(BFI) – Le Fonds monétaire international (FMI) cherche à accélérer la conclusion de nouveaux programmes économiques avec plusieurs pays d’Afrique centrale, notamment le Cameroun, le Congo et le Gabon. Ces négociations, qui patinent depuis plusieurs mois, font l’objet d’intenses discussions menées en étroite collaboration avec le gouverneur de la BEAC (Banque des États de l’Afrique Centrale), Yvon Sana Bangui, afin de débloquer la situation régionale avant la fin de l’année.
Le FMI cherche à accélérer la conclusion de ces programmes pour répondre à une urgence à la fois macroéconomique, financière et régionale au sein de la zone CEMAC. Les trois nations concernées affichent des trajectoires et des profils économiques bien distincts.
Au Cameroun, après l’achèvement de son précédent programme en 2025, Yaoundé prépare activement un nouvel accord. Le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, a déjà intégré 300 milliards de FCFA d’appuis budgétaires conditionnels dans les projections financières de 2027. Des audits sur les arriérés de la dette publique sont en cours pour fluidifier les discussions. Pour le Gabon, les pourparlers avec Libreville ont connu quelques lenteurs. Le ministre gabonais de l’Économie et des Finances, Thierry Minko, a relancé les contacts avec la direction Afrique du FMI à Washington, en attendant les conclusions d’audits financiers nationaux majeurs. En fin au Congo, Brazzaville, les discussions se concentrent également sur la mise en conformité des réformes régionales et l’établissement d’un cadre macroéconomique stable soutenu par l’institution monétaire.
Un accord officiel avec le FMI sert de label de crédibilité. Il est indispensable pour débloquer d’autres enveloppes financières massives auprès de bailleurs de fonds partenaires, tels que la Banque mondiale, la Banque africaine de développement (BAD) ou l’Union européenne. Le FMI et les autorités régionales visent à boucler les réformes préalables avant décembre 2026. Des missions du FMI sur le terrain sont planifiées dès le mois d’octobre 2026, parallèlement aux Assemblées annuelles des institutions de Bretton Woods
Ce processus s’inscrit dans quatre contextes majeurs :
1. Un ralentissement économique régional : La croissance économique globale de la zone CEMAC montre des signes de faiblesse. Le FMI a d’ailleurs révisé à la baisse ses prévisions de croissance pour la région, les faisant passer de 3,3 % à 3,0 %. Cette baisse est liée à la volatilité des marchés (notamment le pétrole) et à la persistance de déséquilibres extérieurs et budgétaires importants que l’institution souhaite rapidement stabiliser.
2. Le besoin urgent de débloquer le « verrou régional » : Dans le fonctionnement de la CEMAC, la signature de programmes individuels (Cameroun, Congo, Gabon) est juridiquement et techniquement liée à la validation des assurances régionales. Ces garanties communes portent sur la solidité de la monnaie (Franc CFA) et le niveau des réserves de change gérées par la BEAC (Banque des États de l’Afrique Centrale). Le FMI accélère le pas pour que la BEAC valide ces critères régionaux d’ici décembre 2026, condition obligatoire pour valider les dossiers de chaque pays.
3. La pression sur les budgets nationaux : Les pays de la sous-région font face à d’importantes tensions de trésorerie. Or, l’approbation d’un programme avec le FMI sert de label de crédibilité internationale. Sans ce feu vert, ces États ne peuvent pas obtenir les financements et les appuis budgétaires indispensables d’autres bailleurs de fonds comme la Banque mondiale ou la Banque africaine de développement (BAD). A l’instar du Cameroun, le pays a déjà intégré 300 milliards de FCFA d’appuis budgétaires conditionnels dans ses projections de 2027. Si aucun accord n’est signé, le pays se retrouvera face à un trou budgétaire majeur.
4. L’obligation de transparence et d’audits : Les négociations ont patiné en raison d’exigences strictes du FMI en matière de gouvernance économique. L’institution presse ces pays de clarifier leur situation financière réelle avant d’engager de nouveaux fonds. C’est pourquoi le Cameroun procède actuellement à l’audit de ses arriérés de dette publique, tandis que le Gabon a dû lancer de vastes audits financiers nationaux pour rassurer ses créanciers
Le FMI souhaite donc accélérer le calendrier pour synchroniser la fin de ces audits avec ses missions d’évaluation d’octobre 2026, afin de stabiliser définitivement les finances de l’Afrique centrale.
André Noir




