Eco, le Nigeria demande de retarder l’échéance de sa mise en place

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BUAHARI
(BFI) – La bataille se poursuit autour du lancement de l’éco. Désormais, Abuja exige que tous les pays de la Cedeao respectent les critères de convergence.

Le Nigeria a demandé, en marge du 33e sommet de l’Union africaine qui s’est achevé lundi à Addis-Abeba, que soit retardée l’échéance de la mise en place de l’éco, la future monnaie commune de la Cedeao. Le motif ? « La position du Nigeria sur l’éco est que les critères de convergence (entre États) n’ont pas été atteints par la majorité des pays » devant adopter cette monnaie commune, a indiqué la présidence nigériane sur son compte Twitter. « Il doit par conséquent y avoir un report du lancement de la monnaie unique », ajoute-t-elle. Les critères clés de convergence sont de rester en dessous de 3 % du produit intérieur brut de déficit, de 10 % d’inflation, avec une dette inférieure à 70 % du PIB. Il faut souligner que le principe acté est que les pays doivent avoir rempli ces critères « trois années de suite », ce qui est uniquement le cas du Togo pour l’instant.

Bataille rangée

Les quinze pays membres de la Communauté des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao), dont le Nigeria fait partie, avaient indiqué l’an dernier qu’ils souhaitaient lancer l’éco en 2020, après bientôt trente ans de débats. Mais fin décembre, huit pays francophones d’Afrique de l’Ouest, qui utilisent le franc CFA, avaient annoncé leur décision de remplacer leur monnaie commune par l’éco et de rompre ainsi les liens très controversés avec la France, ancienne puissance coloniale, qui accueillait notamment la moitié de leurs réserves de changes en échange de la convertibilité du CFA avec l’euro.

L’annonce surprise avait été faite par le président ivoirien Alassane Ouattara lors d’une visite de son homologue français Emmanuel Macron au lendemain d’un sommet de la Cedeao, qui avait encouragé les efforts visant à mettre en place une monnaie unique ouest-africaine d’ici à juillet. Le Nigeria et plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, notamment anglophones, avaient deux semaines plus tard dénoncé cette décision de remplacer le franc CFA par l’éco, affirmant qu’elle n’était « pas conforme » au programme adopté récemment par l’ensemble de la région pour mettre en place une monnaie unique. À l’heure actuelle, les monnaies au sein de la Cedeao se divisent en deux camps : huit pays qui utilisent le franc CFA – dont la parité fixe est arrimée à l’euro –, et sept autres avec autant de devises qui ne sont pas convertibles entre elles.

Le processus bloqué ?

Concrètement, sur le terrain, ce sont deux visions du processus devant mener à la création de l’éco qui s’opposent entre le Nigeria et les pays de l’UEMOA, autant dire entre les pays de la zone franc, et en particulier la Côte d’Ivoire, qui veulent franchir une première étape dès cette année en transformant le CFA en éco. Alassane Ouattara a déjà fait savoir qu’il souhaitait une approche graduelle un peu sur le modèle de l’Europe au moment de la création de l’euro. « Il faut commencer avec les pays qui sont prêts », martèle le chef d’État ivoirien. « Ce que nous avons décidé au niveau des chefs d’État, notre volonté, c’est de mettre l’éco en 2020 », avait-il réitéré en janvier, tout en précisant qu’il y avait des « conditions ». Techniquement, aujourd’hui, seul le Togo semble respecter tous les critères de performance exigés par la feuille de route de la Cedeao signée en 2018, qu’il s’agisse des critères de croissance, d’inflation, de déficit budgétaire ou de dette. Et le président ivoirien de souligner qu’un autre groupe de 4 ou 5 pays, dont la Côte d’Ivoire, « remplissent ces critères ».

« Cinq, huit, dix pays (respectant les critères) peuvent se mettre ensemble », a-t-il dit, ajoutant que d’autres pouvaient ensuite les rejoindre à l’image de la zone euro, commencée à 11 et qui comprend 19 pays aujourd’hui. « Nous voulons faire les choses par étapes. Nous ne voulons pas de précipitation, mais nous ne voulons pas non plus que les pays qui ne respectent pas les critères de convergence bousculent le processus », avait-il conclu dans une claire allusion au Nigeria.

Félix Victor Dévaloix

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