(BFI) – Deux ans après le sommet de l’Union africaine de radiodiffusion (UAR) consacré à l’intelligence artificielle et aux médias à Yaoundé, le Cameroun et ses partenaires veulent passer du débat à la structuration d’un projet à l’échelle du continent. Reçu le 6 mai 2026 au ministère des Relations extérieures, le directeur général de l’UAR, Grégoire Ndjaka, est allé faire le point sur l’avancement des initiatives issues de la Déclaration de Yaoundé.
Au centre des échanges avec le secrétaire général par intérim du ministère, Gervais Bindzi Edzimbi, figurait un chantier présenté comme stratégique : la création d’un Observatoire africain de l’intelligence artificielle. Portée par l’UAR, cette future plateforme ambitionne d’accompagner les médias africains face aux bouleversements provoqués par l’essor rapide de l’IA.
L’initiative trouve son origine dans le sommet coorganisé à Yaoundé par l’UAR et l’Unesco du 4 au 6 mars 2024. La rencontre avait réuni des responsables de médias, des experts du numérique, des chercheurs et des décideurs publics autour d’une question devenue centrale : comment intégrer l’intelligence artificielle dans les médias africains sans fragiliser l’éthique journalistique ni accentuer la dépendance technologique du continent ?
Ces travaux avaient débouché sur l’adoption de la Déclaration de Yaoundé, présentée comme une feuille de route africaine pour un usage responsable de l’intelligence artificielle dans le secteur des médias.
Depuis, les enjeux se sont encore intensifiés. Les rédactions africaines font face à la montée des outils de génération automatisée de contenus, à la prolifération de fausses informations produites ou amplifiées par l’IA, ainsi qu’à la nécessité de former les journalistes à de nouveaux usages numériques.
C’est dans ce contexte que l’Observatoire africain de l’intelligence artificielle devrait voir le jour. L’ambition est de créer un espace de veille, de formation et de réflexion capable d’aider les médias africains à mieux comprendre, encadrer et utiliser ces technologies émergentes. La future structure pourrait aussi contribuer à formuler des recommandations sur les enjeux de régulation, de protection des contenus et de souveraineté numérique.
Pour le Cameroun, cette dynamique conforte un positionnement déjà amorcé dans les débats africains sur la gouvernance du numérique. En accueillant le sommet de 2024, Yaoundé avait cherché à s’imposer comme un point d’ancrage des réflexions continentales sur l’avenir des médias à l’ère de l’intelligence artificielle.
Au-delà des promesses technologiques, la question posée est aussi celle de la capacité des médias africains à préserver leur crédibilité, leur autonomie éditoriale et leur place dans un environnement informationnel de plus en plus structuré par les algorithmes et l’automatisation.
À travers la mise en œuvre progressive de la Déclaration de Yaoundé, l’UAR et ses partenaires entendent ainsi éviter que l’Afrique ne demeure seulement consommatrice de technologies conçues ailleurs. Leur objectif est aussi de permettre au continent de participer à la définition de ses propres règles, de ses priorités et de ses garde-fous en matière d’intelligence artificielle appliquée aux médias.




