(BFI) – Après l’approbation du texte par le Sénat début août, le Congrès américain a adopté le projet de loi amendé le 1er septembre par 370 voix contre 48. Ce texte prolonge l’African Growth and Opportunity Act (AGOA) jusqu’au 31 décembre 2028. La signature du président Donald Trump constitue désormais la dernière étape avant son entrée en vigueur.
La nouvelle loi repousse la date d’expiration du programme du 31 décembre 2026 à fin 2028. Elle prolonge également certaines dispositions relatives aux textiles et à l’habillement, notamment le programme couvrant les tissus provenant de pays tiers. Ce mécanisme demeure essentiel pour les usines africaines qui importent des matières premières asiatiques, les transforment localement et exportent les produits finis vers les États-Unis.
Une prolongation après une année d’incertitude
Cette décision intervient après une période particulièrement difficile pour les entreprises qui dépendent de l’AGOA. Le Congrès a créé ce programme en 2000 afin d’offrir aux produits éligibles d’une trentaine de pays d’Afrique subsaharienne un accès en franchise de droits au marché américain. Cependant, le programme a expiré le 30 septembre 2025, les législateurs n’étant pas parvenus à un accord avant cette échéance.
Pendant plusieurs mois, les exportateurs africains ont été confrontés au rétablissement des droits de douane américains, alors même que de nombreux contrats, chaînes d’approvisionnement et investissements dépendaient de cet accès préférentiel au marché américain. Cette perturbation a particulièrement affecté les industries textiles de pays comme le Lesotho, Madagascar, le Kenya, l’Éthiopie et Maurice. Au Lesotho, l’AGOA soutient une part importante de l’activité manufacturière et des milliers d’emplois liés à l’habillement.
Cette incertitude a également retardé les commandes et les décisions d’investissement. Les entreprises du secteur ont généralement besoin de plusieurs années de visibilité sur les coûts et l’accès au marché avant de s’engager dans de nouvelles capacités de production. En février 2026, le Congrès a rétabli le programme rétroactivement jusqu’au 31 décembre 2026, dans le cadre de la loi de finances fédérale. Cette mesure a permis aux importateurs concernés de demander le remboursement des droits de douane payés pendant la suspension. Toutefois, cette prolongation n’offrait que quelques mois de visibilité et laissait les entreprises dans l’attente d’une solution à plus long terme. Le dernier vote marque donc la deuxième prolongation de l’AGOA depuis son expiration en septembre 2025. Il offre aux entreprises africaines et américaines deux années supplémentaires de prévisibilité.
Le projet de loi rétablit également, rétroactivement, le traitement tarifaire préférentiel pour les importations éligibles effectuées pendant la période d’interruption, sous réserve des conditions administratives applicables.
Des questions demeurent
Cette prolongation apporte un soulagement immédiat aux exportateurs africains, aux investisseurs et aux acheteurs américains. Cependant, elle reste inférieure aux prolongations plus longues que de nombreux gouvernements africains, organisations patronales et parlementaires américains réclamaient. En 2024, un projet de loi bipartisan du Sénat, porté par Chris Coons et James Risch, proposait de prolonger l’AGOA de 16 ans, jusqu’en 2041, afin d’offrir aux investisseurs une plus grande visibilité. Cette prolongation de deux ans apporte un soulagement immédiat, mais ne lève pas l’incertitude quant à l’avenir du programme au-delà de 2028. Les entreprises prennent généralement leurs décisions d’investissement dans les secteurs du textile, de l’assemblage industriel et de l’agroalimentaire sur un horizon de cinq à dix ans.
Ce nouveau délai pourrait donc contribuer à préserver les commandes en cours et à éviter une rupture brutale des échanges. Cependant, ce délai restreint risque de ne pas inciter les entreprises à financer de nouvelles usines, à accroître leurs capacités de production ou à réorganiser leurs chaînes d’approvisionnement en Afrique. Ce vote met en lumière la fragilité d’un régime commercial dont la pérennité dépend des cycles politiques américains, alors que les producteurs et investisseurs africains ont besoin d’une visibilité à plus long terme pour engager des capitaux.
Placide Onguéné




