(BFI) – Le prix du cacao au Cameroun a connu une remontée notable au début du mois de juin 2026, après une longue phase de stagnation. Selon les relevés du Système d’information des filières (SIF), piloté par l’Office national du cacao et du café (ONCC), le kilogramme de fèves s’échangeait entre 1 650 et 1 700 FCFA le 8 juin 2026, contre une fourchette de 1 500 à 1 550 FCFA observée depuis le 22 mai. Cette progression de 150 FCFA intervient à un peu plus d’un mois de la clôture officielle de la campagne 2025-2026, fixée au 15 juillet 2026 par le calendrier agricole.
Malgré une remontée tardive dans les bassins de production, l’embellie surprend par son calendrier. La saison des pluies, désormais bien installée dans les bassins cacaoyers du Centre, du Sud et du Sud-Ouest, complique habituellement les opérations de collecte en raison de l’état des pistes rurales. Cette dégradation logistique pèse traditionnellement sur les volumes acheminés vers les centres groupés, et tire les cours vers le bas. Le SIF n’a pas livré d’analyse détaillée des moteurs de cette hausse.
Plusieurs hypothèses convergent toutefois vers un regain d’activité des acheteurs en fin de campagne. À l’approche du 15 juillet, exportateurs et intermédiaires cherchent à boucler leurs engagements contractuels, ce qui stimule la demande sur des stocks résiduels. Cette mécanique de fin de saison, classique sur la filière, suffit souvent à provoquer un rebond ponctuel des prix bord champ, indépendamment des fondamentaux mondiaux.
Un écart béant avec les prévisions officielles
Reste que le sursaut de juin ne change pas la physionomie d’une campagne décevante. Les autorités camerounaises avaient tablé, en début d’exercice, sur une fourchette de prix au producteur comprise entre 3 200 et 5 400 FCFA le kilogramme. Cette projection prolongeait l’envolée des deux campagnes précédentes, marquées par une flambée historique des cours mondiaux et des revenus inédits pour les planteurs camerounais.
La réalité du terrain raconte une tout autre histoire. À un mois de la fin de la saison 2025-2026, les prix bord champ n’ont jamais franchi la barre symbolique des 2 000 FCFA le kilogramme. L’écart atteint près de 60 % par rapport au plancher des prévisions, et plus du double avec la borne haute. Pour une filière qui mobilise plusieurs centaines de milliers d’exploitations familiales, ce décalage rebat les cartes en matière de revenus ruraux et de financement des intrants pour la campagne suivante.
La pression d’un marché mondial en cours de rééquilibrage
L’explication tient largement à la conjoncture internationale. Après trois campagnes consécutives marquées par un déficit structurel, le marché mondial du cacao s’oriente vers un retour à l’excédent. Le redressement amorcé lors de la saison précédente se confirme, et plusieurs analystes des matières premières anticipent désormais un surplus durable sur la prochaine période.
Cette recomposition de l’offre mondiale s’appuie en grande partie sur la montée en puissance de l’Équateur. Le pays latino-américain pourrait, dès la présente saison, ravir au Ghana son rang de deuxième producteur mondial, derrière la Côte d’Ivoire. Cette redistribution des cartes pèse mécaniquement sur les cours à Londres et à New York, et se répercute aussitôt sur les prix payés aux producteurs en Afrique de l’Ouest et centrale.
Pour le Cameroun, quatrième fournisseur africain et acteur historique de la filière, l’enjeu dépasse la seule saison en cours. L’ONCC et les organisations professionnelles devront composer avec un horizon de prix moins porteur, alors que les programmes nationaux de modernisation des plantations et d’augmentation de la productivité reposent en partie sur le maintien d’un signal-prix attractif pour les exploitants. La capacité du pays à capter une part croissante du marché de la transformation locale deviendra, dans ce contexte, un levier déterminant pour stabiliser les revenus du secteur.




