La formation professionnelle, l’indispensable tremplin pour la croissance

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Alphonse NAFACK, Administrateur directeur général de Afriland First Bank Cameroun lors de sa communication aux rencontres économiques de la francophonie

(BFI) – Dans le contexte d’évolutions technologiques et organisationnelles accélérées par la crise de la Covid-19, la formation professionnelle est un des maillons importants dans le processus de la création des richesses.

Elle était déjà au cœur des enjeux avant la crise sanitaire. La situation actuelle, en milieu de travail, accélère les changements en matière de modes de travail et de management. Ceux-ci entraînent le recours à de nouveaux outils. En outre, les conséquences économiques de la crise viennent par ailleurs renforcer les besoins de formation, pour soutenir l’évolution des salariés sur de nouvelles missions.

La formation professionnelle apparaît dès lors comme le paradigme du développement professionnel. En ce sens-là, nous y voyons la mise à disposition de moyens informels ou formels auprès des employés, afin qu’ils acquièrent, maintiennent ou améliorent les connaissances, les habiletés et les attitudes en relation avec l’exercice de leur emploi actuel ou d’un autre emploi éventuel.

De même, la formation professionnelle permet à l’employé d’aujourd’hui de pouvoir mobiliser à la fois ses qualités interpersonnelles, soit le savoir-être, et son savoir-faire s’il veut être le plus productif, faire-face aux mutations économiques de la société, d’être plus compétitif, mais également de s’adapter au monde qui se digitalise. Et dans monde marqué du sceau de la pandémie de la Covid-19, la formation professionnelle reste l’un des principaux leviers de la croissance pour l’entreprise. Cette dernière occupe plus que jamais le coeur de l’actualité et du débat public. Pourtant, nous avons souvent du mal à en prendre la mesure, voire à la définir. D’après les économistes, l’entreprise est une «unité économique, juridiquement autonome dont la fonction principale est de produire des biens ou des services pour le marché».

Autrement dit, en tant qu’organisation, l’entreprise se retrouve au cœur de nos vies. Elle rythme la vie économique et sociale et anime notre quotidien. Consommateurs, nous nous appuyons à chaque pas sur cette organisation. Employés ou entrepreneurs, nous trouvons dans l’entreprise l’un de nos principaux champs d’expression. Nous y investissons une grande part de notre temps, de notre énergie et de notre créativité. Nous y développons nos compétences et y affirmons notre personnalité.

Accroitre le potentiel de l’entreprise

Se former, oui, mais pourquoi et comment ? En général, la plupart des entreprises et leurs salariés cotisent, mais, dans les faits, on constate que peu d’entre elles s’octroient un budget qui leur est dû, pour former les salariés et ainsi augmenter leurs compétences et leur valeur pour l’entreprise.

Cela est vrai en temps de croissance, les entreprises investissent les parcours de formation pour reclasser leurs employés; ce qui est toujours moins coûteux et chronophage (qui demande beaucoup de temps) qu’une embauche. En temps de crise, la formation ne doit pas être laissée de côté.

Se former, c’est la clé d’un rouage qui tourne bien !

Une entreprise fonctionne grâce aux compétences de ses salariés et de ses dirigeants. En augmentant la connaissance et le savoir-faire de ses équipes, l’entreprise investit dans une mesure pérenne, elle améliore le réservoir des connaissances de son équipe de travail.

Dans une période tendue et incertaine, ce sont les ressources et les capacités d’adaptation qui peuvent changer la donne pour une structure en difficulté, quel que soit son secteur d’activité.

Savoir diversifier ses activités ou prendre sereinement le virage de la transition numérique (et bientôt écologique), permettra aux entreprises d’asseoir leur activité, demain tenir leur masse salariale et leur chiffre d’affaires.

La clé de cette réussite, nous ne le dirons jamais assez, c’est la formation professionnelle, qui est directement liée à la productivité. Elle est un tremplin pour sortir de la crise et gagner en productivité. C’est un pilier de la croissance économique au sein de la société de la connaissance. Dans un contexte de mutations constantes et rapides, cet investissement en capital humain doit permettre de susciter l’innovation, d’accroître la productivité, de soutenir la compétitivité des entreprises et des États.

Pour les individus, elle est tout autant déterminante, car elle conditionne l’intégration professionnelle, le maintien de l’employabilité, et, doit permettre de sécuriser leurs trajectoires professionnelles. Cependant, la formation professionnelle connaît des fortunes diverses à travers le monde.

