(BFI) – Les autorités camerounaises ont mené 530 enquêtes sur des cas présumés de trafic d’êtres humains en 2025, contre 146 en 2024, selon le rapport 2026 du département d’État américain, publié le 8 octobre. Cette augmentation de 263 % contraste avec le faible nombre de poursuites engagées : trois suspects ont été inculpés pour trafic à des fins d’exploitation sexuelle, et les tribunaux n’ont prononcé aucune condamnation au cours de la période examinée.
Sur les 530 enquêtes, 226 concernent le trafic à des fins d’exploitation sexuelle. Le rapport ne précise pas la nature des 304 autres dossiers. Cette absence de ventilation rend impossible la détermination du nombre de cas liés à l’exploitation par le travail. Le rapport américain identifie plusieurs obstacles aux poursuites judiciaires pour ces infractions. Les enquêtes transnationales demeurent complexes, notamment parce que les enquêteurs peinent à recueillir des preuves numériques et font face à des contraintes logistiques dans les zones rurales. Ces obstacles conduisent parfois les procureurs à privilégier d’autres chefs d’accusation, assortis de peines plus légères. L’absence de tribunaux spécialisés et d’unités de police dédiées exclusivement à la lutte contre le trafic complique également le traitement des dossiers.
L’insécurité persistante dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest aggrave ces difficultés. Les États-Unis reconnaissent toutefois les efforts de formation déployés par le gouvernement camerounais, en collaboration avec des organisations internationales, des ONG et Interpol. Ces programmes ont permis de former des agents dans les dix régions du pays, notamment le personnel chargé des enquêtes, des poursuites et de l’identification des victimes.
Complicité présumée au sein de l’administration
Le département d’État note par ailleurs qu’aucune poursuite n’a été engagée contre des agents publics soupçonnés de complicité dans des affaires de trafic. Il estime que la corruption et la complicité au sein de l’administration continuent de nuire à l’application de la loi. Le rapport indique également qu’aucune mesure n’a été prise, selon les informations disponibles, à l’encontre de diplomates camerounais visés par des allégations de complicité. Les autorités avaient pourtant dispensé des formations au personnel diplomatique sur le trafic d’êtres humains et le droit du travail. Les pratiques documentées incluent l’exploitation d’enfants dans le travail domestique, les plantations agricoles, la restauration, la vente ambulante, l’extraction de sable et la mendicité forcée. Le rapport fait également état du recrutement forcé de mineurs pour des activités criminelles, notamment la production, le transport et la distribution de stupéfiants.
Le Comité des droits de l’homme des Nations unies s’est penché sur cette lutte lors de l’examen de la situation au Cameroun, qui a eu lieu à Genève les 22 et 23 octobre. L’experte Tijana Šurlan a interrogé la délégation camerounaise sur les mesures prises pour détecter et poursuivre les auteurs de traite aux fins de travail domestique, de servitude ou d’autres formes de travail forcé. La délégation a répondu que la législation camerounaise sanctionne ces infractions, en prévoyant des circonstances aggravantes lorsque des enfants sont impliqués. Elle a également mentionné la ligne d’appel 1503, gérée par le ministère des Affaires sociales, qui permet aux victimes et aux témoins de signaler des cas de traite en toute confidentialité et de solliciter de l’aide.
Christian Trésor Adong




