(BFI) – La Commission nationale anti-corruption (Conac) a enregistré 8 036 dénonciations en 2025, contre 10 520 un an plus tôt, soit un recul de 23,6 %. Cette diminution, révélée par son rapport annuel présenté le 8 octobre 2026, s’accompagne d’un changement dans la répartition des signalements entre les différents canaux de l’institution. La ligne verte 1517, qui concentrait jusqu’alors l’essentiel des dénonciations, passe derrière WhatsApp.
Le recul est particulièrement prononcé sur le numéro vert. Les signalements reçus par ce canal sont passés de 7 158 en 2024 à 1 967 en 2025, soit 5 191 dénonciations de moins (−72,5 %). Sa part dans l’ensemble des signalements reçus par la Conac tombe ainsi de 68 % à 24,5 % en un an.
À l’inverse, les données communiquées pour 2025 attribuent 3 508 dénonciations à WhatsApp, soit 43,7 % du total. Le bilan de 2024 n’en retenait que 866 dans le décompte annuel. Une précision méthodologique s’impose toutefois : cette année-là, la Conac avait reçu au total 3 684 sollicitations sur WhatsApp, dont 866 considérées comme liées à la corruption. Il convient donc de distinguer les dénonciations retenues dans les statistiques de corruption de l’ensemble des messages reçus sur l’application.
Les deux autres canaux présentent des évolutions moins marquées. Les dénonciations transmises par courrier administratif augmentent légèrement, de 2 182 à 2 261, tandis que celles reçues par courrier électronique passent de 314 à 300.
Pour expliquer la diminution globale des dénonciations, la Conac évoque la multiplication des lignes vertes au sein des administrations publiques. Une partie des signalements pourrait désormais être adressée directement aux services concernés. L’institution ne chiffre cependant pas, dans les données présentées, le volume de dénonciations éventuellement réorientées vers ces dispositifs. La baisse enregistrée à son niveau ne permet donc pas de conclure à une diminution des pratiques de corruption au Cameroun.
Les interventions rapides diminuent de moitié
Le recul des dénonciations s’accompagne d’une réduction des actions par voie d’intervention rapide (AIR), qui permettent à la Conac de constater des cas présumés de flagrant délit de corruption ou d’infractions assimilées.
L’institution a réalisé 22 interventions de ce type en 2025, contre 44 en 2024. Parmi les dénonciations ayant motivé ces opérations, 17 se sont avérées fondées, contre 36 l’année précédente. Selon la Conac, les suspects concernés ont été remis aux autorités compétentes pour les suites judiciaires, tandis que les faits relevant de sanctions disciplinaires ont été transmis aux administrations concernées.
Ces diminutions interviennent alors que les préjudices financiers recensés dans le bilan national de lutte contre la corruption ont augmenté. Leur montant atteint 6,27 milliards de FCFA en 2025, contre 4,06 milliards en 2024, soit une progression de 54,4 %.
Cette évaluation agrège notamment les préjudices établis à l’issue des enquêtes de la Conac et ceux issus des décisions du Conseil de discipline budgétaire et financier et du Tribunal criminel spécial. Elle porte sur les affaires recensées dans le bilan annuel et ne constitue pas une estimation exhaustive du coût de la corruption dans le pays.
Omer Kamga




