(BFI) – Lors des réunions du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, tenues du 13 au 17 avril 2026 à Washington, la banque des Etats de l’Afrique centrale (Beac) a mené d’importants échanges avec les entreprises du secteur extractif opérant dans la zone Cemac. Au cœur des discussions : un sujet de fortes tensions entre ces entreprises et la banque centrale, liée à l’immunité dont jouit l’institution dans la gestion des fonds destinés à la restauration des sites pétroliers et miniers.
Ces échanges interviennent dans un contexte marqué par une initiative législative américaine. Déposée au Congrès en 2025 par le représentant Républicain Bill Huizenga, le texte appelle à la levée de cette immunité. Pour les autorités américaines, ce principe constitue un obstacle à toute enquête indépendante sur l’utilisation des réserves de change de la Cemac, notamment celles liées aux fonds de restauration des sites extractifs (RES).
Face à cette pression, la délégation conduite par le gouverneur Yvon Sana Bangui, a réaffirmé la position de l’institution. « Au cours de la rencontre avec le secteur extractif, facilité par la Chambre de Commerce des Etats Unis, le gouverneur a réaffirmé le caractère immuable de l’immunité d’exécution de la banque centrale » indique le communiqué publié par l’institution.
Repli tactique sur la conduite des négociations
Si la BEAC maintient sa ligne sur la question de l’immunité, elle a en revanche ajusté sa position sur la conduite des négociations. Longtemps en première ligne dans les discussions avec les compagnies pétrolières et minières, la banque centrale a entériné un transfert du centre de gravité vers les Etats Unis. « Les négociations relatives au fonds de restauration des sites pétroliers et miniers se poursuivent désormais dans un cadre bilatéral entre les Etats concernés et les entreprises extractives, la BEAC apportant son appui technique et assurant le suivi des dispositifs qui seront retenus » précise le communiqué. Ce repositionnement intervient après plusieurs mois d’impasse autour du dispositif introduit par la réglementation des changes de 2018. Celle-ci impose aux opérateurs extractifs de constituer des provisions destinées à financer la réhabilitation des sites après exploitation, selon un mécanisme de centralisation encadré par la BEAC.
C’est précisément ce dispositif qui cristallise les critiques américains, Washington estimant que l’immunité de la BEAC complique la gestion de ces fonds, notamment en cas de contentieux ou de soupçon de mauvaise utilisation.
Selon les informations internes à l’institution, aucune convention n’avait formellement été conclue au 25 avril 2026, malgré une échéance fixée au 30 avril 2025 et assortie des pénalités financières dissuasives.
Dans ce contexte, certaines capitales de la sous-région ont privilégié des discussions directes avec les entreprises extractives. Le cas du Gabon illustre cette approche : des négociations menées au niveau de la présidence auraient permis d’obtenir le rapatriement d’une partie des fonds concernés, selon des sources impliquées dans le suivi du dossier.




