AccueilSecteursBtp & InfrastructuresAeternum et ARM convoitent le gisement de Nkamouna au Cameroun

Aeternum et ARM convoitent le gisement de Nkamouna au Cameroun

-

Localisé dans le département du Haut-Nyong, Nkamouna appartient à une ceinture minéralisée qui recèle du cobalt, du nickel et du manganèse en quantités jugées substantielles. Le projet avait été porté durant les années 2000 par la société Geovic Cameroon, filiale de l’américain Geovic Mining, avant de sombrer dans une paralysie financière et opérationnelle. La licence d’exploitation, retirée puis remise sur le marché, aiguise désormais l’appétit d’opérateurs mieux capitalisés et adossés à des débouchés industriels clairs.

Le cobalt et le nickel constituent des intrants incontournables pour la fabrication des batteries lithium-ion, cœur des véhicules électriques et des dispositifs de stockage stationnaire. La République démocratique du Congo assure aujourd’hui près des trois quarts de la production mondiale de cobalt, une concentration qui inquiète les constructeurs automobiles et les grandes économies importatrices. Dans ce contexte, un gisement camerounais opérationnel offrirait une alternative géographique appréciable, notamment pour les acheteurs européens et asiatiques soucieux de diversifier leurs chaînes d’approvisionnement.

Le positionnement d’Aeternum Energy traduit la montée en puissance des acteurs spécialisés dans les métaux dits critiques. Le groupe cible des actifs latents susceptibles d’être remis en production rapidement, un profil qui correspond à celui de Nkamouna. Face à lui, African Rainbow Minerals apporte un tout autre gabarit. Le conglomérat sud-africain, contrôlé par l’homme d’affaires Patrice Motsepe, dispose d’une expérience éprouvée dans le manganèse, le fer, le platine et le charbon, ainsi que d’une capacité financière solide pour porter un projet d’envergure continentale.

La complémentarité entre ces deux profils, l’un plus agile et thématique, l’autre industriel et diversifié, pourrait déboucher sur des configurations partenariales inédites. Elle interroge également la stratégie du gouvernement camerounais, qui devra arbitrer entre rapidité de mise en exploitation, retombées fiscales et exigences de contenu local. Yaoundé cherche depuis plusieurs années à faire émerger un secteur minier capable de relayer les hydrocarbures dans les recettes budgétaires, sans avoir jusqu’ici concrétisé de projet de grande taille.

Le code minier camerounais, révisé en 2016, prévoit une participation systématique de l’État dans les projets d’exploitation, assortie de droits de suite sur les substances stratégiques. Cette architecture juridique offre en théorie à l’exécutif des leviers de négociation renforcés, mais elle exige aussi une administration technique en mesure d’évaluer les offres et de suivre l’exécution des conventions. Les précédents Geovic et C&K Mining, ce dernier sur le fer de Mbalam, ont montré à quel point la lenteur décisionnelle pouvait décourager les capitaux.

Sur le plan opérationnel, l’exploitation de Nkamouna suppose des investissements lourds en infrastructures, notamment routières, énergétiques et portuaires. Le corridor logistique vers Douala ou vers Kribi conditionne la compétitivité du projet, dans un contexte où les coûts d’évacuation pèsent souvent davantage que les coûts d’extraction eux-mêmes. Les partenaires potentiels devront intégrer ces contraintes dans leur modèle économique et, vraisemblablement, discuter avec l’État d’un paquet d’aménagements associés.

Reste la question du calendrier. Entre la manifestation d’intérêt, la signature d’une convention minière, les études de faisabilité actualisées et la première production commerciale, plusieurs années s’écoulent généralement. La fenêtre de prix ouverte par la demande de batteries pourrait toutefois inciter les autorités et les investisseurs à comprimer ces délais. Pour le Cameroun, l’enjeu dépasse le seul gisement de Nkamouna : il s’agit de crédibiliser une signature minière encore fragile aux yeux des marchés.

Rédaction
Rédaction
Média multi-support édité par l’Agence Rhéma Service, cabinet de communication et de stratégie basé à Douala, Business & Finance International regroupe des partenaires internationaux issus du monde des médias, des affaires et de la politique, mus par la volonté de fournir une information vraie, crédible et exploitable pour un investissement sûr en Afrique.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici