(BFI) – L’agence de notation financière panafricaine AfCRA (Africa Credit Rating Agency), officiellement lancée le 7 octobre 2026 à l’île Maurice sous l’égide de l’Union africaine, est actuellement en pourparlers avec 15 pays africains en vue de délivrer ses premières notations souveraines d’ici mars 2027. L’AfCRA compte mener des travaux d’analyse dans plusieurs pays, notamment le Togo, le Kenya, les Seychelles, le Burundi et Maurice, afin d’évaluer leur capacité à honorer leurs engagements financiers. L’agence prévoit également d’étendre ses services aux banques, aux entreprises et aux institutions financières multilatérales africaines, dont Afreximbank.
Créée avec le soutien de l’Union africaine, l’AfCRA ambitionne de proposer une approche différente de l’évaluation du risque de crédit en Afrique, sur un marché dominé par trois grandes agences internationales : S&P Global Ratings, Moody’s et Fitch Ratings. L’agence indique que sa méthodologie accordera une place plus importante aux données économiques locales et à l’historique de remboursement de la dette des pays, tout en s’appuyant moins sur les évaluations des institutions financières internationales, notamment le Fonds monétaire international (FMI).
Une levée de fonds de 15 millions de dollars pour financer sa croissance
L’AfCRA doit encore renforcer sa base financière et sa structure de gouvernance. L’agence est actuellement détenue par Plus 94 Research, une société sud-africaine cofondée en 1998 par Sifiso Falala et Tirhani Mabunda, spécialisée dans les enquêtes, les études de marché et l’analyse de données. L’AfCRA prévoit de lever 15 millions de dollars auprès d’investisseurs africains, en échange d’une participation représentant les deux tiers du capital.
Selon son prospectus d’investissement publié en octobre, cette opération valoriserait l’entreprise à 22,5 millions de dollars après l’augmentation de capital. Plus 94 Research conserverait le tiers restant. Sifiso Falala a par ailleurs indiqué que l’agence a finalisé l’acquisition d’une participation de 51 % dans Sovereign Africa Ratings, une société de notation sud-africaine qu’il a également fondée et qu’il dirige. Cette structure actionnariale soulève des interrogations quant à l’indépendance des futures notations d’AfCRA. L’agence prévoit de fonctionner selon un modèle où l’émetteur rémunère le service : les gouvernements qui sollicitent une notation paient pour cette prestation et donnent accès à leurs données financières. Bien que ce modèle soit également utilisé par les grandes agences de notation internationales, il nécessite la mise en place de garde-fous pour prévenir tout conflit d’intérêts entre les clients et les analystes. AfCRA affirme avoir instauré plusieurs mécanismes de protection, notamment en séparant les activités commerciales des décisions de notation, en recourant à des comités de notation indépendants et en excluant les gouvernements de son actionnariat.
La reconnaissance par les investisseurs sera un enjeu déterminant
Au-delà de la publication de ses premières notations, AfCRA devra convaincre les marchés financiers de la fiabilité de ses évaluations. Les grands investisseurs institutionnels — tels que les fonds de pension et les gestionnaires d’actifs internationaux — sont souvent soumis à des règles internes ou réglementaires qui définissent les agences de notation sur lesquelles ils sont autorisés à s’appuyer.
Par conséquent, une notation délivrée par AfCRA ne se substituera pas automatiquement à celles de Moody’s, Fitch ou S&P dans les décisions d’investissement. L’agence devra obtenir les reconnaissances réglementaires nécessaires et démontrer la fiabilité de ses analyses. Cet aspect est crucial, car l’un des objectifs affichés par l’agence est de contribuer à réduire les coûts d’emprunt des gouvernements africains.
Or, la réalisation de cet objectif dépendra non seulement de la production de notations de crédit, mais aussi de la reconnaissance et de l’utilisation de ces dernières par les investisseurs. Dans son propre prospectus d’investissement, AfCRA reconnaît que la légitimité institutionnelle ne suffira pas, à elle seule, à garantir son acceptation par les marchés financiers.
André Noir




