Alpha BARRY, Directeur d’Atos en Afrique « Mon ambition est de passer à 600 ingénieurs dans 2 ans et à 1000 dans 5 ans »

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Alpha Barry, Directeur Afrique d'Atos

(BFI) – Alpha BARRY est né au Sénégal mais il a parcouru le monde au gré de ses différentes missions professionnelles. Gestionnaire de formation, il débute sa carrière dans le secteur du Conseil, chez un des Big 4, une parenthèse dans un parcours professionnel qui s’est majoritairement déroulé dans le secteur de la technologie et de l’informatique, chez Atos. En 2015, chez Atos, il est nommé Directeur financier de la région Afrique, Moyen Orient et Turquie. Une fonction importante, qui le place en observateur privilégié de l’évolution technologique des marchés émergents. L’expérience acquise sur ces marchés lui ouvre la porte en 2020 du poste de Directeur de la région Afrique chez Atos.

Le continent africain est aujourd’hui devenu un enjeu capital pour les grandes multinationales du digital, comment expliquez-vous cet engouement ?

Quand on prend du recul et qu’on regarde sur le plan macro-économique, l’Afrique aura une population de 2 milliards d’individus aux alentours de 2050 avec une grande proportion de jeunes. Ce critère spécifique, à lui tout seul, indique l’ampleur des infrastructures à réaliser pour répondre aux besoins de cette importante croissance démographique. Atos a compris que l’Afrique fait des sauts technologiques importants, ce que les anglo-saxons appellent le « leap frog », qu’il faut accompagner. L’exemple le plus frappant est celui de la téléphonie mobile.
Il y a sur ce continent un potentiel et une capacité d’évolution que toute entreprise, pour peu qu’elle soit visionnaire, doit regarder de près. Chez Atos, nous nous positionnons comme partenaire du développement du continent pour tout ce qui concerne le digital.

Pour mieux accompagner ce développement, Atos a-t-il des axes spécifiques à mettre en avant dans ce partenariat avec le continent africain ?

Atos a un savoir-faire reconnu dans le domaine des technologies et de l’innovation. Pour ce qui concerne l’Afrique, nous proposons des solutions liées aux problématiques spécifiques du continent. Je vais en citer trois.
La première est la modernisation de la gestion financière des États africains.
Aujourd’hui, la collecte des impôts et taxes se fait encore dans beaucoup de pays de manière insuffisamment structurée et avec des outils qui peuvent être améliorés.
Nous proposons via notre division métier « Service Public et Défense » des solutions adaptées qui adressent une population de contribuables plus large et rend l’expérience utilisateur facilitée, par exemple en payant les impôts via le mobile money.
La deuxième consiste à développer des partenariats avec le secteur de l’innovation. L’idée est de permettre à des jeunes africains de développer leur capacité d’innovation afin d’inventer des solutions pour leur propre environnement qui pourraient aussi être exportées et utilisées ailleurs. C’est ce qu’on appelle la « reverse innovation ».
La troisième consiste à mobiliser le savoir-faire d’ingénieurs africains afin de gérer des projets informatiques de bout en bout à destination de clients hors d’Afrique. Sur ce sujet, nous nous inspirons de l’exemple de l’Inde et, en Afrique, le Maroc qui est l’un des pionniers dans ce domaine.
Au Sénégal, sur ce modèle, nous avons aujourd’hui 400 ingénieurs dont 300 travaillent sur des projets internationaux, notamment européens. Mon ambition est de passer à 600 ingénieurs dans 2 ans et à 1000 dans 5 ans.

Pensez-vous que l’environnement juridique, fiscal et technologique africain est favorable au développement de ces différentes initiatives ?

Si l’on se base sur des critères objectifs, l’indice de facilité de faire des affaires du groupe la Banque Mondiale (en anglais : Ease of doing business index) est un indicateur pertinent qui mesure, sur la base de 10 critères, la réglementation des affaires et son application effective dans 190 pays. Cet index confirme qu’il reste encore une part de progression significative en Afrique pour développer les initiatives et projets d’entreprises.
Cependant l’Afrique a fait des progrès depuis la création de cet indice en 2014, par une mise en place de réglementations qui, entre autres, facilitent la création d’entreprise, protègent les investisseurs, renforcent le droit des affaires ainsi que la régulation du marché du travail.
Cette amélioration a, par exemple, facilité la décision du groupe Atos d’installer plusieurs « Centres de services Informatiques » sur le continent et motive aujourd’hui notre volonté de renforcer nos effectifs d’Ingénieurs sur place dans les domaines clefs comme la Cybersécurité et l’Intelligence Artificielle.