Dans mon pays (le Cameroun), la formation professionnelle est une activité récente et ne semble pas, à l’instar des autres Etats, bénéficier d’une réglementation rigoureuse. Quoiqu’elle soit tout de même une réalité dans certaines entreprises de ce pays d’Afrique centrale.

Dans la Revue Africaine de Politique Internationale n°010 (1992), J. Boisvert et E. Kamdem soutiennent que « depuis plusieurs années, le thème de la formation professionnelle du personnel est devenu l’une des préoccupations majeures des chefs d’entreprises au Cameroun».

Et le décret n°79/201 du 28 mai 1979 portant organisation et fonctionnement des centres de Formation Professionnelle Rapide (CFPR), dispose en son article 2 que «la formation d’ouvriers et d’employés qualifiés adultes sans profession, désireux d’apprendre un métier; le perfectionnement et le recyclage des travailleurs désireux d’acquérir une qualification professionnelle de niveau supérieur et la reconversion des travailleurs».

Or, jusqu’à nos jours, les entreprises ne sont tenues par aucune loi de former leurs agents. Il faut cependant dire qu’il a existé des lois qui autorisaient l’Etat à prélever une certaine taxe, dite taxe d’apprentissage et qui constitue la participation à l’effort de l’Etat sur la formation et l’insertion professionnelle. C’est ainsi qu’il avait été institué dans le Code Général des Impôts, la taxe d’apprentissage de 0,3% sur la masse salariale de l’entreprise, ajoutée au 1% de contribution au Fonds National de l’emploi (FNE). Cette loi a été abrogée de la loi des finances de 2000-2001, car les fonds collectés n’ont pas aidé à la formation professionnelle.

Plus récemment, l’Etat du Cameroun a promulgué loi n°2018/010du 11 juillet 2018 régissant la formation professionnelle au Cameroun, pour permettre à l’entreprise de rentabiliser les investissements dans la formation des employés.

Malheureusement, celle-ci n’indique pas clairement que les entreprises contribuent au financement de la formation professionnelle de façon directe, bien qu’elle laisse la porte ouverte à la possibilité de légiférer sur de nouvelles sources de financement.

Il est évident que ces lois représentent une initiative importante. Mais elles n’obligent pas l’employeur à former ses agents. La formation est une pratique contemporaine qui puise son importance dans la plus-value qu’elle génère pour l’entreprise.

Le numérique, une réponse aux enjeux de la crise et de l’économie qui se digitalise

A l’heure où le monde entier cherche des leviers de reprise économique en raison du marasme provoqué par la crise Covid-19, inciter les entreprises et les organisations à développer les compétences des salariés par la formation professionnelle, pour gagner en qualité, productivité et créativité/ innovation serait donc un levier offensif puissant de reprise.

En effet, la Covid-19 et le confinement ont apporté un regard nouveau sur la formation à distance. Si auparavant celle-ci était considérée comme le parent pauvre et peu qualifié des formations, elle est à présent revalorisée.

Pendant le confinement, ceux qui avaient du temps ont pu développer leurs appétences pour les tutoriels, les cours en ligne autrement désigné par l’acronyme anglais MOOC -qui signifie Massive Open Online Course-et autres formations en tout genre sur les plateformes vidéos et réseaux sociaux.

Forts de cette expérience et de celle plutôt réussie de l’école en ligne à l’heure de la pandémie, on mise à nouveau sur les formations en ligne, pour les demandeurs d’emploi notamment.

Vous l’aurez compris, la formation professionnelle n’est pas une occupation futile à conserver pour les jours heureux. C’est un véritable outil pour développer de nouvelles capacités auprès des collaborateurs en entreprise et des demandeurs d’emploi.

En période de crise et avec un avenir économique imprécis, c’est un gage de flexibilité, d’adaptation dont toutes les entreprises vont avoir besoin pour relever les challenges de demain.

De même que des employés, bien formés, sont le plus grand atout d’une entreprise. Investir dans les talents est essentiel à sa croissance et à son succès sur le long terme. J’entends souvent des gens dire qu’”investir dans la formation n’est pas une priorité”. Erreur! En vérité, cela peut s’avérer contre-productif et coûteux. Vous vous demandez pourquoi ? Eh bien, le développement des compétences permet aux employés d’être plus productifs et efficaces et les prépare à des postes de plus grande responsabilité. Mais cela peut aussi aider les employeurs à attirer les meilleurs candidats, à retenir leurs meilleurs collaborateurs et à identifier les futurs dirigeants. En fin de compte, plus de résultats et de performance pour l’entreprise.

Par ailleurs, le développement professionnel continu est très attrayant pour de nombreux employés qui aujourd’hui cherchent à mettre à jour leurs compétences afin d’être en adéquation avec les demandes d’un marché du travail exigeant et en constante évolution.

