(BFI) – Le plan de relance du projet de cobalt, nickel et manganèse de Nkamouna au Cameroun, porté par la société américaine American Renaissance Minerals (ARM), remplace l’ancien projet pharaonique de Geovic par un démarrage modulaire estimé à 85 millions de dollars (environ 48,5 milliards de FCFA)
American Renaissance Minerals (ARM), candidat à la relance du projet de cobalt, nickel et manganèse de Nkamouna au Cameroun, propose de démarrer la production avec un investissement initial modulaire d’environ 85 millions de dollars (soit 48,5 milliards de Fcfa), une fraction du capital de départ requis par le plan de développement précédent. Ce chiffre figure dans une publication du 24 septembre 2026 de l’ambassade des États-Unis à Yaoundé. ARM vise une première production dans les 18 mois suivant l’entrée en vigueur d’un éventuel permis d’exploitation minière. L’approche proposée marque une rupture majeure par rapport au projet conçu sous l’égide de Geovic.
Une étude de faisabilité de 2011 estimait qu’une exploitation industrielle intégrée nécessiterait 617,2 millions de dollars — soit environ 356,2 milliards de Fcfa au taux de change actuel — en capital initial pour la construction et le démarrage. Toutefois, les deux chiffres ne sont pas directement comparables en termes de périmètre. Les 48,5 milliards de Fcfa d’ARM financeraient uniquement la première étape du développement proposé, et non l’intégralité du futur projet de Nkamouna. La différence principale réside dans la manière dont ARM envisage de construire et de financer la mine.
Au lieu de construire d’emblée l’ensemble des installations de traitement, ARM prévoit de commencer par une unité de séparation en milieu dense (DMS) d’une capacité annoncée de 150 tonnes par heure. Cette installation produirait un concentré contenant du cobalt, du nickel et du manganèse destiné à l’exportation. Des modules supplémentaires seraient ensuite ajoutés progressivement. Cette structure réduirait considérablement le montant de capital qu’ARM doit lever avant que Nkamouna ne puisse entrer en production.
Sur son site Internet, ARM oppose explicitement son modèle modulaire au plan de 2011, dont elle arrondit le coût à environ 620 millions de dollars (soit 357,8 milliards de Fcfa au taux de change actuel). ARM affirme que les extensions ultérieures pourraient être financées progressivement une fois la production lancée. Reste à démontrer si l’exploitation pourra générer suffisamment de revenus pour soutenir cette expansion, le site de Nkamouna n’étant pas encore entré en phase de production.
Le projet de Geovic nécessitait plus de 400 milliards de Fcfa
Le plan de développement élaboré par Geovic reposait sur une chaîne de traitement beaucoup plus vaste. L’étude de faisabilité de 2011 prévoyait une exploitation à ciel ouvert associée à des installations de concentration et à un traitement hydrométallurgique, incluant des unités de lixiviation, de purification et de récupération des métaux. Cette configuration visait à produire localement du cobalt, du nickel et du manganèse. Selon les chiffres publiés à l’époque, la production annuelle moyenne, une fois la pleine capacité atteinte, devait s’élever à environ 6 115 tonnes de cobalt, 3 297 tonnes de nickel et 62 800 tonnes de carbonate de manganèse. Les besoins de financement du projet dépassaient également le montant des investissements initiaux, estimés à 617,2 millions de dollars.
Dans un document déposé auprès de la Securities and Exchange Commission (SEC) aux États-Unis, Geovic indiquait que le conseiller financier de sa filiale camerounaise estimait à environ 698 millions de dollars — soit 402,8 milliards de Fcfa au taux de change en vigueur — le montant nécessaire pour couvrir les coûts d’investissement, le financement, le fonds de roulement, les provisions et les frais de démarrage. Une enveloppe supplémentaire d’environ 100 millions de dollars (57,7 milliards de Fcfa) était également envisagée pour répondre aux exigences des prêteurs concernant les éventuels dépassements de coûts.
En fin de compte, Geovic n’est pas parvenue à réunir les fonds nécessaires pour lancer cette configuration industrielle. Ses rapports financiers faisaient état de ressources insuffisantes pour construire la mine et la mettre en exploitation, tout en mentionnant les efforts déployés pour trouver des partenaires ou des investisseurs.
L’obtention d’un nouveau permis minier demeure un préalable indispensable
Le projet de développement proposé par ARM reste conditionnel. L’entreprise ne détient pas encore de nouveau permis minier pour le site de Nkamouna. L’ancien permis de Geovic Cameroon avait été retiré et la zone du projet confiée par la suite à la Sonamines, la société minière publique camerounaise, chargée de trouver un nouveau partenaire. Après deux processus de sélection infructueux, la Sonamines a ouvert la voie, en août 2026, à des négociations directes avec des investisseurs capables de démontrer les capacités techniques et financières requises. ARM a néanmoins accès à une partie de la documentation technique accumulée lors des travaux antérieurs sur le projet.
Selon Aeternum Resources, qui prévoit d’acquérir 50,1 % d’ARM, la société a obtenu le droit d’utiliser, à partir de janvier 2026, plusieurs ensembles de données historiques relatives au projet Nkamouna, notamment des études de faisabilité, des travaux métallurgiques ainsi que des études environnementales et sociales. Aeternum s’est engagée à investir 10 millions de dollars (soit environ 5,8 milliards de Fcfa) dans ARM. Sur ce montant, 9 millions de dollars (environ 5,2 milliards de Fcfa) devraient servir à financer, entre autres, des travaux techniques, des essais, des activités d’ingénierie et la conception des installations. La transaction reste soumise à plusieurs conditions, dont l’octroi d’un nouveau permis minier.
Bouba Yankréo




