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Le Cameroun relance son projet de mise en place du Guichet Unique Maritime

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Deux ans après l’entrée en vigueur de l’obligation internationale imposant aux États membres de l’Organisation maritime internationale de disposer d’un Guichet unique maritime, le Cameroun tente d’accélérer la mise en place de sa propre plateforme.

L’enjeu est à la fois réglementaire et économique. Depuis le 1er janvier 2024, les amendements à la Convention FAL sur la facilitation du trafic maritime international rendent obligatoire l’utilisation d’un guichet unique pour l’échange électronique des informations exigées lors des escales. Pour le Cameroun, qui ambitionne de renforcer la compétitivité de ses plateformes portuaires, notamment Douala et Kribi, le projet doit permettre de réduire les délais administratifs, de limiter les redondances documentaires et d’améliorer la traçabilité des opérations.

Selon une note conceptuelle du ministère des Transports consultée par la rédaction, le futur Guichet unique maritime sera une plateforme électronique destinée à recevoir, traiter et partager l’ensemble des documents exigés des consignataires, armateurs, autorités portuaires, Douanes et autres administrations intervenant dans la chaîne maritime. L’objectif est de remplacer les circuits fragmentés, encore marqués par des transmissions multiples de documents, par un point d’entrée unique pour les formalités liées aux escales.

Le Cameroun ne part toutefois pas d’une page blanche. Plusieurs outils numériques existent déjà dans la chaîne portuaire et douanière. Les Douanes exploitent CAMCIS, leur système d’information douanier. Le Guichet unique des opérations du commerce extérieur dispose de la plateforme e-GUCE, utilisée pour plusieurs procédures d’importation et d’exportation. Les ports de Douala et de Kribi ont également développé leurs propres systèmes d’information pour le suivi de certaines opérations. Mais ces plateformes restent insuffisamment interconnectées. C’est précisément cette fragmentation que le gouvernement veut corriger en fédérant les systèmes existants autour d’une architecture commune. Le défi sera donc moins de créer un outil numérique supplémentaire que de construire une plateforme capable de dialoguer avec les applications déjà utilisées par les ports, les Douanes, le GUCE, les administrations sectorielles et les opérateurs privés.

Le chantier est piloté par un comité interministériel placé sous la coordination du ministère des Transports. Il réunit plusieurs administrations et acteurs de la communauté portuaire, notamment les Douanes, le Guichet unique des opérations du commerce extérieur, les ports autonomes, l’Autorité portuaire nationale et les organisations professionnelles du secteur maritime.

Au-delà de la conformité aux standards internationaux, les autorités présentent le Guichet unique maritime comme un instrument de compétitivité. En théorie, une plateforme centralisée doit réduire les délais de traitement des escales, fluidifier les échanges d’informations entre administrations et opérateurs, et limiter les coûts indirects liés aux lenteurs administratives. Ces gains sont particulièrement attendus dans un contexte où les ports africains se livrent une concurrence accrue pour capter les flux de marchandises et desservir les marchés de l’hinterland.

Un chantier freiné par le droit et l’interopérabilité

Plusieurs obstacles restent cependant à lever. Le premier est juridique. Si le Cameroun dispose déjà de textes encadrant les échanges électroniques et certaines procédures dématérialisées, le pays ne s’est pas encore doté d’un cadre spécifique au Guichet unique maritime. De nouveaux textes seront donc nécessaires pour définir la valeur juridique des documents transmis, les responsabilités des différentes administrations, les règles de partage des données et les conditions de sécurité des échanges.

Le deuxième défi est technique. Les systèmes existants n’ont pas été conçus dès le départ comme les modules d’une même architecture. Leur interconnexion suppose donc un travail d’harmonisation des données, de standardisation des procédures et de sécurisation des flux d’information. Sans cette interopérabilité, le risque serait de créer une plateforme supplémentaire qui s’ajouterait aux outils actuels au lieu de simplifier réellement les démarches.

Le troisième défi est organisationnel. La réussite du Guichet unique maritime dépendra de la capacité des administrations à abandonner les circuits parallèles, à partager l’information en temps réel et à accepter une nouvelle répartition des rôles. Elle nécessitera aussi l’adhésion des opérateurs privés, qui devront adapter leurs pratiques à un système entièrement dématérialisé.

D’après la feuille de route évoquée par le comité interministériel, le déploiement du projet devrait s’étendre sur deux ans. Les étapes prévues portent notamment sur l’analyse juridique, le benchmark international, la modélisation des processus, le développement de la plateforme, une phase pilote, puis la généralisation à l’ensemble de la communauté portuaire.

Ce calendrier laisse entendre que le Cameroun ne disposera pas immédiatement d’un Guichet unique maritime pleinement opérationnel. Il place toutefois le pays dans une phase décisive : celle du passage d’une série d’outils numériques sectoriels à une plateforme intégrée, conforme aux exigences internationales et capable de produire un impact mesurable sur la fluidité des opérations portuaires.

Pour transformer cette réforme en véritable gain de compétitivité, le gouvernement devra désormais clarifier trois points essentiels : le financement du projet, le calendrier effectif de mise en service et les indicateurs permettant de mesurer la réduction attendue des délais et des coûts dans les ports camerounais.

Rédaction
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