(BFI) – La sixième édition de l’Africa Financial Industry Summit (AFIS), qui s’est tenue les 3 et 4 novembre 2026 à Luanda en Angola, a placé au cœur de ses débats la transformation de la puissance financière du continent en une croissance économique concrète. Organisé pour la première fois en Afrique australe sous le thème : « Making Capital Count : accélérer la croissance grâce à la finance africaine », l’événement a réuni plus de 1250 participants et décideurs parmi lesquels 18 Gouverneurs de banques centrales (dont le Gouverneur de la BEAC), 8 ministres des Finances, ainsi que des dirigeants de banques, de compagnies, des dirigeants de bourses de valeurs mobilières et d’institutions financières régionales ou panafricaines, et des dirigeants de conseils d’affaires notamment le Haut Conseil des Affaires de l’Afrique Centrale et le Conseil d’Affaires de l’Afrique Australe. Objectif financier : Trouver des leviers opérationnels pour combler un déficit annuel de financement estimé à 400 milliards de dollars.
Comment canaliser l’épargne africaine vers l’économie réelle ? c’est question fondamentale à laquelle l’édition 2026 du sommet de l’industrie financière africaine repose.
Bien que les banques et institutions financières du continent affichent de solides performances (avec des revenus dépassant les 100 milliards de dollars et des rendements de fonds propres autour de 19 %), un paradoxe persiste. Environ 30 % seulement des actifs bancaires sont consacrés aux prêts à l’économie réelle, le reste dormant sous forme de liquidités ou de titres publics. L’enjeu est de rediriger une partie des milliards d’épargne locale vers des investissements productifs. Le déficit annuel de financement pour le développement et les infrastructures de l’Afrique est estimé à environ 400 milliards de dollars. Le sommet a cherché à mobiliser des solutions à grande échelle pour combler cet écart en s’appuyant davantage sur des ressources domestiques.
Pour Amir Ben Yahmed, directeur général de Jeune Afrique Media Group et fondateur de l’AFIS, le changement de paradigme est devenu indispensable. « Au cours des deux dernières décennies, la finance africaine s’est considérablement renforcée. Mais le défi n’est plus seulement de bâtir des institutions financières plus solides : il est de leur permettre de peser davantage sur la croissance du continent », a-t-il déclaré.
Cette ambition suppose notamment une mobilisation accrue de l’épargne institutionnelle, particulièrement celle des fonds de pension et des compagnies d’assurance, ainsi que le développement de mécanismes de partage des risques entre acteurs publics et privés.
Prenant la parole lors de la cérémonie d’ouverture, Makhtar Diop a insisté sur la nécessité de mieux connecter les ressources financières du continent aux besoins de ses économies. Pour le dirigeant de l’IFC, l’Afrique dispose des capitaux, des entrepreneurs et des compétences nécessaires à son développement, mais doit encore renforcer les mécanismes permettant de transformer ces atouts en investissements productifs. « L’Afrique dispose de capitaux. Elle compte des entrepreneurs. Elle recèle des talents extraordinaires. Notre mission consiste à mettre en relation ces atouts grâce à des systèmes financiers capables de répondre aux ambitions du continent », a-t-il déclaré.
Le président de la Banque africaine de développement, Sidi Ould Tah a, quant à lui, mis l’accent sur la nécessité de renforcer la coordination entre les institutions financières nationales, régionales et continentales, dans le cadre de la Nouvelle architecture financière africaine pour le développement qui vise à multiplier les mécanismes de garantie et à utiliser des instruments de partage des risques pour rendre les projets africains plus bancables
Cette ambition répond à un défi majeur : combler un déficit annuel de financement du développement estimé à 400 milliards de dollars. Pour y parvenir, plusieurs leviers ont été mis en avant, notamment le renforcement des mécanismes de garantie, le développement des instruments de partage des risques et la promotion des financements en monnaie locale.
L’enjeu est de rendre davantage de projets africains bancables, de mobiliser les investissements privés et de permettre aux institutions financières du continent de jouer un rôle plus déterminant dans la transformation structurelle des économies.
Au-delà des déclarations d’intention, l’AFIS 2026 entend ainsi contribuer à faire émerger des solutions opérationnelles pour rapprocher les marchés financiers africains et renforcer leur contribution au développement. Le sommet a mis en lumière la petite taille relative des champions bancaires africains (les 30 premières banques cumulant 1 200 milliards de dollars d’actifs) et la nécessité d’accélérer l’intégration financière régionale, illustrée par le dynamisme de places boursières comme la Bourse de Luanda (BODIVA).
À Luanda, le message porté par les organisateurs est clair : la prochaine étape de la transformation financière africaine ne se mesurera plus seulement à la rentabilité des banques ou à la taille de leurs bilans, mais à leur capacité à financer les économies, accompagner les entreprises et créer des emplois.
Bertrand ABEGOUMEGNE, envoyé spécial à Luanda




