(BFI) – Pour accéder aux marchés internationaux, les États africains font évaluer leur solvabilité presque exclusivement par trois groupes étrangers notamment Moody’s, S&P Global et Fitch, dont les notes influencent le coût auquel les pays se financent. La création d’une agence africaine de notation vise à donner au continent davantage de contrôle sur la manière dont ses économies sont évaluées par les marchés financiers mondiaux.
Baptisée African Credit Rating Agency (AfCRA), l’agence sera lancée sous l’égide du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs, MAEP, le 7 octobre à Maurice, marquant une étape importante dans les efforts visant à donner au continent davantage de contrôle sur la manière dont ses économies sont évaluées par les marchés financiers mondiaux, selon Paul Sikazwe, conseiller de l’Union africaine sur la dette.
Depuis plusieurs années, des gouvernements africains critiquent les grandes agences internationales de notation, notamment Fitch, Moody’s et S&P, estimant qu’elles exagèrent souvent les risques liés au continent et contribuent ainsi à augmenter les coûts d’emprunt. Ces agences rejettent ces accusations et défendent leurs méthodes d’évaluation.
La nouvelle agence africaine de notation devrait proposer une évaluation alternative du risque souverain, en s’appuyant sur des données et des critères conçus pour mieux refléter les réalités économiques africaines. Si elle réussit, cette initiative pourrait influencer la manière dont les investisseurs évaluent la dette africaine et, potentiellement, réduire les coûts d’emprunt des gouvernements du continent.
Selon Paul Sikazwe, conseiller technique de la Commission de l’UA sur la dette, l’agence sera détenue par des investisseurs privés africains et financée par ses actionnaires, une architecture conçue pour la tenir à distance des gouvernements qu’elle devra noter. AfCRA ne part pas d’un continent entièrement dépourvu d’expertise. Agusto & Co. au Nigeria, Bloomfield Investment Corporation en Côte d’Ivoire ou Global Credit Ratings (GCR) opèrent déjà sur plusieurs marchés.
Leur activité reste toutefois concentrée sur les entreprises, les institutions financières et les entités infranationales, souvent avec des échelles de notation locales. GCR, la plus grande agence africaine, ne publie pas de notes souveraines et appartient désormais à Moody’s. Aucun de ces acteurs n’a donc constitué un contrepoids continental dans un secteur où Moody’s, S&P Global et Fitch influencent plus de 95% de la dette mondiale.
L’Union africaine prépare également l’inauguration d’un Institut monétaire africain à Abuja plus tard au mois d’octobre, dans le cadre d’efforts plus larges visant à renforcer l’architecture financière du continent et à réduire sa dépendance vis-à-vis des institutions extérieures.
Placide Onguéné




