(BFI) – Le gouvernement camerounais a fait état de deux taux d’exécution budgétaire différents pour l’année 2025 concernant le Programme spécial de reconstruction et de développement de l’Extrême-Nord (PSRDREN) : 59 % selon le communiqué final du comité de pilotage du programme et 63,8 % selon un rapport du ministère de l’Économie (MINEPAT). L’écart de 4,8 points de pourcentage n’est pas expliqué.
Signé par le ministre de l’Économie, Alamine Ousmane Mey, et publié le 11 septembre 2026 dans le journal Cameroon Tribune, le communiqué fait état d’un taux d’exécution financière de 59 % et d’un taux d’exécution physique de 68 %. Ces mêmes chiffres avaient été rapportés par le quotidien privé Mutations le 4 septembre. De son côté, le rapport du MINEPAT daté du 1er septembre indique un taux d’exécution de 63,8 % ainsi qu’un taux d’attribution des marchés de 88 %. Aucun de ces documents ne précise si le taux d’exécution se rapporte aux engagements, aux autorisations de dépenses ou aux paiements effectifs.
Une base budgétaire imprécise
Le 20 février 2025, le comité a approuvé un budget de 11,3 milliards de Fcfa, comprenant 2,4 milliards Fcfa pour les dépenses de fonctionnement et 8,9 milliards Fcfa pour l’investissement. Dans son rapport du 3 mars, le PSRDREN faisait également état d’une proposition de rallonge budgétaire de 16,6 milliards de francs CFA, sans toutefois confirmer par la suite si ce montant supplémentaire avait été approuvé. Les publications de septembre ne précisent pas la base budgétaire utilisée pour calculer les taux d’exécution. Appliqués au budget de 11,3 milliards de Fcfa, ces deux taux correspondraient respectivement à 6,67 milliards et 7,21 milliards de Fcfa, soit un écart de 542 millions de Fcfa.
Ce calcul n’est toutefois qu’indicatif. Le budget 2026 approuvé, s’élevant à 37,3 milliards de Fcfa, ne fait l’objet d’aucune ventilation par projet, source de financement ou catégorie de dépenses. Ce montant dépasse l’enveloppe initiale de 2025 de 26 milliards de Fcfa (soit 3,3 fois le montant initial, une augmentation de 230 %), mais cette comparaison serait différente si l’enveloppe supplémentaire avait été prise en compte.
De 92,9 milliards de FCFA à 119,63 milliards de FCFA
Le point 6 du communiqué indique que 92,9 milliards de FCFA de financements extérieurs ont été mobilisés en 2025. Le point 8 avance le chiffre de 119,63 milliards de FCFA, dont 93,02 milliards de FCFA fournis par la Banque africaine de développement (BAD) sous forme de prêts et d’un don, et 26,61 milliards de FCFA prêtés par la Banque islamique de développement (BID). La somme de ces deux montants atteint bien 119,63 milliards de FCFA, mais l’écart entre les deux totaux s’élève à 26,73 milliards de FCFA.
Le financement de la BID laisse donc subsister une différence de 120 millions de FCFA. Le communiqué ne précise pas si ce second montant est annuel ou cumulé. Le prêt de la BID est présenté comme approuvé, bien que les conditions nécessaires à son entrée en vigueur soient encore en cours de finalisation. Il ne peut donc être considéré comme un financement d’ores et déjà effectif, disponible et décaissé.
Le compte rendu de la réunion publié par Cameroon Tribune le 1er septembre attribue à la BAD 142,2 milliards de FCFA de prêts et 3,79 milliards de FCFA de dons, soit un total de 145,99 milliards de FCFA. Ce montant dépasse de 52,97 milliards de FCFA celui indiqué dans le communiqué du comité. Les périodes ou les composantes concernées peuvent différer, mais les sources ne les définissent pas.
Concernant la BID, son conseil d’administration a approuvé, le 13 décembre 2025, un financement de 36,66 millions d’euros (43 millions de dollars) pour le projet camerounais d’irrigation durable et de développement des chaînes de valeur agricoles. Au taux de change fixe de 655,957 FCFA pour un euro, cela équivaut à 24,05 milliards de FCFA, soit 2,56 milliards de FCFA de moins que les 26,61 milliards de FCFA annoncés par le PSRDREN, sans explication publiée.
Près de 800 milliards de FCFA annoncés, sans ventilation des décaissements
Le coût du plan présidentiel est estimé à 1 822 milliards de FCFA. Le montant que le gouvernement qualifie de « mobilisé » est passé de plus de 600 milliards de francs CFA en février 2025 à près de 800 milliards lors de la réunion du 31 août 2026. Sur le plan arithmétique, ce dernier montant couvre environ 44 % du coût estimé et laisse un reliquat d’environ 1 020 milliards de francs CFA à mobiliser. Ce chiffre ne correspond pas à des fonds réellement disponibles pour le programme.
Aucun tableau ne distingue les financements sollicités, approuvés, signés, entrés en vigueur, décaissés et dépensés. L’inclusion du prêt de la BID, qui n’est pas encore entré en vigueur, confirme que le terme « mobilisé » ne signifie pas nécessairement « disponible ». Le comité reconnaît l’existence de retards budgétaires et de paiement, ainsi que de contraintes climatiques et sécuritaires. Il préconise le respect des règles régissant le fonds spécial pour les zones économiquement sinistrées, le renforcement des dispositifs de sécurité pour les projets situés près de la frontière nigériane et la création de postes administratifs supplémentaires, sans toutefois fournir de calendrier.
Le rapport d’examen mentionne des écoles, des centres de santé, des systèmes d’approvisionnement en eau à petite échelle ainsi que les axes routiers Mora-Waza-Dabanga-Kousséri, Magada-Kaélé-Guidiguis, Moutourwa-Maroua et Maroua-Bogo-Guirvidig-Pouss. Le MINEPAT indique que les opérations en cours comprennent 20 systèmes d’approvisionnement en eau à petite échelle, cinq centres de santé intégrés et sept écoles primaires, ainsi que la distribution de 10 000 tables-bancs, sans préciser, pour chaque projet, ce qui a été achevé, officiellement réceptionné par les autorités ou payé.
La prochaine session doit se tenir à Maroua et comprendra des visites de sites ainsi que des rencontres avec les bénéficiaires. Aucune date n’a été communiquée, et le comité ne précise pas si le taux de 59 % ou celui de 63,8 % servira de référence pour l’évaluation de 2026.
Omer Kamga




