(BFI) – Au cours des cinq dernières années, le Cameroun a subi un manque à gagner de 577,51 milliards de Fcfa au titre des recettes fiscales, en raison des écarts entre les exportations d’or officiellement déclarées et les volumes expédiés à l’étranger. Ce chiffre a été présenté lors d’une conférence de presse conjointe à Yaoundé, organisée dans le cadre des réformes en cours. Cette conférence a été menée par Fuh Calistus Gentry, ministre par intérim des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique, et René Emmanuel Sadi, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement.
Selon les données publiées par les autorités minières, le Cameroun n’a officiellement enregistré que 1 897 tonnes d’exportations d’or, via les douanes et la SONAMINES, entre 2021 et 2025. Or, les autorités estiment que 46 219 tonnes d’or ont probablement été exportées durant cette même période. L’écart de 44 322 tonnes qui en résulte correspond à de l’or exporté sans déclaration dans les registres officiels.
Les estimations gouvernementales évaluent la valeur du volume non déclaré à 1 941,19 milliards de Fcfa, entraînant un manque à gagner fiscal estimé à 577,51 milliards de Fcfa. Les données montrent que les écarts les plus importants ont été constatés en 2023 et 2024. En 2023, les exportations officiellement déclarées s’élevaient à environ 742 kilogrammes, tandis que les exportations à l’étranger atteignaient 15,2 tonnes, soit un déficit de 14,46 tonnes. En 2024, les exportations déclarées atteignaient environ 644 kilogrammes, contre 12,2 tonnes exportées, soit une différence de 11,56 tonnes.
Mesures de recouvrement et réorganisation du secteur
Les autorités ont indiqué que des procédures de recouvrement des taxes et des droits de douane ont été engagées au Cameroun et à l’étranger afin de recouvrer les recettes perdues du fait de la contrebande et de la sous-déclaration de l’or. Pour prévenir de futures pertes, la Direction générale des impôts et la Direction générale des douanes participeront désormais directement aux opérations de collecte de l’or sur les sites miniers, en collaboration avec SONAMINES.
Dans le cadre du nouveau dispositif, les taxes seront perçues à la source avant que l’or ne quitte les zones de production. Ces mesures s’inscrivent dans une restructuration plus large du secteur aurifère camerounais, visant à améliorer la traçabilité de la production, à renforcer le contrôle des exportations et à sécuriser les recettes publiques. Selon ce nouveau cadre, le ministère des Mines continuera d’élaborer la politique minière, de délivrer les permis et de superviser la réglementation du secteur, tandis que la SONAMINES sera chargée du suivi de la production, de la perception de la part de l’État et de la supervision de la commercialisation des minéraux précieux issus de l’exploitation artisanale et semi-mécanisée.
Des représentants du gouvernement ont indiqué que les enquêtes ont révélé que les écarts entre les chiffres de production, de perception et d’exportation étaient principalement dus à la sous-déclaration des opérateurs plutôt qu’à la disparition d’or appartenant à l’État. Les réformes introduisent un contrôle plus strict des sites de production, des exigences minimales de livraison et un suivi renforcé des procédés d’extraction de l’or. Les autorités ont également recensé plus de 200 sociétés minières opérant sans autorisation.
D’après les informations présentées lors du point de presse du 15 juillet, 137 de ces opérateurs ont déjà été déférés devant les tribunaux, tandis que d’autres pourront régulariser leur situation sous réserve de sanctions et du respect des obligations légales. Cette annonce intervient alors que le Cameroun cherche à accroître la contribution du secteur minier à la croissance économique et aux finances publiques.
Lors de cette même conférence de presse, des représentants du gouvernement ont annoncé que cinq grands projets miniers – les projets de minerai de fer de Bipindi-Grand Zambi et de Kribi-Lobé, le projet de bauxite de Minim-Martap, le projet de marbre de Bidzar et le projet aurifère industriel de Colomine – pourraient générer près de 1 000 milliards de francs CFA à court terme grâce à la production, au développement des infrastructures et à la création d’emplois. Les récentes réformes gouvernementales visent à augmenter la production d’or déclarée, à améliorer le recouvrement des impôts, à renforcer les réserves minérales nationales et à soutenir la transition des exploitations artisanales et semi-mécanisées vers une exploitation industrielle.
Selon les chiffres présentés par le ministère des Mines, le recouvrement des recettes liées aux exportations d’or non déclarées et la formalisation des activités minières font désormais partie intégrante de la stratégie gouvernementale globale visant à maximiser les retombées des ressources minérales du pays tout en soutenant les investissements en cours dans le secteur.
Antoine Mboussi



