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Des milliards de Fcfa dépensés pour la collecte des déchets sans résultats efficaces

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Le 28 août 2026, le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, a tenu une réunion à huis clos avec les agences gouvernementales, les sept conseils de district de Mfoundi et les opérateurs de gestion des déchets Hysacam et Thychlof, avant de se rendre chez Total Melen et Nsimeyong-Victor Hugo. Les chefs de district et les maires seront désormais tenus d’effectuer au moins deux inspections par semaine pour contrôler la collecte des déchets.

Étaient également présents à la réunion la ministre du Logement et du Développement urbain, Célestine Ketcha Courtès, le ministre de la Décentralisation et du Développement local, Georges Elanga Obam, et le gouverneur de la Région du Centre, Naseri Paul Bea. Le gouvernement a appelé à une plus grande implication des municipalités et à la création d’organismes spécialisés dans la gestion des déchets ménagers. Les rapports officiels ne fournissent cependant aucun détail sur leur statut juridique, leur financement ni leur calendrier de mise en œuvre. Aucun budget supplémentaire ni augmentation chiffrée du matériel de collecte n’ont été annoncés. « Nous devons nous mettre au travail et prendre les mesures appropriées pour assurer la collecte des ordures », a déclaré Atanga Nji.

65,59 milliards de Fcfa en contrats et supervision

Selon les décisions publiées par l’Agence de régulation des marchés publics (ARMP), le Conseil municipal de Yaoundé a attribué à Hysacam trois contrats de cinq ans le 18 novembre 2024, portant sur la collecte et le transport des ordures ainsi que sur le balayage et le nettoyage des rues, des espaces publics et des marchés. Ces contrats représentaient un montant total de 45,76 milliards de Fcfa, taxes comprises. Un quatrième lot, initialement infructueux, a été attribué à Thychlof le 10 juillet 2025, pour un montant de 16,02 milliards de Fcfa sur cinq ans. Les deux opérateurs détiennent donc des contrats d’une valeur totale de 61,78 milliards de Fcfa. Deux contrats de supervision de projet, publiés en octobre 2025, ajoutent 3,81 milliards de Fcfa pour les services de suivi jusqu’en 2030, portant le cadre contractuel public à 65,59 milliards de Fcfa.

Ces chiffres correspondent toutefois aux montants des contrats attribués et non aux dépenses réelles. Les documents disponibles ne précisent ni les montants versés, ni les arriérés éventuels, ni les volumes de collecte contractuels, ni le matériel déployé, ni la fréquence des collectes, ni les pénalités. Par conséquent, l’accumulation continue de déchets ne peut être imputée à un seul facteur, qu’il s’agisse de contrats insuffisants, de paiements irréguliers, d’une exécution partielle ou de contraintes logistiques.

Environ 1 650 tonnes par jour non collectées

Dans un avis du 31 décembre 2024, le ministère du Logement et du Développement urbain (MINHDU) estimait que Yaoundé produisait environ 3 000 tonnes de déchets ménagers et assimilés par jour, dont seulement 45 % étaient collectés officiellement. Si ce taux s’applique directement au tonnage, environ 1 650 tonnes par jour échapperaient au système de collecte officiel. Cela ne signifie pas que la totalité des déchets reste dans les rues, car une partie peut être récupérée, incinérée, enfouie ou évacuée par des voies informelles. Ce chiffre donne néanmoins une indication de l’ampleur du déficit de collecte. Le ministère a évoqué des ressources limitées, l’étalement urbain, la difficulté d’accès à certains quartiers et les embouteillages, qui entravent les tournées de collecte.

La décharge de Nkolfoulou, ouverte en 1988 à environ 12 kilomètres de Yaoundé, constitue un autre facteur de vulnérabilité. Les autorités estiment qu’elle arrive en fin de vie. Des infrastructures supplémentaires sont prévues, mais leur disponibilité actuelle reste incertaine. En avril 2025, le MINHDU a attribué à Creaconsult un contrat de 62,01 millions de Fcfa sur cinq mois pour étudier la possibilité de créer une décharge contrôlée, des centres de transfert et des points de collecte des déchets. En janvier 2026, le ministère a annoncé que la construction de plateformes de collecte pilotes avait débuté en 2025 et qu’un premier centre de transfert devrait suivre en 2026. Deux balayeuses de voirie ont également été mises à la disposition des communes de Yaoundé I et V.

Les sources publiques ne fournissent aucune information sur les taux d’achèvement, les dates de livraison ni les capacités des installations prévues. Les opérations de nettoyage d’urgence n’ont pas encore permis d’obtenir une solution durable. La campagne de nettoyage d’urgence « Coup de poing – Yaoundé sans poubelles », lancée le 18 juillet 2024 avec la participation d’Hysacam et de Thychlof, a permis de retirer plus de 12 000 tonnes de déchets et de traiter près de 100 décharges sauvages, selon le MINHDU. Une autre campagne, menée du 15 janvier au 21 février 2025, a permis de retirer environ 33 000 tonnes de déchets. Une opération de 72 heures, lancée le 28 mars, a ensuite ciblé 42 sites insalubres à Yaoundé III. Ces chiffres mesurent les déchets accumulés retirés lors d’opérations spéciales et non la capacité du système de collecte régulier à empêcher la formation de nouveaux amas.

En février 2025, Jean-Pierre Ymele, PDG d’Hysacam, estimait que la production de déchets augmentait d’environ 20 000 tonnes par an sans augmentation correspondante des ressources. « Il y a un décalage entre les besoins et les ressources disponibles », déclarait-il. Cependant, cette affirmation, émanant d’un des prestataires, ne saurait remplacer une évaluation indépendante de l’exécution du contrat. Nombre des solutions évoquées en août 2026 figuraient déjà dans la feuille de route adoptée à la suite de la conférence nationale sur les déchets urbains des 6 et 7 mai 2025.

Ce document constatait une couverture de collecte inférieure à 50 %, des services de pré-collecte insuffisants, des infrastructures inadéquates et des irrégularités de paiement à Yaoundé. Il révélait également que l’État finançait plus de 85 % du projet, la plupart des ressources étant consacrées à la collecte plutôt qu’à la pré-collecte, aux infrastructures et à la valorisation des déchets. La feuille de route recommandait la création d’un compte dédié, de plateformes de consolidation des déchets, la publication des calendriers de collecte hebdomadaires, le déploiement de brigades de propreté et, à moyen terme, la mise en place d’une agence nationale des déchets. L’objectif était d’atteindre une couverture de collecte à 100 % d’ici 2035. Près de seize mois plus tard, la reprise des discussions sur la création d’une agence et un renforcement du contrôle administratif laisse penser que les problèmes de fond ont peu évolué.

Le défi actuel réside dans une mise en œuvre mesurable : volumes collectés par chaque opérateur et municipalité, objectifs contractuels, factures payées, arriérés, matériel disponible, calendriers de collecte et de déploiement des infrastructures. Des inspections bihebdomadaires pourraient accélérer les interventions, mais ne suffisent pas à elles seules pour accroître durablement la couverture de collecte, remplacer la décharge de Nkolfoulou ou garantir les financements. Sans progrès tangibles sur ces fronts, Yaoundé risque de rester prisonnière du même cycle d’accumulation de déchets, de nettoyages d’urgence, d’améliorations provisoires et de résurgence des dépôts sauvages.

Rédaction
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