(BFI) – La République démocratique du Congo envisage de créer une banque de développement axée sur les infrastructures. Ce projet a été présenté lors du Conseil des ministres du vendredi 11 septembre par le ministre des Infrastructures et des Travaux publics, John Banza, qui a proposé la mise en place d’un groupe de travail chargé de jeter les bases de cette institution.
La banque aura pour mission de transformer les priorités du pays en matière d’infrastructures en projets susceptibles d’attirer des capitaux publics et privés à long terme. Elle contribuera à structurer les projets sur les plans technique, juridique et financier afin de les rendre « bancables » et de faciliter leur financement par des investisseurs et des institutions financières.
La structure financière, le modèle de gouvernance, les principes de gestion et le mandat de la future banque ont également été présentés lors du Conseil des ministres. Les autorités ont par ailleurs soumis une première liste de projets susceptibles d’être financés par l’institution.
Combler le déficit d’infrastructures
Ce projet intervient alors que le manque d’infrastructures continue de peser sur l’activité économique en RDC. Sur plus de 152 000 km de routes, seule une fraction d’environ 2 % est bitumée. Environ 21 % de la population a accès à l’électricité. Près de 35 % des Congolais bénéficient de services de base en matière d’eau potable, selon la Banque mondiale.
L’ampleur des besoins du pays en infrastructures illustre le rôle potentiel que pourrait jouer la future institution. Dans le cadre de son « Pacte énergétique » lié à l’initiative « Mission 300 », la RDC vise à porter le taux d’accès à l’électricité à 62 % de la population d’ici 2030, contre 21,5 % actuellement. Le programme prévoit 16 milliards de dollars d’investissements publics et cherche à mobiliser 20 milliards de dollars supplémentaires auprès du secteur privé et d’autres partenaires. Les infrastructures hydrauliques font face à un déficit de financement tout aussi important.
Selon les données utilisées par la Banque mondiale pour ses projets en RDC, 34 % des ménages ont accès à des services de base d’approvisionnement en eau. Un programme d’accès à l’eau et à l’assainissement a bénéficié d’un financement de 400 millions de dollars de l’Association internationale de développement (IDA) pour améliorer les services dans plusieurs provinces. L’ampleur de ce déficit de financement souligne le rôle potentiel d’une banque capable de combiner financements publics, privés et de développement. C’est le modèle préconisé par John Banza, selon qui les capitaux publics devraient servir de levier pour attirer des engagements plus importants de la part d’investisseurs privés et institutionnels.
Le défi d’attirer des capitaux privés
La banque envisagée fait face à un défi immédiat : éviter les écueils d’un prêteur public classique. Banza a présenté cet aspect comme l’un des principes fondateurs de l’institution, soulignant qu’elle ne devait pas se contenter d’être une banque publique de plus, mais plutôt utiliser les ressources de l’État pour attirer des capitaux privés. La crédibilité de ce modèle dépendra de la structure financière finalement retenue. Si la banque repose principalement sur des dotations publiques ou des emprunts garantis par l’État, sa capacité à attirer des investisseurs privés risque de rester limitée. Des règles claires de sélection des projets, des dispositifs de partage des risques et des mécanismes de cofinancement pourraient faciliter la participation du secteur privé. La gouvernance jouera donc un rôle central.
Le projet prévoit d’ores et déjà la mise en place d’un groupe de travail interministériel et technique, coordonné conjointement par les ministères des Finances et des Infrastructures. Ce groupe sera chargé de transformer la proposition en une institution opérationnelle en définissant sa structure juridique, son modèle financier et ses modalités de fonctionnement. Un autre défi consistera à constituer un portefeuille de projets suffisamment préparés pour attirer les investisseurs. Cette mission de préparation des projets pourrait devenir l’une des fonctions clés de la future banque. Pour la RDC, la création de la banque importe moins que la garantie qu’elle disposera des moyens nécessaires pour remplir ce rôle. Sa capitalisation, son indépendance opérationnelle, ses critères d’investissement et sa capacité à structurer des projets bancables détermineront son efficacité à attirer des financements privés. En fin de compte, le succès du projet dépendra de la capacité de la future banque à faire évoluer le financement des infrastructures : il s’agit de passer d’un modèle fondé essentiellement sur des ressources publiques à un modèle combinant des fonds provenant de l’État, d’investisseurs privés, de banques commerciales et de partenaires au développement.
Antoine Mboussi




