(BFI) – La suppression progressive des subventions aux carburants au Cameroun, bien que nécessaire pour assainir les finances publiques et répondre aux exigences du Fonds Monétaire International (FMI), ne peut réussir sans un renforcement massif et préalable des mécanismes de protection sociale.
Si l’arrêt des subventions permet de dégager des marges budgétaires substantielles, l’impact direct sur le coût des transports, de la logistique et des denrées alimentaires présente un risque d’explosion de l’inflation et de précarisation des ménages.
L’analyse de cette transition met en évidence des enjeux cruciaux ainsi que les pistes pour atténuer le choc social.
Les risques d’une suppression sans filet social
Le relèvement des prix à la pompe (comme les hausses successives du super et du gasoil) se répercute mécaniquement sur les tarifs des transports urbains et interurbains. Cette hausse se propage ensuite aux produits de consommation de base et aux denrées alimentaires sur les marchés, touchant de plein fouet les populations les plus vulnérables.
Comme le souligne une analyse publiée par l’Agence Ecofin, se contenter de célébrer les milliards de francs CFA économisés est une erreur de trajectoire. Sans amortisseur social, le moindre choc économique ou la hausse des cours mondiaux oblige souvent les États à réintervenir en urgence et au prix fort. L’exemple du Nigeria voisin, contraint de tenter à nouveau de contenir les prix après une suppression brutale, sert de mise en garde.
Les leviers d’anticipation pour le Cameroun
Pour réussir cette transition énergétique et budgétaire sans fragiliser la cohésion sociale, plusieurs leviers structurels doivent être activés. Les autorités camerounaises insistent sur le fait que la stratégie ne doit pas simplement être une coupe budgétaire, mais une réallocation. L’exemple de l’Angola avec son programme de transferts monétaires Kwenda, qui a enregistré plus de 1,4 million de familles rurales, montre qu’un système de ciblage direct et efficace s’avère plus protecteur qu’une subvention généralisée à la pompe.
Le gouvernement camerounais travaille sur des mécanismes de fixation des prix pour lisser la volatilité internationale. Toutefois, cela nécessite une transparence totale sur les marges des distributeurs et la structure des taxes pour éviter des augmentations disproportionnées. Pour obtenir l’adhésion de la population, les ressources économisées sur le carburant doivent être immédiatement réinvesties de manière visible. La Loi de Finances doit explicitement orienter ces marges vers les investissements publics de proximité : amélioration des transports en commun, gratuité ou baisse des coûts de santé, et soutien aux infrastructures de base.
La fin programmée des subventions est un marqueur fort de gestion macroéconomique, mais sa viabilité politique et humaine dépend exclusivement de la vitesse à laquelle le gouvernement parviendra à bâtir un bouclier social crédible pour les Camerounais.
André Noir




