(BFI) – Le Cameroun a fixé au 15 juillet 2026 la première échéance d’un audit national des allocations familiales versées aux fonctionnaires, dans le cadre des efforts accrus du gouvernement pour renforcer le contrôle des dépenses salariales. Par cette opération, le ministère des Finances entend assainir la liste des bénéficiaires suite à une augmentation inhabituellement forte du nombre d’enfants déclarés dans le système de paie de l’État.
Le ministère exhorte les fonctionnaires éligibles à finaliser leur inscription bien avant la date limite afin d’éviter les engorgements de dernière minute et les retards de traitement. La première phase de l’audit, baptisée AALFA, marque le début d’un examen plus large visant à vérifier la légitimité des demandes d’allocations familiales.
Une révision budgétaire déclenchée par une forte hausse du nombre de bénéficiaires
Derrière cet exercice administratif se cache un défi budgétaire plus vaste. Selon le ministère des Finances, le nombre d’enfants à charge déclarés par les fonctionnaires est passé de 594 728 en juin 2024 à plus de 923 000 en mars 2026, soit une augmentation d’environ 55 % en moins de deux ans.
Pour le gouvernement, une telle hausse rapide justifie un examen approfondi. Cet audit vise à distinguer les déclarations légitimes des déclarations irrégulières ou frauduleuses susceptibles de gonfler les dépenses publiques.
Documents requis pour l’inscription
Les fonctionnaires percevant des allocations familiales doivent fournir plusieurs documents, notamment une attestation de vie collective couvrant les enfants de moins de 21 ans ou les enfants handicapés, une copie de l’avis de promotion ou du bulletin de salaire, des copies lisibles des actes de naissance de tous les enfants déclarés et une copie de la carte d’identité nationale du bénéficiaire. Le ministère des Finances a également publié des instructions expliquant comment remplir le formulaire de collecte de données afin de simplifier la procédure d’inscription et de réduire les erreurs de saisie.
L’augmentation des allocations familiales a accentué la pression budgétaire
Cet audit intervient quelques mois seulement après la hausse des allocations familiales à 4 500 francs CFA par enfant et par mois en février 2024. Cette augmentation visait à renforcer le pouvoir d’achat des familles des fonctionnaires, mais elle a également alourdi automatiquement la charge financière de l’État, rendant l’exactitude des dossiers des bénéficiaires encore plus cruciaux.
Dans ce contexte, l’audit n’a pas pour but de remettre en cause l’allocation elle-même, mais de s’assurer qu’elle parvienne aux bénéficiaires éligibles. Les autorités entendent préserver les droits des bénéficiaires légitimes tout en supprimant les demandes frauduleuses et en recouvrant les sommes indûment versées.
Vérification des actes de naissance et détection des fraudes
L’examen portera principalement sur la vérification de l’authenticité des actes de naissance, la validité des pièces justificatives et la cohérence des informations dans les bases de données gouvernementales. Les responsables prévoient également d’identifier les doublons, les fausses déclarations et les enfants enregistrés sans documents valides.
Cette opération s’inscrit dans le cadre d’efforts gouvernementaux plus vastes visant à améliorer le contrôle des dépenses liées au personnel. Après le recensement physique des fonctionnaires et les vérifications des bénéficiaires de pensions et de leurs personnes à charge, les autorités s’attaquent désormais à une source de dépenses moins visible mais potentiellement coûteuse : les allocations familiales.
Créé par décret en juillet 2024, le comité de supervision de l’audit AALFA réunit des représentants des ministères des Finances, de la Fonction publique, de la Défense, de la Sécurité, de l’Administration territoriale et des services d’état civil. Cette structure interministérielle vise à faciliter le partage des données et à renforcer les procédures de vérification. Selon le ministère des Finances, l’audit durera 24 mois et débutera par un examen systématique des actes de naissance des enfants déclarés par les fonctionnaires en activité. L’objectif dépasse le cadre d’un audit ponctuel et vise à établir un mécanisme durable de sécurisation de la base de données des allocations familiales.
Le 15 juillet : premier test
À court terme, le ministère des Finances insiste sur le respect de l’échéance du 15 juillet, qu’il considère comme une étape cruciale pour la réussite de l’audit. L’achèvement de cette première phase dans les délais prévus devrait contribuer à réduire les retards de traitement et à préparer le terrain pour un examen plus approfondi. En définitive, cet audit poursuit un double objectif : protéger les finances publiques dans un contexte de pressions budgétaires croissantes, tout en veillant à ce que les prestations sociales ne soient versées qu’aux personnes qui y ont légalement droit.



