(BFI) – Le système financier africain vit une transformation majeure impulsée par la nécessité de s’affranchir de la dépendance au dollar américain et au réseau SWIFT.
Portée par des initiatives phares comme le Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS), cette transition change radicalement d’échelle pour dynamiser les échanges intra-africains.
Historiquement, près de 80 % à 88 % des paiements interafricains devaient transiter par des banques correspondantes situées en Europe ou en Amérique du Nord. Pour échanger deux monnaies africaines, il fallait d’abord convertir la devise locale en dollars ou en euros, puis réaliser une seconde conversion.
Avec le Papss, ce détournement logistique et financier entraîne 5 milliards de dollars US de pertes annuelles en frais de change, retards et coûts d’opportunité, des délais de traitement longs (souvent de 3 à 5 jours), un frein majeur à la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
Le PAPSS révolutionne cette architecture en permettant le règlement des transactions transfrontalières directement en monnaies locales, en moins de 120 secondes et avec une réduction des coûts de transaction de plus de 90 %.
Le système change d’échelle grâce à une adoption institutionnelle massive. Plus de 28 pays africains interconnectés, regroupant plus de 190 banques commerciales et fintechs. L’adhésion stratégique de la BEAC (Banque des États de l’Afrique centrale) qui intègre la zone CEMAC (72 millions d’habitants) à cette infrastructure continentale. Des phases pilotes menées par la BCEAO pour l’Afrique de l’Ouest. Une expansion internationale inédite via un accord avec la CARICOM, permettant de lier instantanément les systèmes de paiement africains et caribéens.
Parallèlement aux infrastructures continentales, les acteurs bancaires africains se tournent vers d’autres géants pour diversifier leurs risques de change, notamment à travers le mécanisme des BRICS et la Chine.
Récemment, le géant bancaire panafricain Ecobank s’est allié au CIPS, le système de paiement interbancaire transfrontalier chinois. Cette intégration au CIPS permet aux entreprises africaines de réduire drastiquement leurs coûts de change en commerçant directement en Yuans, une tendance renforcée par l’émission d’obligations Panda par l’Afreximbank. De plus, le PAPSS prévoit une interconnexion directe avec les systèmes de paiement de l’Inde et de la Chine d’ici 2027.
Malgré ces avancées, le chemin vers une autonomie financière totale fait face à des obstacles structurels. Les échanges commerciaux internes représentent encore moins de 15 % des exportations globales du continent, ce qui limite le volume traitable en monnaies locales. Les balances commerciales asymétriques entre pays africains créent des excédents ou des pénuries de devises locales au sein du pool de liquidités.
Mais dé-dollariser les flux de paiement instantanés (comme le fait le PAPSS) ne supprime pas le besoin de dollars pour équilibrer les bilans des banques centrales, qui doivent garantir la valeur extérieure de leur monnaie nationale.
André Noir




