La BEAC et l’Harakiri monétaire et économique de la CEMAC

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Leoncio Amada Nze

(BFI) – La crise sanitaire et économique mondiale provoquée par la pandémie de Covid-19 a touché les fondements économiques de la zone CEMAC de manière inédite en raison de l’intégration et de la diversification économique limitées de la région. Les six pays de l’union : le Cameroun, la Guinée équatoriale, le Gabon, le Tchad, la République centrafricaine et la République du Congo partagent une économie dominée principalement par les hydrocarbures, qui représentent 80 % des recettes d’exportation et 75 % des recettes fiscales selon la Banque mondiale et Fonds monétaire international.

Sur les six États membres, seul le Cameroun est un importateur net de pétrole. Cependant, le Tchad, le Congo-Brazzaville, la Guinée équatoriale et le Gabon sont plus dépendants du pétrole que le Cameroun.

Une diversification économique qui n’arrive jamais

Depuis des décennies, les gouvernements des pays de la CEMAC parlent de programmes de diversification économique qui n’ont pas eu autant de succès comme nous l’espérions tous. La raison? D’excellents plans et programmes de diversification économique ont été préparés sur papier, mais le développement du secteur privé n’a pas suivi le rythme ; on ne peut pas parler de diversification et de croissance économique en l’absence d’un tissu entrepreneurial national ou régional fort, générateur d’emplois et d’opportunités d’affaires pour les nationaux et les étrangers. Bref, le secteur privé doit avoir le poids qu’il mérite, il doit être le thermomètre avec lequel se mesure la température et la vigueur de l’activité économique ; et, surtout, il doit être le maître d’orchestre dans la conception et l’articulation de tout programme macroéconomique à moyen et long terme afin qu’il ait un minimum de garantie de prospérité.

Bien qu’il s’agisse d’un marché potentiellement important d’environ 59 millions d’habitants et de ressources naturelles abondantes ; la zone CEMAC continue d’être la moins développée avec les pires politiques budgétaires et monétaires du continent africain.

Sur 190 pays dans l’indice « Doing Business » de la Banque mondiale en 2020, les six pays de la CEMAC sont dans les pires positions avec :

1. Le Cameroun en position 167

2. Le Gabon à la 168 place

3. Guinée équatoriale en position 178

4. Tchad à la position 182

5. République centrafricaine en position 184

6. République du Congo à la position 180

Avec le scénario décrit ci-dessus, il n’est pas surprenant que le flux d’investissements étrangers dans la région ait diminué de façon exponentielle ces dernières années.

Un navire à la dérive

Il y a des moments où il faut appeler les choses par leur nom, des moments où le silence n’est pas une option, des moments où il faut dénoncer les acteurs qui freinent le développement du continent africain, des moments où nous devons faire passer l’intérêt public général avant toute autre chose.

Le moment est venu pour Monsieur Abbas Mahamat Tolli, Gouverneur de la BEAC, de répondre à l’opinion publique régionale et internationale sur certaines questions liées à la mise en œuvre de sa désastreuse Réglementation des changes #BEACForex dans la zone CEMAC.

La communauté régionale des affaires, les investisseurs étrangers, les partenaires au développement et l’ensemble de la population de la région CEMAC vivent des souffrances insupportables en raison de politiques monétaires irresponsables qui ruinent des milliers de vies et d’entreprises. L’excuse de la mise en place de politiques monétaires clairement désastreuses et à la Néandertalienne pour sauvegarder la parité d’une monnaie dont l’économie est en chute libre ne convainc plus personne.

Le gouverneur de la BEAC travaille-t-il pour le renforcement et le développement des économies des pays de la CEMAC, ou est-il au service de certains intérêts dont l’objectif géostratégique serait de voir la région totalement détruite financièrement et stagner indéfiniment dans le marasme économique dans lequel elle se trouve ?

La Chambre africaine de l’énergie invite le Gouverneur de la BEAC et son équipe à participer à la prochaine AEW2022 qui se déroulera du 18 au 21 octobre à Cape Town, où, entre autres, les questions liées au spectre économique et financier de la zone CEMAC seront abordées ; et lui donne la possibilité d’utiliser une plateforme telle que #AEW2022 pour donner des explications à la communauté d’affaires africaine et mondiale sur les objectifs monétaires et financiers poursuivis à moyen et long terme avec la mise en place de politiques désastreuses aux yeux de tous pour les intérêts macroéconomiques de la sous-région.

La nécessité urgente de l’intervention des pouvoirs publics

La Chambre Africaine de l’Energie invite les Chefs d’Etat et les Ministres des Finances de la zone #CEMAC à adopter des mesures correctives qui tendent à atténuer les dommages économiques pas du tout nécessaires causés dans la région par la mise en œuvre du désastreux et irresponsable Règlement des changes de la BEAC ; une question qui est devenue un véritable cauchemar pour les hommes et les femmes d’affaires qui génèrent la richesse nationale et l’emploi dans la sous-région. Une politique monétaire qui constitue aujourd’hui le principal obstacle à l’attraction des Investissements Directs Étrangers dans la région et bloque toute tentative ou manœuvre de relance économique.

Un système monétaire et financier conçu et créé il y a plus de quatre décennies et qui ne s’est pas adapté aux réalités économiques d’un monde globalisé, dynamique et de plus en plus interconnecté et interdépendant ; ne peut pas répondre ou faire face aux complexités qui découlent de l’interaction entre les acteurs économiques de la sous-région avec le monde extérieur.

Le moment est venu pour la banque centrale BEAC de retirer sa botte étouffante du cou du petit entrepreneur et homme d’affaires de la CEMAC.

Le moment est venu pour les économies de la sous-région de profiter des avantages et des facilités offertes par l’Accord de libre-échange continental africain (AfCFTA) pour leur développement et leur diversification.

Et surtout, le moment est venu pour Monsieur Abbas Mahamat Tolli de quitter son poste de Gouverneur de la BEAC et laisser la place à des personnes ayant une vision macroéconomique et globale plus en synchronie avec les temps modernes que nous vivons aujourd’hui et dont la zone CEMAC a désespérément besoin.

Les hommes et femmes d’affaires de la CEMAC crient tout simplement « On veut respirer »

Par Leoncio Amada NZE, Président Exécutif de la Chambre Africaine de l’Energie (www.EnergyChamber.org) CEMAC, Président d’APEX INDUSTRIES SA.

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