(BFI) – À Douala, la question des déchets devient de plus en plus difficile à dissocier de l’expansion de la métropole. La ville grandit, les volumes d’ordures augmentent et certaines zones restent difficiles à desservir par les circuits classiques de collecte. Pour les autorités municipales, le défi consiste désormais à adapter le dispositif de salubrité au nouveau visage de la capitale économique.
Les données disponibles donnent une idée de la pression exercée sur le système. La population de Douala était estimée à plus de 4,3 millions d’habitants en 2025, contre environ 1,9 million en 2005. Ces chiffres devront toutefois être actualisés par le quatrième Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH-4), actuellement en cours. Dans cette métropole en pleine croissance, chaque habitant produit en moyenne 0,46 kg de déchets par jour, soit plus de 700 000 tonnes par an, selon la Communauté urbaine de Douala (CUD). Près de 150 000 tonnes seraient concentrées dans des secteurs difficilement accessibles aux moyens classiques de collecte, d’après la même source.
Le problème n’est donc plus seulement de collecter davantage, mais d’atteindre les endroits où la collecte reste compliquée. C’est sur ce terrain que la mairie cherche à renforcer son dispositif. Le 6 août 2026, le maire de la ville s’est rendu dans les installations de la société Hygiène et salubrité du Cameroun (Hysacam) pour examiner les moyens mobilisés pour la collecte et le traitement des ordures. Il y a notamment pris connaissance de l’acquisition de 11 nouveaux engins lourds : six excavatrices, trois bulldozers, une niveleuse et un compacteur. Ces équipements doivent renforcer les capacités d’intervention, notamment sur les sites nécessitant des opérations plus lourdes.
Dispositif uniforme
La visite s’est également poursuivie au centre de collecte et de traitement de PK10 ainsi qu’au futur centre de transfert des déchets de Ngombè, encore en cours d’aménagement. Ce dernier doit contribuer à fluidifier l’acheminement des ordures et à mieux organiser les différentes étapes de leur prise en charge. Mais l’équipement des opérateurs ne constitue qu’une partie de la réponse. Depuis octobre 2023, la CUD met en œuvre le projet « Douala Clean City », dont l’objectif est de lutter contre l’insalubrité et d’améliorer l’assainissement de la capitale économique. La démarche cherche notamment à agir sur les zones où le modèle traditionnel de collecte montre ses limites.
C’est dans cette logique que la mairie s’intéresse également à la pré-collecte. Le 30 juillet dernier, elle a publié la liste des candidats présélectionnés à la suite d’un avis à manifestation d’intérêt destiné aux petites entreprises, associations de quartiers et de villages, ainsi qu’aux personnes physiques ou morales exerçant ou souhaitant exercer une activité de pré-collecte. L’idée est de multiplier les relais de proximité capables de récupérer les déchets dans des secteurs où les gros véhicules de collecte ne peuvent pas toujours accéder facilement. Cette organisation pourrait permettre de mieux articuler les différents maillons de la chaîne : ramassage de proximité, collecte, transfert et traitement. Elle répond surtout à une réalité urbaine : dans une ville qui s’étend rapidement, un dispositif uniforme ne peut pas nécessairement fonctionner partout de la même manière.
La croissance démographique attendue dans les prochaines années devrait renforcer cette pression. Les résultats du RGPH-4 permettront notamment de connaître plus précisément le nombre d’habitants de Douala et leur répartition dans les différents quartiers. Ces données pourront servir à mieux dimensionner les besoins en équipements, en points de transfert, en circuits de collecte et en moyens de pré-collecte. L’enjeu pour la municipalité est donc de passer d’une logique de réaction à une organisation davantage adaptée à la taille et à la configuration de la métropole.



