AccueilFinanceConjonctureLe Cameroun cherche 52 milliards de Fcfa pour digitaliser l’état civil

Le Cameroun cherche 52 milliards de Fcfa pour digitaliser l’état civil

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La digitalisation de l’état civil au Cameroun entre dans une phase critique. Yaoundé sollicite 52 milliards de FCFA, environ 91 millions de dollars, pour couvrir les besoins d’un programme national qui accuse un retard structurel. À ce jour, seuls 60 des 432 centres principaux d’état civil ont été intégrés au dispositif numérique, soit un taux d’exécution de 13,9 %. L’échéance fixée par les autorités pour l’achèvement du chantier se situe désormais à l’horizon 2029-2030.

Le directeur général du Bureau national de l’état civil (BUNEC), Alexandre Marie Yomo, a livré cette évaluation en la présentant comme le principal argument de la nouvelle campagne de mobilisation de ressources. Selon lui, les enveloppes recherchées doivent servir à densifier les infrastructures numériques et à équiper les centres encore analogiques. L’ambition affichée dépasse la simple bureautique : il s’agit de bâtir un socle d’identification fiable sur lequel puissent s’appuyer la fiscalité, la protection sociale, la santé publique et le système bancaire.

Le décalage entre l’ambition initiale et la réalité opérationnelle interroge. Avec moins de 14 % de couverture atteinte, le programme camerounais illustre les difficultés récurrentes des États d’Afrique centrale à convertir des feuilles de route ambitieuses en déploiements effectifs. Les causes sont connues : arbitrages budgétaires défavorables, dépendance aux bailleurs, faiblesse de la maîtrise d’ouvrage locale et coût élevé des équipements importés. Le BUNEC, créé pour piloter la réforme, doit composer avec un maillage administratif hérité, où de nombreux centres secondaires opèrent encore sur registres papier.

La question de l’état civil dépasse largement le registre technique. Un citoyen non enregistré n’existe pas juridiquement : il ne peut ni voter, ni accéder à un compte bancaire formel, ni bénéficier pleinement des services publics. Or les enquêtes démographiques successives montrent qu’une part significative de la population camerounaise, notamment dans les zones rurales et les régions frontalières, demeure mal couverte. Le passage au numérique est présenté comme le levier permettant de résorber ces angles morts, à condition que les investissements suivent.

La recherche de 91 millions de dollars ouvre la porte à un tour de table associant partenaires techniques et financiers traditionnels. La Banque mondiale, la Banque africaine de développement, l’Union européenne et l’Agence française de développement figurent parmi les interlocuteurs habituels du Cameroun sur ce type de projet. La coopération sud-sud, avec des fournisseurs technologiques asiatiques, constitue une option complémentaire. Reste à définir la structure du financement : prêt concessionnel, don, partenariat public-privé ou combinaison de plusieurs instruments.

Le choix du modèle économique conditionnera la soutenabilité du dispositif. Les projets d’identification numérique menés au Sénégal, en Côte d’Ivoire ou au Togo montrent que la phase d’investissement initial ne représente qu’une fraction du coût total. La maintenance des serveurs, la sécurisation des données, la formation des agents et le renouvellement des équipements pèsent durablement sur les finances publiques. À défaut d’une planification rigoureuse, les systèmes déployés risquent l’obsolescence prématurée, avec un retour partiel au registre papier dans les zones les moins équipées.

Le Cameroun, première économie de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), joue un rôle d’entraînement pour ses voisins. L’échec ou la réussite de son programme d’état civil numérique influencera les choix du Gabon, du Congo, de la Guinée équatoriale, du Tchad et de la République centrafricaine, dont plusieurs sont confrontés aux mêmes défis. L’interopérabilité future des registres sous-régionaux, discutée dans les enceintes de la CEMAC, dépend en partie de la capacité de chaque État à se doter d’un système fiable et normé.

La fenêtre 2029-2030 fixée par le BUNEC laisse théoriquement quatre à cinq ans pour couvrir les 372 centres restants. À rythme constant, l’objectif paraît difficile à tenir sans un saut quantitatif dans les décaissements. La mobilisation annoncée constituera donc un test grandeur nature de la capacité du Cameroun à convertir un engagement politique en résultats mesurables.

Elise Nguélé

Rédaction
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