Le dernier rapport Linkedin2021 Work place Learning Report donne un aperçu des tendances mondiales de l’apprentissage et de ce qu’elles signifient pour l’entreprise. Il révèle que la formation aux compétences générales, qu’on nomme généralement de Soft Skills, est la priorité numéro un pour le développement des talents en 2021.

Dans le monde professionnel actuel marqué par la transformation numérique, l’agilité, l’adaptabilité, la créativité et la résolution de problèmes, entre autres, sont devenus des compétences clés que les entreprises recherchent.

Aussi le lieu de travail moderne nécessite-t-il des personnes capables d’innover, qui ont un esprit critique et qui sont capables de communiquer efficacement.

Avec la crise sanitaire actuelle persistante, le numérique et la formation professionnelle sont plus que jamais nécessaires, pour accélérer la transformation des entreprises.

Au cœur des préoccupations désormais : l’organisation du travail, que l’on veut aligner aux besoins des entreprises et des collaborateurs. Plus flexible, plus collaboratif, moins intrusif, le travail doit se réinventer pour faire écho aux aspirations des nouvelles générations mais aussi aux nouveaux enjeux des entreprises !

Les technocrates parlent alors de Smart Working pour définir cette nouvelle vision du travail, une notion clé en lien avec de nombreux concepts qui sont déjà au centre des préoccupations de l’entreprise : organisation du travail, création de lien social, animation des équipes, formation permanente, etc.

L’éducation à l’entrepreneuriat, la pierre philosophale

Mon expérience quotidienne au cœur de l’entreprise et de son développement, durant près de quatre décennies, m’ont permis de comprendre quels étaient les enjeux de la formation professionnelle pour l’entreprise d’aujourd’hui. Et l’éducation à l’entrepreneuriat en est un des principaux maillons.

«Investir dans la formation c’est conjuguer au présent mais aussi au futur le souci des hommes et le souci des résultats», souligne Philippe Bloch. Autrement dit, la gestion des Richesses Humaines passe par l’acquisition des savoirs, mais aussi des savoir-faire.

Se former, c’est acquérir de nouvelles compétences pour s’adapter aux exigences de son marché. Voilà une des raisons qui a présidé à la mise sur pied, en 2020, par nos soins, de JFN-IT; une Business School unique en son genre au Cameroun.

Ecole de l’entrepreneuriat, JFN-IT veut tendre de nouvelles passerelles entre la formation professionnelle et l’enseignement général en veillant à les articuler dans le cadre d’un système harmonisé et cohérent où formations théoriques et stages pratiques en entreprise se complètent et s’équilibrent.

Et pour ceux qui veulent se lancer dans l’aventure entrepreneuriale, qui ont un réel projet de création ou de reprise d’entreprise mais qu’ils sentent qu’il leur manque des compétences pour réussir, JFN-IT, à travers l’incubateur de l’école et de son réseau de professionnels, leur propose d’acquérir toutes les clefs de la création et de la gestion d’entreprise.

Grâce à un accompagnement personnalisé, ils seront en mesure de formaliser leur projet et de maximiser leurs chances de réussite. Nous voulons apporter une solution à la problématique de la restructuration des filières de la formation professionnelle.

Face aux enjeux qui sont multiples, nous voulons faire rayonner une nouvelle génération d’instituts de formation et de qualification des jeunes, œuvrer à la systématisation du conseil en orientation précoce vers les filières professionnelles, promouvoir l’entrepreneuriat des jeunes dans leurs domaines de compétence. «Il n’est de richesse que d’hommes», disait Jean Bodin.

Les ressources les plus précieuses en entreprise sont bel et bien les ressources humaines. Les mutations sociétales et technologiques sont de plus en plus rapides, et les formations initiales (du primaire aux études supérieures) ne sont plus suffisantes. Un autre type de formation doit prendre le relai, pour permettre de s’adapter continuellement aux enjeux. Nous l’avons dit. Il s’agit de la formation professionnelle. Levier de croissance, elle permet de suivre et prévoir les mutations de l’entreprise, de faire-face à de nombreux défis (transformation numérique, internationalisation, aspirations la “Génération Y” différentes de celles de leurs aînés, prise en compte des impacts sociaux et environnementaux), de gagner en performance, de résoudre des problématiques ponctuelles, d’attirer et retenir les talents, de valoriser la marque employeur et d’affirmer une culture d’entreprise basée sur l’écoute et l’évolution des collaborateurs.

Par Alphonse NAFACK, Administrateur directeur général de Afriland First Bank Cameroun

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