(BFI) – General Bank of Cameroon (GBC), l’ex-filiale locale de Société Générale récemment reprise par l’État, a enregistré une baisse massive de 111 milliards de FCFA de ses dépôts clientèle au cours du seul mois d’août 2026.
Les ressources collectées auprès de la clientèle par General Bank of Cameroon se sont établies à 934,31 milliards de FCFA à fin août 2026, contre 1 045,52 milliards un mois plus tôt. Le recul, de 10,6 %, ressort des situations mensuelles publiables de l’établissement. Dans le même intervalle, les dettes envers les banques et établissements financiers se sont hissées de 83,18 à 196,01 milliards de FCFA, soit une progression de 135,6 %. L’écart absolu, arithmétiquement, couvre 101,5 % de la baisse enregistrée sur la collecte.
Cette symétrie ne suffit pas à établir un lien de causalité. Les documents publiés donnent des soldes de fin de période sans détailler les opérations sous-jacentes ni leurs contreparties. Reste que la physionomie du passif de GBC en sort transformée : la clientèle ne pèse plus que 63,2 % du bilan à fin août, contre 74,7 % un mois plus tôt. La part des ressources interbancaires, à l’inverse, passe de 5,9 % à 13,3 %.
Épargne et dépôts à vue en tête du repli
La contraction de la collecte tient d’abord à deux compartiments. Les comptes d’épargne ont perdu 60,96 milliards de FCFA sur un mois, tombant à 107,61 milliards, un plongeon de 36,2 % qui concentre à lui seul près de 55 % du recul net d’août. Les dépôts à vue, principale composante des ressources clientèle avec 83,2 % du total, ont pour leur part cédé 51,70 milliards, à 777,77 milliards, soit une baisse de 6,2 %.
Les autres postes n’amortissent que marginalement le choc. Les comptes à terme gagnent 1,35 milliard, à 38,87 milliards, et les bons de caisse un peu moins de 100 millions, à 10,06 milliards. La banque ne ventile ni par catégorie de déposants ni par secteur ni par devise, ce qui interdit d’attribuer la sortie à une clientèle particulière ou à quelques comptes de taille importante. L’hypothèse d’un reclassement comptable ne peut pas davantage être écartée sur la seule base des données publiées.
Financements clientèle stables, bilan en hausse
À l’actif, les financements identifiables consentis à la clientèle progressent légèrement, à 749,66 milliards de FCFA contre 741,91 milliards à fin juillet, soit 1 % de mieux. La dynamique vient des crédits à court terme, en hausse de 9,73 milliards, ou 7,4 %. Les crédits à moyen terme gagnent 3,93 milliards et le crédit-bail 504 millions, tandis que les comptes débiteurs de la clientèle se replient de 6,42 milliards.
Rapporté à la collecte, l’encours de financements atteint 80,2 % à fin août, contre 71 % un mois plus tôt. La hausse de 9,3 points procède presque exclusivement du dénominateur, c’est-à-dire du recul des dépôts. Ce quotient ne constitue pas un ratio prudentiel de liquidité et ne permet pas, en soi, de conclure à une tension de trésorerie. Le total du bilan de GBC, lui, croît de 79,63 milliards de FCFA, soit 5,7 %, pour s’établir à 1 478,38 milliards.
Cette expansion s’explique surtout par les opérations interbancaires et de trésorerie à vue, qui passent de 167,54 à 240,25 milliards de FCFA, un bond de 43,4 %. Les titres de placement et opérations assimilées gagnent 2,51 milliards, à 400,25 milliards. Ensemble, ces deux blocs concentrent 43,3 % du bilan, un signal que la banque publique a mobilisé une part sensible de ses nouvelles ressources sur des emplois de marché plutôt que sur du crédit à l’économie.
Une érosion structurelle depuis 2024
Le mouvement d’août prolonge une tendance de fond. Rapportées au rapport annuel 2024 de Société Générale Cameroun, les ressources clientèle ont fondu de 323,88 milliards de FCFA entre fin 2024 et août 2026, soit un quart de leur volume initial. Sur la même période, les financements identifiables reculent de 6,2 % et le total de bilan de 6,9 %. La collecte s’est donc dégradée bien plus rapidement que l’activité de prêt.
Fait notable, la situation mensuelle d’août porte encore le nom et la charte graphique de Société Générale Cameroun, alors que l’établissement opère sous la dénomination General Bank of Cameroon depuis la finalisation, en mai 2026, du rachat par l’État camerounais des titres détenus par le groupe français. Le document ne mentionne ni créances en souffrance, ni provisions, ni coût du risque, ni ratios prudentiels. Les investisseurs et régulateurs devront donc attendre des publications complémentaires pour mesurer les implications de solvabilité et de liquidité d’une bascule aussi marquée du passif.
André Noir




