(BFI) – En septembre 2026, le coût d’importation du gasoil au Cameroun a bondit de 31,5 % en seulement deux mois, atteignant 860,10 FCFA le litre contre 653,85 FCFA en juillet. Malgré cette flambée en amont, le prix à la pompe pour le consommateur reste gelé à 828 FCFA à Douala. C’est l’État qui amortit temporairement ce choc financier
Le coût d’importation du gasoil au Cameroun s’établit à 860,10 FCFA par litre en septembre 2026, contre 653,85 FCFA seulement deux mois plus tôt. La progression atteint 206,25 FCFA, soit 31,5 %, selon la dernière structure officielle des prix publiée par la Caisse de stabilisation des prix des hydrocarbures (CSPH). Cette envolée intervient alors que le tarif payé par le consommateur demeure fixé à 828 FCFA le litre au dépôt de Douala-Bonabéri, inchangé depuis plusieurs mois.
La stabilité apparente à la pompe masque un ajustement budgétaire d’ampleur. La ligne intitulée « soutien/remboursement État » dans la structure officielle passe de 109,22 FCFA par litre en juillet à 315,47 FCFA en septembre. En huit semaines, la compensation unitaire a donc presque triplé, absorbant à l’euro près la totalité du renchérissement à l’importation. Les prix administrés des autres carburants, 840 FCFA pour le super et 350 FCFA pour le pétrole lampant, restent également gelés.
Une flambée nourrie par la cotation internationale et la prime importateur
L’essentiel du choc se joue en amont de la chaîne. La cotation moyenne retenue dans la formule de calcul progresse de 487,08 à 606 FCFA par litre entre juillet et septembre, soit 24,4 % de hausse. Dans le même temps, la prime importateur bondit de 58,14 à 128,44 FCFA, gagnant 70,30 FCFA. Ces deux paramètres expliquent à eux seuls 91,7 % de l’augmentation constatée. Résultat : le prix du produit importé, avant droits et taxes, grimpe de 545,22 à 734,44 FCFA le litre.
Ce mouvement s’inscrit dans un contexte international particulièrement tendu sur le distillat moyen. S&P Global évaluait au 21 août les stocks mondiaux de diesel à 542 millions de barils, en repli de 28,5 millions sur un an. Les exportations russes se sont contractées de 743 000 tonnes en juillet à 504 600 tonnes en août, Moscou ayant prolongé jusqu’au 30 septembre son interdiction d’exporter du gazole. Les marchés africains importateurs, dont le Cameroun, subissent de plein fouet cette réduction de l’offre disponible.
Une fois intégrés les droits de douane, la TVA, les autres prélèvements douaniers et le service d’importation, le coût du gasoil culmine à 860,10 FCFA le litre. Il excède déjà de 32,10 FCFA le prix final à la pompe, et cela sans même prendre en compte les charges de stockage à la Société camerounaise des dépôts pétroliers (SCDP), le transport intérieur ou la marge de distribution.
Un mécanisme de stabilisation sous forte pression
La structure publiée ramène le prix d’entrée toutes taxes comprises du gasoil chez la SCDP à 565,37 FCFA le litre grâce à la ligne de soutien inscrite à -315,47 FCFA. Le procédé correspond au fonctionnement classique de la CSPH : fixer un prix de cession à l’importateur puis compenser l’écart positif avec son prix de revient réel, autrement dit le manque à gagner. Le principe demeure, mais son coût unitaire dérape à mesure que les cours internationaux s’envolent.
Il convient toutefois de nuancer la lecture budgétaire de ces chiffres. Les 315,47 FCFA inscrits par litre ne se traduisent pas mécaniquement en décaissement effectif du Trésor sur le mois considéré. Ils traduisent l’ajustement nécessaire à l’équilibre théorique de la formule au prix administré. La charge réelle supportée par les finances publiques dépend des volumes effectivement mis à la consommation et du rythme de liquidation des compensations dues aux opérateurs pétroliers.
Le pétrole lampant concentre l’écart unitaire le plus spectaculaire. Son coût de revient importé atteint 737,14 FCFA en septembre pour un prix de détail plafonné à 350 FCFA, ce qui porte la compensation à 527,47 FCFA le litre. Le niveau reste néanmoins inférieur aux pics de 662,50 FCFA relevés en mai et 548,03 FCFA en juin. Pour le super, la hausse demeure plus contenue : le coût d’importation progresse de 6,8 %, passant de 549,63 à 586,83 FCFA le litre, et la ligne de soutien évolue de 52,79 à 89,99 FCFA.
Des prélèvements sectoriels stables mais lourds
Les autres composantes de la structure varient peu. Le super et le gasoil supportent chacun 54,50 FCFA par litre au titre de la péréquation transport, tandis que la taxe spéciale sur les produits pétroliers reste calibrée à 110 FCFA pour le super et 65 FCFA pour le gasoil. Les trois carburants intègrent également 47,88 FCFA par litre destinés au soutien à la raffinerie, et 22,50 FCFA au bénéfice de la modernisation des infrastructures pour les deux principaux produits. Cette architecture fiscale, cumulée à l’envolée internationale, comprime encore la marge de manœuvre du régulateur camerounais.
Bouba Yankréo




