(BFI) – D’après les données de l’Institut national de la statistique, la croissance de l’agriculture au Cameroun a chuté à 1,1 % en 2025, contre 5,2 % en 2024. Pour causes, le segment industriel et d’exportation s’est contracté de 3,1 % en volume, plombé par des intempéries (inondations dans le Nord) et des baisses de production sur certaines filières comme le coton ou le caoutchouc. L’agriculture vivrière a progressé de 3,7 % (contre 3,2 % l’année précédente), limitant un effondrement total du secteur. L’élevage (+3,8 %) et la pêche (+4,8 %) ont affiché de bonnes performances malgré tout.
Le retournement de conjoncture est particulièrement brutal pour les filières tournées vers l’international. Entre 2024 et 2025, leur taux de croissance s’est dégradé de 12,6 points, un basculement rare dans la trajectoire récente du secteur primaire camerounais. L’INS n’a toutefois pas ventilé, dans cette publication, la contribution respective du cacao, du café, du coton, de la banane ou du caoutchouc à cette contraction. Le brouillard statistique laisse ainsi ouverte la question des filières responsables du plongeon.
Ce coup d’arrêt pèse mécaniquement sur l’ensemble du secteur primaire, qui n’a progressé que de 1,8% en 2025 contre 3,6% un an plus tôt. Sa contribution au produit intérieur brut a été divisée par deux, tombant de 0,6 à 0,3 point. Deux compartiments résistent néanmoins : l’élevage affiche une croissance de 3,8% et la pêche associée à la pisciculture progresse de 4,8%. Insuffisant pour compenser le décrochage des grandes cultures d’exportation.
Un poids économique de près de 4 000 milliards de Fcfa
Malgré ce ralentissement en volume, l’agriculture demeure un pilier de l’économie camerounaise. À prix courants, sa valeur ajoutée atteint 3 970,2 milliards de FCFA en 2025, contre 3 564,7 milliards l’année précédente. Elle pèse ainsi environ 11,5% d’un PIB nominal évalué à 34 474 milliards de FCFA. À titre de comparaison, ce montant représente près du double des 2 085,8 milliards générés par les autres industries manufacturières, hors agroalimentaire, dans la nomenclature de l’INS.
Paradoxalement, ce recul en volume s’accompagne d’une progression des recettes d’exportation. Les ventes de produits agricoles à l’étranger ont atteint 1 198,3 milliards de FCFA en 2025, en hausse de 8,8% par rapport aux 1 101,2 milliards de 2024. Elles dépassent désormais les exportations énergétiques, revenues à 1 137,2 milliards. Concrètement, le Cameroun a vendu moins de volumes agricoles, mais à des prix nettement plus rémunérateurs sur les marchés mondiaux.
La dynamique des cours internationaux confirme cet effet prix. Selon les données de la Banque mondiale reprises par l’INS, le cacao a encore renchéri de 6,4% en 2025, après un bond de 123,4% l’année précédente. Le robusta a gagné 10,1%, l’arabica 50,6% et la banane 4%. Le caoutchouc a péniblement progressé de 0,9%, tandis que le coton a reculé de 10,7%. Cette hétérogénéité rend délicate toute lecture unifiée du choc subi par la production camerounaise.
L’agroalimentaire résiste, sans indice clair de pénurie
L’aval industriel ne semble pas, à ce stade, affecté par la contraction des matières premières agricoles. Les industries agroalimentaires ont enregistré une croissance de 3,6% en 2025, après 4,2% en 2024. Les autres industries manufacturières font même mieux, à 4,4%. Ce découplage apparent entre production primaire et transformation interroge la nature exacte du choc subi par les grandes cultures d’exportation.
Pour autant, les Comptes nationaux ne livrent pas les données nécessaires pour établir un lien direct entre le repli agricole et l’approvisionnement des transformateurs. L’INS s’en tient à un constat mesuré : après avoir porté la croissance agricole en 2024, l’agriculture industrielle et d’exportation s’est contractée en 2025, tandis que le vivrier a poursuivi sa progression. Cette inversion résume à elle seule l’essentiel du passage de 5,2% à 1,1% en douze mois. Pour les autorités camerounaises, l’enjeu sera d’identifier rapidement les filières fragilisées avant que la campagne suivante ne prolonge la tendance.
Christian Trésor Adong