Pour revenir à la digitalisation, êtes-vous satisfait du rythme pris par les pays africains ou pensez-vous qu’il faut l’accélérer ?

Je suis dans une entreprise où rien n’est jamais assez rapide. Et il faut reconnaître qu’en Afrique le temps de prises de décisions est souvent très long. Ce qui me rassure c’est que la jeunesse africaine est férue d’innovation et de technologie et cela va pousser tout le reste à s’accélérer.

Atos est connu pour être un des leaders mondiaux de tout qui concerne le “cloud” et la cybersécurité. Qu’en est-il en Afrique ?

Concernant le “cloud”, il faut noter que ces dernières années, les entreprises et les organisations africaines ont continué à investir dans les infrastructures c’est à dire les équipements informatiques, les serveurs etc…Or le développement du cloud obéit à certaines exigences.
La première est qu’il faut avoir un réseau internet sécurisé et performant.
La deuxième contrainte, spécifique à l’Afrique, est que les entreprises et les États ne sont pas encore tout à fait prêts pour confier leurs données à des prestataires extérieurs (problématique de souveraineté des données). Aujourd’hui, la stratégie d’Atos est de travailler avec des prestataires sur place pour sécuriser la partie réseau de transmission des données tout en respectant la souveraineté du client.
D’autre part, Atos a développé un guichet unique d’offres, baptisé « Atos One Cloud », qui a été pensé pour apporter une réponse personnalisée à chaque projet de transformation numérique. Cette approche résonne particulièrement bien en Afrique, où la maturité des entreprises varie d’un pays à l’autre et requiert une approche sur-mesure.
S’agissant de la cybersécurité, Atos est le premier fournisseur européen et troisième fournisseur mondial de services de sécurité. Nous avons fait de la cybersécurité intelligente une priorité et proposons des solutions de bout en bout.
En Afrique, le groupe dispose de trois pôles spécialisés en matière de cybersécurité, basés en Afrique du sud, au Maroc et au Sénégal.

Quels sont, selon vous, les grands enjeux de la digitalisation en Afrique ?

Je vais en citer 2 :
L’enjeu premier, c’est la formation des jeunes dans les métiers du digital.
Beaucoup d’universités et d’écoles ont pris la mesure de cet enjeu et ont créé des cursus orientés sur les métiers du Numérique, comme par exemples SUPINFO, l’INPT au Maroc, l’ESP et l’UCAD au Sénégal, et l’INP-HB en Côte d’Ivoire; ensuite il est important aussi que les entreprises du Numérique jouent le jeu en s’impliquant dans la formation des Jeunes pour transformer leur apprentissage en compétences opérationnelles.
A ce sujet, nous allons lancer un programme avec l’ONG « Women in Africa » pour former des jeunes filles, notamment des lycéennes, au codage informatique.
L’autre enjeu est la disponibilité pour les Entreprises et les Administrations Publiques, des infrastructures modernes (data centre) qui hébergent des applications de gestion et métier également modernes (ERP spécialisés) pour disposer des meilleurs outils pour gérer et piloter leur activité et servir leurs clients et la population.
Ceci nécessite l’existence de réseaux de base (électricité, télécommunication, internet) solides, dans un environnement sécurisé.

Quelles sont les perspectives africaines d’Atos ? Avez-vous de grands chantiers à développer sur le continent dans les prochaines années ?

Atos emploie aujourd’hui plus de 2500 personnes sur le continent africain. Notre ambition est de passer à 4000 dans les cinq années qui viennent, pour répondre à la fois aux besoins de projets locaux mais également à ceux des entreprises hors du continent.
Atos est une des rares entreprises du Numérique à pouvoir offrir des produits et solutions couvrant l’ensemble de la chaine de valeur, des infrastructures technologiques (serveurs, Stockage, Big data, Cloud), des solutions aux services d’intégration et de support.
En résumé, notre ambition pour les prochaines années est de faire de la croissance responsable avec des projets de digitalisation des économies, qui génèrent des devises pour les pays africains et contribuer ainsi au développement du continent.

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