité territoriale du Cameroun.

Atouts géologiques

Toutes les potentialités géologiques multiformes et les autres atouts économiques du septentrion en font un précieux trésor et l’objet de convoitises certaines dans le bassin du lac Tchad. Une veille plus accrue de cette partie du Sahel s’impose à travers la garantie d’une sécurité sociale et d’une sécurité environnementale. 

Ce dernier aspect pourra judicieusement limiter l’insécurité alimentaire due à la dégradation des sols arables et à la raréfaction des ressources primaires et principales de subsistance. Les légumineuses, du poisson pêché à l’échelle locale, de céréales et de l’eau potable par exemple. Cette veille tient aussi à une volonté déterminée des pouvoirs publics à prendre des décisions avant-gardistes fondées sur les prévisions scientifiques et sur la statistique.

Tous ces éléments de contexte justifient l’arrimage de Yaoundé capitale politique du Cameroun au paradigme du ‘’ pacte vert ‘’ que propose l’Union européenne à ses 27 Etats membres et aux pays partenaires de l’UE pour une neutralité climatique à l’échéance 2050. Cet effort de l’Etat camerounais est en conformité avec l’engagement du chef de l’Etat à la Cop 21 Paris le 30 novembre 2015 camerounais parmi d’autres tentatives et politiques préalables à ce dessein de sauvegarde.  

L’adaptation aux fluctuations imprévisibles du climat, la gestion consensuelle des territoires et des systèmes agro-alimentaires constitue quelques options susceptibles d’assurer au septentrion une résilience efficiente face aux défis climatiques et contre leur impact sur le bien être durable des populations. Cette stratégie émane des termes du pacte vert et se décline en quatre axes prioritaires et compatibles au contexte du nord du Cameroun.  

Agriculture intelligente

En premier lieu, la pratique d’une agriculture intelligente liée à la réhabilitation de sols et territoires dégradés en vue de promouvoir des territoires résilients aux changements climatiques. Ensuite la nécessité de développer le réflexe de négociations apaisées et de planification territoriale en plus d’une gouvernance foncière assainie selon le Schémas Régional d’Aménagement et de Développement Durable des Territoires (SRADDT) et de l’Initiative Nature Africa qui consiste en un développement durable et intégré du continent. S’y ajoutent aussi un soin et un suivi constants de la réhabilitation et de la protection de la biodiversité et des écosystèmes locaux en vue d’un équilibre entre l’agroalimentaire et la pérennité des ressources disponibles. 

En troisième lieu, un appui à la production animale et agricole aux moyens de conseils, d’investissement et d’accès aux opportunités économiques dans une approche respectueuse de l’écologie. Cette assistance vise à rendre les acteurs plus alertes et capables de prévoir et de gérer les risques dans leur secteur d’activités. 

Le dernier axe concerne les tranches vulnérables, en l’occurrence, les femmes et les jeunes pour une autonomisation concrète grâce à l’amélioration des opportunités économiques, la création d’emplois soutenables, l’assainissement du climat des affaires et la valorisation des chaînes de valeurs à fort potentiel tel le cuir, le lait ou l’extraction d’huiles végétales et des essences.

Ces quatre axes prioritaires de l’UE contextualisés à la riposte contre les troubles climatiques et leurs conséquences dans le septentrion ne seront efficaces que si le terrain politique et les organisations de la société civile concernées sont réceptifs et adhèrent à cette vision.

La mise en œuvre du pacte vert au Cameroun est tributaire de l’étroit accompagnement à ménager entre l’Union européenne, bailleur majeur de l’initiative, ses institutions de coopération spécialisées, GIZ, AFD et les institutions camerounaises à impliquer. 

Une synergie des efforts des collectivités territoriales décentralisées (CTD), des organismes et centres de recherche tels l’IRAD, Institut de Recherche Agricole pour le Développement, le CIFOR, le Centre International de Recherche forestière associés au FEICOM, au PNDP ou à des universités faciliter à l’effectivité de cette solution. 

Il faudra pour plus de succès, que les compétences acquises ou l’expertise des représentants et travailleurs des CTD sortis d’écoles telles que la NASLA, National School of Administration, leur permettent une bien meilleure compréhension de la réalité, une meilleure écoute des populations pour des choix de gestion et de planification de budgets optimum et rationnels.

Le pacte vert ou ‘‘green deal ’’ est au bout du compte, une option sur laquelle le Cameroun va miser pour tenter d’éviter et de réduire l’impact désastreux des changements climatiques sur le bien-être de ses populations, surtout celles des zones vulnérables du septentrion. C’est aussi en vue d’espérer une garantie de la disponibilité pérenne des ressources environnementales aux générations futures. Par conséquent, la programmation 2021–2027 qui réoriente les termes de coopération entre l’Union européenne et la République du Cameroun, intègre cette vision et les deux parties seront à la manœuvre pour des actes concrets escomptés.

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